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    Culture

    Que peuvent offrir les ouléma?

    Par L'Economiste | Edition N°:1921 Le 21/12/2004 | Partager

    . L’opinion publique dénonce les actions caduques des érudits de la Charia. Des pistes pour une mise à niveau des ouléma…. … et leur redéploiement dans la gestion de la chose publiqueQuel rôle peuvent jouer les ouléma dans l’édification d’un projet de société? C’est en voulant apporter une réponse à cette question jugée «complexe» que ouléma, universitaires et chercheurs de différents horizons et sensibilités, ont appréhendé le concept de alem dans la société civile. C’était samedi 18 décembre, lors d’un colloque organisé à Casablanca par l’Association Al Massar, en partenariat avec le ministère des Habous et des Affaires islamiques et qui a attiré beaucoup de monde. Il faut le reconnaître, et c’est même l’avis des organisateurs, «le thème retenu fait l’objet de positions divergentes entre les composantes de la société civile, à commencer par les ouléma eux-mêmes, les politologues, les sociologues, ONG et autres universitaires et intellectuels de tous bords».. Refonte du mode opératoirePour planter le décor, l’Association Al Massar a réalisé un microtrottoir, une sorte de sondage d’opinion qui a montré les attentes de la société et les différentes perceptions qu’elle se fait des ouléma. Il ressort des différents témoignages un déficit notoire du rôle des ouléma dans le projet de société, un décalage avec les spécificités de la société, une absence de stratégie pour immuniser les jeunes ainsi que des discours inadaptés à la réalité et parfois orientés à des desseins politiques… Autant de griefs qui interpellent une refonte du mode opératoire des ouléma. Parti de ce constat, Ahmed Abbadi, directeur des Affaires islamiques au ministère des Habous, a insisté sur la nouvelle approche de son département, à savoir l’écoute pour une meilleure assimilation des attentes. Selon Abbadi, l’enjeu est de taille, car il consiste à définir les concepts de base, les mécanismes et la méthodologie de travail du projet sociétal loin de l’exclusion. Pour Abbadi, les ouléma peuvent jouer un rôle des plus importants dans l’élaboration du projet de société. Mais encore faut-il que le concept de alem soit bien assimilé, a-t-il précisé. Selon lui, il faut d’abord arrêter un cahier des charges précis pour cette catégorie d’érudits. Car contrairement à la définition grecque de l’érudit, en islam, les ouléma ont le devoir d’explorer, d’interpréter et adapter. Autrement dit, dépasser les règles et les textes par l’effort de l’interprétation et l’adaptation avec la capacité de réagir aux urgences. Ce qui suppose, dans le cas du projet renouvelable de société, un effort de conceptualisation et de modélisation, avec la prise en compte des spécificités spacio-temporelles et loin de tout mimétisme béat. C’est-à-dire être conscient des dysfonctionnements de la société, de ses nouveaux courants de pensée, voire sa démographie et ses enjeux. «Il s’agit tout comme dans la médecine de donner à chaque mal son remède», résume Abbadi. Et d’ajouter, passé le cap du diagnostic, il faut enchaîner avec l’ambition de planification avec la mise en place d’une stratégie ad hoc et des modes d’ajustement et de renforcement en permanence. Mais disposons-nous d’institutions à la hauteur de ces ambitions? La question reste posée. Selon Abbadi, jusque-là, les ouléma disposent d’un cahier des charges d’ordre général. Or, la situation actuelle nécessite d’appréhender les aspects sociétaux dans une approche analytique.De son côté, Dr Rajae Mekkaoui, universitaire et chercheuse, a mis l’accent sur les causes de l’enfermement des ouléma. A ses yeux, la recherche théologique reste prisonnière de l’histoire et du mimétisme des ancêtres. A l’origine de cette déviation, des enjeux politiques et la limitation de la marge de manoeuvre du champ religieux. Par conséquent, les ouléma se confinent dans le religieux au détriment du registre social, politique et autres aspects sensibles de la vie (avortement, planification familiale…).Les risques sont importants, car en imitant le passé, certains confondent textes sacrés et rites, ou encore us. A tel point que certains ouléma s’éloignent de la gestion de la chose publique et des problèmes de l’heure et sacralisent les prédécesseurs, voire les rites. De cet écart, naissent des disparités entre la société et les ouléma. Un écart attribué au déficit de la réflexion. «Le problème ne réside pas dans les textes sacrés mais dans les limites de la