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International

Le terrorisme et les nouvelles guerres
Par le Dr Boris CYRULNIK

Par L'Economiste | Edition N°:1917 Le 15/12/2004 | Partager

A partir d’aujourd’hui, il va bien falloir réfléchir au terrorisme. Jusqu’à ces derniers temps, la pensée automatique consistait à opposer l’ordre d’un Etat puissant et légitime à l’explosion immorale de quelques terroristes psychopathes. Ce genre de raisonnement réflexe paraît trop superficiel.Les enquêtes psychologiques nous ont permis de faire connaissance avec des terroristes sympathiques, élevés dans des familles stables, affectueuses et pieuses, qui avaient souvent permis à leurs enfants de faire des études plutôt bonnes. L’acte terroriste étant monstrueux, on s’attendait à découvrir des hommes monstrueux, ce qui est une faute de raisonnement: une cause minimale peut avoir des conséquences énormes quand elle intervient au bon moment et à un endroit précis du système. Un homme gentil et bien élevé peut bouleverser un système social quand il frappe au bon moment là où il faut.Puis vint l’explication par le terroriste, héros sacrifié pour un peuple humilié. Cette approche psychosociale, qui contient une grande part de vérité, n’explique pas l’intention politique. Quand on fouille dans l’histoire d’un peuple, on peut toujours trouver une humiliation qui légitime l’attentat terroriste, le fracas qui, à son tour, permet la contre-violence d’un Etat agressé. Cette complicité des extrémistes mène au pouvoir de l’un des deux. Le terrorisme d’un petit groupe s’associe avec un terrorisme d’Etat afin d’établir un système de concurrence qui vise à prendre le pouvoir.. Deux stratégies, une réussiteSi ce raisonnement a quelque pertinence, on peut constater que l’enjeu est le même: prendre le pouvoir en agissant sur le psychisme des masses. Mais les méthodes sont différentes, car le terroriste veut terroriser les masses en fracassant l’ordre établi. On remarque alors un étonnant paradoxe où les défenseurs de l’ordre emploient des moyens techniques et administratifs faramineux: une armée de 500.000 hommes à l’autre bout du monde, une aviation aux performances techniques stupéfiantes, des soldats surarmés qui provoquent un effondrement social et une irruption volcanique culturelle où l’on voit resurgir des doctrines anciennes que l’on croyait enfouies sous la civilisation. A l’inverse, les terroristes réalisent leurs actions avec une précision technique surprenante, une grande économie de moyens qui provoque rapidement des remaniements de discours sociaux.L’Etat qui utilise la violence pour défendre l’ordre provoque le chaos, alors que ceux qui veulent effondrer l’Etat sont les plus ordonnés!Les armées immenses sont hasardeuses, elles se trompent de cible, tuent au hasard et parfois même s’entretuent tant les informations sont nombreuses et difficiles à traiter. Alors que les terroristes, avec un couteau, un pain de plastic, un homme ou un enfant sacrifié manifestent une redoutable précision.Dans les deux stratégies, l’objectif est le même. Il faut agir sur ce que les personnes de gauche dénomment “la conscience de masse”, les personnes de droite “l’âme des peuples” et les psychosociologues “les stéréotypes culturels”.Pour modifier le discours social qui autorise les décisions politiques, les terroristes ont besoin de provoquer l’horreur afin que les médias se fassent leurs porte-parole. Plus le spectacle est atroce, plus les médias indignés aident les terroristes. Avant l’ère de communications modernes, il fallait déjà déclencher une rumeur d’effroi. Depuis le développement technologique, il suffit de mettre en scène l’horreur. Lors de la croisade des Albigeois, dans le sud de la France au XIIIe siècle, on arrachait les yeux des prisonniers qui devaient se déplacer en mettant les mains sur les épaules de celui qui marchait devant, sauf le premier de la file à qui les croisés catholiques n’arrachaient qu’un seul œil afin qu’il puisse guider la file. Ce terrifiant théâtre provoquait des rumeurs qui affolaient