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Economie

Première partie: Pourquoi il faut réinventer la recherche scientifique
Par le Pr Mohamed Ferhat*

Par L'Economiste | Edition N°:2089 Le 18/08/2005 | Partager

Aujourd’hui, il est bien connu que la recherche scientifique d’un pays est devenue un des outils principaux de son développement socioéconomique. D’après les chiffres de l’année 2003, c’est la Suède qui consacre à cette activité la part de son PIB la plus élevée au monde (5%), suivie par la Finlande (3,9%), le Japon (3%), les Etats-Unis (2,7%), la Grande Bretagne (2,1%) et la France (1,9%). Du point de vue emploi scientifique, ce sont les Etats-Unis qui emploient le plus de chercheurs au monde (1 million), suivis par le Japon (600.000), l’Allemagne (240.000), la Grande Bretagne (160.000) et la France (158.000). Au Maroc, on a commencé à ne plus considérer la recherche comme un luxe et lui accorder vraiment de l’importance qu’à partir de l’année 2003 lorsque les dépenses, qui lui ont été consacrées, sont passées de 1.097 millions de DH en 1998 à 3.144 millions de DH en 2003, faisant passer ainsi la part du PIB correspondante en moins de cinq ans de 0,3% à 0,79%, ce qui constitue en soi un effort non négligeable pour ce pays. Mais bien que le nombre de ses chercheurs en sciences (enseignants, 3ème cycle et DESA) a atteint les 10.000, avec personnels administratif et technique compris, le Maroc n’a pas encore atteint les performances d’un petit pays comme la Grèce qui, pour une population trois fois inférieure à la sienne, a pratiquement le même nombre de chercheurs. Beaucoup de facteurs expliquent ce retard, parmi eux; la qualité de l’enseignement supérieur qui lui est très lié, certains problèmes du corps enseignant, les liens de la recherche avec l’entreprise et également ce qui est attendu de la coopération scientifique internationale dans ce domaine. . Responsabilité pédagogique Si dans les grands pays industrialisés la recherche a pu contribuer massivement à leur développement socio-économique, c’est parce qu’elle a lieu dans des universités qui sont des institutions mieux structurées, mieux équipées, très appuyées et mieux financées. Au Maroc, pour pouvoir appliquer convenablement le contenu de la nouvelle réforme de l’enseignement supérieur (loi 001 du 19 Mai 2000), instituant le système d’enseignement modulaire du LMD (Licence, Maîtrise, Doctorat), se rapprochant beaucoup des systèmes actuellement en vigueur dans les pays de l’Union européenne, non seulement il faut avoir des moyens (financiers, locaux, équipements…) très importants, mais tenir compte également que cette réforme engendre une responsabilité pédagogique du corps enseignant plus contraignante. En effet, les universités dans lesquelles la majorité de la recherche se fait ne peuvent plus jouer convenablement leur rôle: elles sont partagées entre développer une recherche de qualité dont les retombées ne peuvent apparaître qu’à long terme et, en même temps, se mobiliser sans précédent pour encadrer et suivre dans leurs cursus universitaires des effectifs d’étudiants parfois pléthoriques dans un système d’enseignement où les parcours de formation, pour plus d’efficacité, ne peuvent être enseignés qu’en étant en relation étroite avec les besoins de l’emploi et une recherche scientifique active. En effet, comme cela a été toujours le cas dans toutes les réformes de l’enseignement qu’a connues le Maroc, c’est aux universités qu’est revenue la démocratisation des études (taux d’encadrement: un enseignant pour 100 étudiants en moyenne) avec des moyens financiers beaucoup plus faibles que ceux accordés aux écoles d’ingénieur dont le taux d’encadrement est de un enseignant pour 3 étudiants. Les universités courent ainsi le risque de voir baisser, à plus ou moins longue échéance, le niveau de leurs étudiants. En augmentant le nombre d’heures d’encadrement et de tâches administratives désormais en vigueur depuis la date de l’application de la réforme, on pénalise les enseignants-chercheurs engagés dans des programmes de recherche et condamne ainsi les universités à ne pas pouvoir remplir correctement leurs missions de formation et de recherche. C’est pourquoi, pour que la réforme puisse réussir, on devrait commencer d’abord par améliorer les conditions de travail des enseignants-chercheurs en les déchargeant de toutes ces nouvelle tâches administratives, pour lesquelles ils ne sont pas préparés, faciliter leur mobilité, leur recyclage et surtout