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    Culture

    Femme, développement et démocratie
    Par Hassania CHERKAOUI, professeur à la Faculté de droit de Casablanca

    Par L'Economiste | Edition N°:1921 Le 21/12/2004 | Partager

    Les femmes sont demeurées jusqu’ici une préoccupation sur le plan religieux, ce qui a fait perdre de vue leur rôle dans la vie civile et politique et leur participation active actuelle dans le processus de développement, à la fois par leurs activités productives et reproductives, ainsi que leur contribution, si souvent ignorée, à la croissance économique. On confond trop souvent le domaine personnel, c’est-à-dire les problèmes féminins, et le domaine professionnel. Mais l’on oublie aussi trop souvent que le Maroc a évolué. Les femmes travaillent et elles représentent près de la moitié de la population active; elles sont de plus en plus nombreuses à entreprendre des études supérieures, elles entrent en Polytechnique, et, dans les écoles de commerce ou les facultés, elles constituent près de la moitié des promotions. Les femmes marocaines sont aujourd’hui pilotes, chirurgiens, procureurs, universitaires, chefs d’entreprise... Partout, les limites de leur territoire ont été repoussées. Il leur reste un dernier bastion à prendre: le pouvoir. Les femmes, en effet, sont encore rares dans les instances dirigeantes du pays. Or, leur entrée dans la vie politique est une condition nécessaire pour atteindre la démocratie véritable. Pour saisir cette vérité, il convient tout d’abord de réfléchir sur la notion théorique de démocratie. . Conscience nouvelle des droits des femmesComme on le sait bien, c’est plus qu’un système de gouvernement ou d’organisation et de fonctionnement de la société. C’est aussi une philosophie et un système de valeurs qui trouvent la base et le fondement dans le respect des droits de la personne humaine, de tous ses titres de citoyenneté et de ses libertés fondamentales. A propos d’une réflexion récente sur “les femmes et la démocratie”, la Conférence mondiale de Vienne en 1993 a reconnu de façon formelle, au niveau mondial, que “les droits des femmes sont partie inaliénable, intégrale et indivisible des droits universels de la personne humaine”. Mais le problème est que l’on a longtemps envisagé la question des droits par rapport à l’homme en invoquant “le Droit de l’homme” voulant signifier la personne humaine. Rappelons à cet égard que notre Constitution, dans son préambule, affirme son attachement aux “Droits de l’homme tels qu’ils sont universellement reconnus”. Or, l’homme, ce modèle, n’est qu’un modèle abstrait, car on lui assimile l’humanité, les femmes y étant naturellement incluses. Ainsi, les “droits de l’homme” doivent devenir les “droits de la personne humaine” dans toutes les dimensions de la pensée, de la formulation et de la réalité concrète et vivante.Cette réalité concrète et vivante est que le peuple, qui est simultanément le sujet et l’objet de la démocratie, n’est pas uniforme, ni neutre puisqu’il est composé d’hommes et de femmes. A partir de ce constat de la dualité de ce peuple, c’est toute une philosophie de la démocratie qui doit se développer. Une philosophie qui intègre une conscience nouvelle des Droits des femmes, c’est-à-dire une philosophie qui intègre de façon plus équilibrée et plus juste les dimensions masculine et féminine de l’humanité.Mais jusqu’à présent, aucune place n’est faite à cette philosophie de la démocratie qui prend en considération la dualité de l’humanité, parce qu’on a toujours nié cette dimension au nom du principe de l’universalité des droits de la personne humaine. Or, si l’on s’interroge sur la vérité de ce principe en ce qui concerne les femmes, notamment à propos de l’interprétation ou de l’application du droit et des droits, on constate que derrière l’universel, exprimé en tant que “l’homme” ou “le citoyen”, c’est surtout le modèle masculin qui inspire et perpétue des concepts, des mythes, des traditions et des visions du monde. . Perception abstraite de l’humanitéOn peut donc en conclure que la démocratie que l’on vit n’est pas réelle, car elle a été construite sur une compréhension fausse, sur une vision théorique du peuple et une perception