les familles et désorganisaient les sociétés. . La complicité des extrêmesAujourd’hui, les terroristes, excellents techniciens, s’arrangent pour que les médias fassent eux-mêmes le travail. L’attentat des tours de Manhattan a été un exploit technique et économique. Avec très peu de moyens, un peu d’argent et le sacrifice de quelques hommes, le pays le plus puissant du monde actuel a été fortement secoué. La contre-violence américaine, ainsi légitimée, a pu réaliser le programme jusqu’alors inavoué et lancer une immense armée qui déséquilibre l’ordre du monde.La complicité des extrêmes n’est pas un processus nouveau. Beaucoup de chefs d’Etat ont ainsi pris le pouvoir. Le problème, c’est que cette méthode est tellement efficace et économique qu’elle fait des élèves, même dans le pays ainsi conquis. Quand le FLN algérien a déclenché la juste guerre d’indépendance, son armée était minuscule comparée à la puissance militaire française. Il fallait donc provoquer l’horreur pour déclencher la contre-violence française. La population, privée de droits dans son propre pays, n’était pourtant pas très hostile à l’occupation française qui, par ailleurs, fournissait comme le font tous les colons, des hôpitaux, des outils et des écoles. Les premiers attentats furent tellement abominables que l’armée régulière en réagissant par des massacres de populations innocentes et des tortures de fellaghas, a réalisé le programme souhaité par le FLN: la haine des populations. Ce processus d’extrémistes opposés et associés a provoqué le départ des colons et la victoire des terroristes, devenus armée de libération, puis chefs d’Etat.Mais une école fut ainsi créée: aujourd’hui, “l’islam-politique” en est un bon élève qui met en place un pouvoir occulte. L’industrie française continue à gagner de l’argent, en secret, en passant des accords avec les chefs, tandis que de nouveaux candidats terroristes tentent d’imposer leurs idées en faisant exploser de jeunes scouts et en égorgeant des innocents afin de provoquer la terreur dont les médias se font porte-parole.. Situation inattendueOn évolue donc vers une situation inattendue: un cycle infernal où les armées régulières, aux technologies magnifiques et coûteuses, sont moins précises et moins efficaces qu’un petit groupe d’hommes spécialisés dans la terreur. Il s’agit même pour les terroristes, techniciens de l’ombre, de mettre en lumière la brutalité scandaleuse des armées surpuissantes. L’armée française torturant en Algérie, a dressé la population contre elle, l’armée américaine en bombardant une noce en Afghanistan, a scandalisé le monde des téléspectateurs, l’armée israélienne indigne ceux qui prennent le parti des faibles, comme nous y invite notre culture moderne qui s’identifie à l’agressé.Le réel est ailleurs et discret puisqu’il suffit de déclencher la balourdise des puissants pour récupérer les voix des indignés.Cette manière de se faire élire chef d’Etat risque de provoquer un nouveau style de guerre, impossible à terminer. Les FARC colombiens limitent leur armée régulière pour développer des actions terroristes, les Tchétchènes évoluent vers des actions plus précises que leurs grandes rafles, les Algériens opposants au régime actuel reprennent leur entreprise de terreurs localisées et même les soldats américains estiment qu’un commando de douze hommes aurait eu plus de chance d’assassiner Ben Laden que leur énorme armée(1).La troisième guerre mondiale sera-t-elle constituée par des milliers d’attentats localisés et techniquement précis, afin de provoquer des discours indignés qui permettront l’élection légitime d’un ancien terroriste? En ordonnant à son tour mille petits commandos, il prendra place dans une troisième guerre mondiale disséminée et impossible à arrêter.La terreur comme arme culturelle nous fera-t-elle regretter les anciennes guerres d’armées classiques?----------------------------------(1) Témoignage des forces spécialisées américaines, 2004. Sur les traces d’Al Qaïda, Alban Éditions.

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