encourager les meilleurs parmi eux, en prenant en considération les productions scientifiques évaluées par des commissions d’enseignants apolitiques qui prendraient en considération la qualité et non la quantité des publications de leurs collègues. D’autre part, la recherche ne peut pas se faire non plus sans étudiants de 3e cycle. On devrait améliorer leurs conditions de travail, leur offrant des cursus intéressants répondant aux besoins du marché de l’emploi, les possibilités d’être en contact avec les entreprises susceptibles de leur offrir des occasions de débouchés, et, pour ceux qui seraient intéressés, faciliter leurs travaux de recherche et les former pour être dans le futur les cadres moteurs et dynamiques de l’université de demain. Mais le monde de la recherche ne présente pas la beauté classique d’un jardin moderne qui repose sur l’ordre et la sérénité. Les décisions concernant les priorités et les orientations de la recherche ne sont pas toujours faciles à prendre.. Les priorités et les choixQuelles priorités et quelles orientations pour la recherche scientifique du Maroc d’aujourd’hui et de demain?Comment établir la hiérarchie des priorités quand il y a une demande urgente en médecine (maladies spécifiques au Maroc: cancers, maladies cardio-vasculaires, maladies gastriques…), en agroalimentaire (sécheresse, irrigations, qualité des semences, machinisme agricole…), en protection de l’environnement (assainissement, protection des sources d’eau potable…), dans les nouvelles sources d’énergie moins polluantes et moins chères (énergie éolienne, solaire, nucléaire…), dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication (Internet, réseaux de communication…)? Quand il y a, en plus, une demande scientifique, comment établir la hiérarchie des priorités entre les sciences fondamentales, les sciences appliquées et les sciences de l’ingénieur… Cherche-t-on à développer toutes les capacités scientifiques du pays ou seulement à être présent dans tous les domaines scientifiques? Doit-on prendre en compte ces attentes dans toutes leurs dimensions ou ne répond-on qu’à l’urgence?Il n’est pas facile de répondre ni de prendre une décision en pareille situation. Les décisions concernant le budget, les priorités et les choix dans ce domaine doivent être senties comme étant l’affaire de tous, préparées par des instances consultatives et représentatives telles que l’Académie Hassan II des sciences et techniques. On devrait commencer d’abord par sensibiliser les décideurs politiques et développer toute une culture de la science au niveau des élites du pays, de ses partis politiques qui devraient inscrire dans leurs programmes électoraux des engagement favorables au développement de la science, des autres composantes de la société civile, en organisant forums, colloques, conférences, débats instituant des prix de science… Mais l’urgence du court terme évince souvent les enjeux à long terme, car il faut tenir compte du décalage qui existe entre les attentes scientifiques et les capacités d’une recherche dont le ralentissement est dû aussi au manque de cadres, phénomène qui a pris beaucoup d’ampleur cette année avec le départ volontaire des fonctionnaires qui a touché des enseignants du supérieur de haut niveau et dont va en souffrir, en premier lieu, la recherche dans les universités. Déjà celles-ci sont pénalisée depuis quatre ou cinq ans quand de plus en plus d’étudiants brillants de 3e cycle en science (informatique, télécommunication, mathématiques pour ingénieurs…) partent terminer leurs études à l’étranger, de préférence en Europe où ils y restent souvent pour toujours. D’un autre côté, certains se sentant marginalisés dans leur propre pays, d’autres socialement déconsidérés, d’autres contraints souvent d’exercer des emplois sans aucun rapport avec leur qualification, d’après les chiffres de l’année 2003, plus de 7000 cadres: ingénieurs, architectes, médecins, gestionnaires, techniciens et chercheurs de haut niveau occupent actuellement des emplois ou postes de responsabilité dans les universités, entreprises et bureaux d’études européens, canadiens et américains. Ce n’est pas à cause de l’attrait de pays riches, c’est plutôt la possibilité de travailler dans des conditions normales, pour ne pas perdre l’acquis et le désir légitime de valorisation professionnelle.----------------------------------------* Ancien recteur (président) de l’université Hassan II Mohammédia

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