abstraite de l’humanité. Or, un tel modèle “démocratique”, qui fonctionne principalement ou exclusivement sur la base d’un modèle masculin, ne peut pas être acceptable en raison justement de la moitié féminine de l’humanité.En d’autres termes, on ne peut pas continuer à parler de la démocratie en termes abstraits ou neutres, car on doit regarder le peuple dans ses diversités et catégories: la première, qui est essentielle, est celle du sexe, car elle traverse toutes les autres catégories: la couleur, la race, l’idéologie, la religion. Et dans la mesure où les femmes représentent plus de la moitié de la population, on ne peut plus concevoir une démocratie sans une vraie participation et représentation de celles-ci. La démocratie à visage masculin comme celle que nous vivons actuellement apparaît dès lors comme incomplète, et même fausse. En effet, toute société qui se veut démocratique doit garantir, non seulement des droits, mais aussi des chances égales à tous ses membres. L’égalité effective des femmes et des hommes, consacrée par notre Constitution, mais souvent encore niée par la réalité, est, dans cette perspective de pensée, non seulement la réalisation d’un droit fondamental, mais aussi une exigence de la démocratie véritable.Le fonctionnement du système démocratique consiste à faire ressortir les valeurs sur lesquelles il doit être fondé: l’égalité de tous les individus, la non-discrimination, la tolérance et la solidarité, avec tout ce que cela implique de combat contre la marginalisation et l’exclusion sociales.Il est évident, toutefois, que le domaine de la vie politique et publique est essentiel et symbolique et c’est là, dans ce noyau dur, que la participation féminine semble trouver plus de résistances et d’obstacles. Surtout en ce qui concerne l’accès à la représentation et l’exercice effectif du pouvoir politique. La démocratie ne se limite pas, cependant, à un rituel périodique d’élections, car elle est plus qu’un rituel: c’est un mode de vie pour tous les citoyens, hommes et femmes, envisagés sur un pied d’égalité, qui inclut, obligatoirement, la prise de décisions qui affectent la vie de la société.. Talents et potentialités des excluesLa non-participation des femmes à la vie politique dans ces conditions a aussi des conséquences qui vont au-delà des notions de justice, d’égalité ou de solidarité. On peut dire que cette non-participation comporte un vrai appauvrissement de la société, qui ne profite pas des talents et des potentialités des exclues, dans la poursuite de solutions pour les problèmes de la communauté.La démocratie véritable est une notion qui tient compte du peuple tel qu’il est, composé de femmes et d’hommes, qui ont, les uns et les autres, quelque chose à offrir à la société. Elle exige la pleine participation des femmes là où elles ne se trouvent pas et à tous les niveaux et dans tous les aspects de fonctionnement de la société. Et que l’on ne prétexte pas ici le problème de l’analphabétisme, qui n’est pas seulement féminin.L’idéal de la démocratie véritable consiste dans la réalisation effective des droits de la citoyenneté des hommes et des femmes. On doit donc en quelque sorte “démocratiser” la démocratie pour y parvenir. Il faut bien préciser à cet égard que la démocratie véritable n’est pas seulement pour les femmes, mais aussi pour les hommes et pour le bien-être de la société. Il faut aussi préciser que tous les domaines sont profondément liés. Les femmes sont associées au processus de développement, notamment par leur participation à l’éducation, à la santé et dans un grand nombre de secteurs scientifiques et techniques. Elles sont en outre soumises aux mêmes devoirs et obligations sociales et aux mêmes responsabilités que les hommes. Un tel partage devrait se développer dans tous les domaines de la vie civile et politique. Autrement dit, un vrai partage de responsabilités, de tâches et de pouvoir est nécessaire.La démocratie avec les femmes et les hommes, en tant que sujets et partenaires sur un pied d’égalité, est un symbole d’espoir et d’avenir, où les femmes, comme les hommes, seront facteurs de la promotion de la démocratie et du développement de la société.

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