réflexion», précise Rajae Mekkaoui. . Produire des idées nouvellesAjoutés à cela les problèmes d’ordre méthodologiques et les instruments de la recherche scientifique, qui sont inadaptés. Résultat, des dysfonctionnements non négligeables car la vie a changé et engendré des problématiques nouvelles aux antipodes des ancêtres. Pour passer du mimétisme stérile à l’ijtihad, la chercheuse fait appel à une nouvelle méthodologie basée sur le rôle pédagogique du alem. Mais au préalable s’impose une mise à niveau des ouléma, qui s’articule autour de la raison et l’encadrement avec de nouveaux référentiels et des méthodes adaptées au contexte. L’intérêt est de créer une interaction avec les institutions étatiques et produire des idées nouvelles pour le développement. Pour y arriver, précise la chercheuse, les ouléma devront revoir l’objectif des sciences de la Charia et arrêter des mécanismes appropriés. L’approche consiste en une nouvelle lecture des textes pour en extraire des interprétations conformes aux questions de l’heure. Pour éviter les dérapages, Mekkaoui suggère une interaction de la recherche théologique avec les textes de lois et l’intégration des institutions. Mais là encore, il faudrait préciser le lien entre les ouléma et les institutions étatiques. Par le passé et jusqu’à nos jours, il existe deux écoles. Celle qui prône de la distance avec les gouvernants d’un côté, et de l’autre, les adeptes de la coopération avec les institutions étatiques. Ahmed Raïssouni, qui intervenait sous la casquette d’universitaire-chercheur, insiste que, de tout temps, les ouléma étaient garants de la gestion de la chose publique. Pour preuve, un hadith précise que les ouléma sont les héritiers des prophètes, ajoute Raïssouni. Pour lui, cette mission de la gestion de la chose publique est d’actualité aujourd’hui plus que jamais, dans la mesure où elle peut juguler toute forme d’extrémisme, qu’il soit religieux ou non religieux. Par ailleurs, Raïssouni estime que les ouléma peuvent jouer un très grand rôle dans la relance des Habous. Une institution qui ne s’arrête pas aux mosquées mais s’étend aux biens et services. «Une solution appropriée pour pallier le chômage et les problèmes de l’heure», précise-t-il. Et ce sont les ouléma qui devront convaincre les mécènes du bien-fondé de cette institution sociale.. Champ diplomatiqueAutre créneau que les ouléma devraient investir dans le contexte actuel, le champ diplomatique. Pour Raïssouni, l’homicide du réalisateur hollandais Van Gogh devrait servir de leçon. L’idéal serait de doter chaque représentation diplomatique (consulat, ambassade…) d’un poste de conseiller religieux. «Les ambassades ont fortement besoin de la présence d’un alem. Dans le contexte international actuel, les ouléma ont un rôle à jouer auprès de la communauté marocaine à l’étranger», estime Raïssouni.Mais au-delà de ce rôle, Raïssouni se pose des questions sur la situation des ouléma et leur «exclusion volontaire et involontaire». Hormis leur devoir dans la société, «avouons que les prédicateurs sont souvent victimes d’allégations», déplore Raïssouni. «C’est une atteinte et une humiliation à l’immunité des ouléma». Pis encore, «différentes parties contestent leur légitimité et la presse les espionne au quotidien. Des campagnes médiatiques sont souvent orchestrées et aboutissent par leur exclusion», s’insurge le chercheur pour qui seuls des ouléma devraient contrôler les ouléma.


    Rapprocher les points de vue

    Selon l’Association Al Massar, ce type de colloque s’inscrit dans l’optique de rapprocher les points de vue des différentes sensibilités dans les domaines social, culturel et politique. L’objectif est de jeter les jalons d’un échange, via le débat et l’implication de tous les courants sociopolitiques, pour décrypter les différentes sensibilités, voire susceptibilités parfois. La thématique retenue invite à adopter un nouvel état d’esprit pour tracer les contours d’un projet de société fédérateur, tout en s’inscrivant dans la perspective de l’évolution des sociétés modernes. Pour se faire, le colloque a retenu deux panels.Le premier s’inscrit autour de l’islam et la question scientifique (ouléma et réforme de la pensée religieuse, le rapport entre les sciences profanes et la religion ou encore les sciences de la Charia entre mimétisme et interprétation, voire le profil actuel des ouléma…).Quant au second panel, il s’est articulé autour du rôle des ouléma dans la société civile, réalités du Maroc et perspectives d’évolution.Amin RBOUB

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