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Tribune

Le politique et le sacré
Invitation à la visite des références nationales
Par le Pr. Ali Benmakhlouf

Par L'Economiste | Edition N°:3608 Le 05/09/2011 | Partager

Le philosophe Ali Benmakhlouf est professeur des universités; il enseigne maintenant à l’université de Paris Est Val-de-Marne, après avoir longtemps tenu sa chaire à Nice.
Il anime régulièrement des cycles de conférences philosophiques au Maroc. On notera que cette année 2011-2012, avec le soutien du ministère des Habous et des Affaires religieuses, il entame un cycle à la médiathèque de la grande mosquée Hassan II où il conviera des chercheurs qu’on n’a pas l’habitude d’entendre au Maroc

Qu’en est-il de la référence politique dans le texte sacré? Il convient de distinguer ici entre mention et usage: on peut mentionner quelque chose sans en faire usage. Ce n’est pas parce que le texte religieux mentionne un fait social quelconque que ce fait se trouve justifié ou que la communauté des croyants doit le reprendre à son compte.

Référence n’est pas influence

 

Il en va de même pour le pouvoir politique, sa mention dans le texte sacré n’est pas injonction à le qualifier d’une quelconque façon. La pleine réalité de ce pouvoir réside, quand il s’agit d’une monarchie, dans «la substitution faite par la nation à une maison entière, pour en jouir et régner sur elle» (Saint Simon, Mémoires, tome IV pléiade, p.784). C’est le sens que prend la bay’a dans le cas marocain.
Là encore ce n’est pas parce qu’on évoque ce que ce mot signifie dans la tradition musulmane que l’on est en train de justifier quelque chose: une référence n’est pas une influence.
Lisons ce que nous dit Ibn Khaldûn à ce sujet: «Autrefois, quand les gens prêtaient serment d’allégeance à un prince et contractaient un engagement vis-à-vis de lui, ils mettaient leurs mains dans la sienne, en signe de confirmation de l’engagement pris, ainsi que le font acheteur et vendeur; aussi l’avait-on appelé bay’a, nom de l’action exprimée par bâ’a, «vendre» (Ibn Khaldûn, Muqaddima, III, ch XXVII, trad. franç, pléiade, p.499).
De cette double référence à Saint Simon et à Ibn Khaldûn -tous deux ont joué un rôle déterminant auprès des rois et des califes-, il apparaît clairement que c’est toujours une nation et non tel ou tel individu qui fait allégeance. S’il y a contrat (le terme figure dans la causerie de Ahmed Toufiq, au cours de Ramadan), ce contrat prend la forme d’une «substitution» (un fidéicommis) faite par «la nation» à «une maison» selon l’expression de Saint Simon.
Comparer n’est pas égaler. C’est mettre en perspective afin de saisir les points en commun ou en partage dans différentes traditions.
La bay’a est-elle l’équivalence d’un contrat social tel qu’il a été thématisé par la tradition des philosophes des Lumières? En un sens, dans les objectifs, il y a des éléments de comparaison. Dans les deux cas, il s’agit d’assurer la liberté civile des citoyens et leur sécurité, de ne laisser personne hors du contrat (ou de la bay’a) car toute personne laissée en dehors du contrat fragilise le vivre en commun. Dans les deux cas, surtout, il s’agit de ce que fait une nation de son destin afin de ne pas sombrer dans la décomposition. Par ailleurs, il est évident que lorsqu’on dit «contrat», il ne s’agit nullement de personnes qui contractent ici et maintenant. La notion de «contrat» est un paradigme de la relation entre une nation et le pouvoir politique qui s’y est «substitué».
Compte tenu de ces éléments, il semble naïf de penser qu’on puisse instrumentaliser la religion pour tel ou tel objectif politique. 

 

Les trois sens de la religion

 

Qu’entend-on par «religion»? Le philosophe anglais, prix Nobel, Bertrand Russell distinguait entre:
1- le sentiment religieux;
2- la théologie;
3- les institutions religieuses.
Pour ce qui est du sentiment, il est clair qu’on ne peut ni nier sa présence quand il est là, ni l’induire socialement: il ne se laisse donc pas instrumentaliser.
Quand on agit socialement sur un tel sentiment, on induit autre chose que la religion.
Quant à la théologie, le deuxième point, la pluralité des interprétations des textes sacrés est une miséricorde, selon l’adage musulman bien connu.
Pouvoir confronter -théoriquement, sans contrainte sur la pratique- ces interprétations devrait non seulement être garanti politiquement, mais même encouragé.
Il reste enfin les institutions religieuses. En Islam, la mosquée est un lieu de prière et de savoir. Elle n’est pas un lieu pour organiser des meetings politiques.
Les imams, comme tous les autres citoyens, ont certes le droit d’exprimer leur choix politique dans le respect de leur rôle de rassembleurs. On ne peut leur demander de rester en retrait de l’expérience politique pour la simple raison qu’ils seraient investis d’une mission religieuse. En tant que citoyens, ils sont comme tout autre citoyen en droit d’exprimer leur préférence. Leur autorité d’imam ne leur confère ni plus ni moins de citoyenneté que n’en possèdent les autres.
De ces trois réalités religieuses (le sentiment, la théologie, l’institution) aucune n’est susceptible d’être instrumentalisée par le pouvoir politique qui tire toute sa réalité du «fidéicommis» entre une nation et un pouvoir politique, et qui, dans le cas du Maroc, est défini par la nouvelle Constitution.

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