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16 mai, un an après
Comment fonctionnent les réseaux terroristes?

Par L'Economiste | Edition N°:1768 Le 14/05/2004 | Partager

. L’archaïsme des méthodes échappe quelque peu à la sophistication des services de renseignements. Le meilleur moyen de recruter est de s’appuyer sur une déviance religieuse ou idéologiquePar quelle ingéniosité des individus sont-ils arrivés à embrigader une poignée de jeunes qui ont tué et qui sont morts pour un idéal? Mais surtout quel idéal possède autant d’emprise pour les conduire à de tels actes? Tellement de questions qui préoccupent et dont les réponses ne sont jusqu’à aujourd’hui qu’approximatives. Au-delà de leurs moyens de se procurer la chair à canon, les réseaux du terrorisme mondial sont à la fois simples et subtils. Suffisamment simples pour s’infiltrer dans toutes les sociétés et subtils dans la mesure où il est toujours difficile de retrouver le fil d’Ariane qui mène aux commanditaires. Tous les observateurs s’accordent à dire que les méthodes de liaison, entre chefs de file des cellules préparatifs des actes et de l’enrôlement, ne sont pas détectables par les moyens sophistiqués des services de renseignements. A cause justement de leur archaïsme. “Mais c’est un archaïsme qui a été modernisé”, souligne Mohamed Mouaqit, professeur de sciences politiques à la Faculté de droit de Casablanca. Du même avis, Jacques Derrida, philosophe et écrivain, professeur à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), estime que les agressions terroristes n’auraient plus besoin d’avions, de bombes et de kamikazes. Des spécialistes en programmation prendraient leur place et viseraient les systèmes informatiques à valeur stratégique. Mouaqit pense que le lien entre les réseaux et individus agissant dans une logique de terreur réside dans un “fond de conviction commun”. Généralement, ce dernier provient d’une déviance religieuse ou idéologique, qui les prédispose à commettre des actes de violences et les légitime. Il les conforte dans leur croyance d’être les détenteurs d’une “Vérité Suprême”. Pourtant, ce sentiment n’est vérifiable qu’auprès des exécutants qui se croient possesseurs d’un islam actif et qui se positionnent au-dessus des autres types de croyances de leurs sociétés. Ce sont généralement, comme l’explique Mohamed Darif, professeur universitaire et spécialiste des groupes islamistes, d’anciens adhérents à des groupes islamistes tolérés qui n’acceptent plus l’idéologie de leurs chefs spirituels ou contestent leur passivité. Quand la raison qui fait agir les planificateurs des attentats est d’ordre politique, celle par contre qui mobilise les exécutants est principalement à référentiel religieux. Les recruteurs commencent par ancrer chez le candidat le sentiment de refus du mode de fonctionnement de son ancien groupe d’appartenance. L’alternative proposée est alors une conception basée sur une déviance qui porte le nom “d’islam pur et dur”. Celui qui qualifie le régime d’impie et prône le combat comme premier recours et obligation religieuse détachée de l’ensemble des recommandations de la religion. Les recruteurs font croire à leurs proies que le vrai croyant est bien celui qui meurt pour Dieu ou alors celui qui est en attente. Les concepts véhiculés par les recruteurs sont assez subtils pour garder des exécutants de réserve. . Qu’est-ce qu’un réseau?Dans l’islam, le principe de Jihad qui figure dans le Coran et la Sunna, a toujours été une option collective. Dans le cas des réseaux terroristes, le recours à l’acte individuel ou d’un petit groupe, les inscrit définitivement en porte-à-faux avec les principes de la religion. C’est pour cette raison et bien d’autres que le capital de sympathie hésitante, qu’Oussama Ben Laden a pu avoir au lendemain des attentats du 11 septembre, a fondu. La grande question est comment cette nébuleuse, qu’aujourd’hui tout le monde redoute et rejette, arrive à perdurer? Aziz Chahir, jeune chercheur marocain, explique cette résistance à l’usure par les propriétés intrinsèques des réseaux terroristes d’Al Qaida. Pour lui, «la démarche historique qui consiste à faire l’inventaire chronologique des attentats est dépassée». Autant ajoute-t-il que la méthode anglosaxone de profiling qui permet de reconstituer le profil sociologique et psychologique des individus objets de doute. L’analyse des réseaux reste, de son point de vue, la plus percutante. Chahir résume les propriétés de ces derniers en cinq axes principaux. D’abord, chaque réseau se caractérise par l’intensité des liens qui existent entre ses membres. “Les mosquées deviennent des lieux privilégiés pour les extrémistes pour entrer en contact avec leurs futures proies”. Vient ensuite “la centralité” selon laquelle des pays comme l’Afghanistan ou le Pakistan deviennent des points de passage obligés pour intégrer Al Qaida. La proximité est la troisième propriété qui explique, selon Chahir, que les leaders des réseaux cherchent toujours le chemin le plus court pour arriver à leurs objectifs. Le recrutement se fait à proximité même du lieu visé. Les kamikazes du 16 mai habitaient à quelques kilomètres seulement des lieux d’explosion. Parmi les critères d’enrôlement figure aussi le fait que ces individus sont bien intégrés dans la société. Les réseaux locaux se constituent et fonctionnent par arborescence. “Les 15 kamikazes ne se sont retrouvés qu’à la veille des attentats. Ils étaient constitués de 3 ou 4 cellules distinctes”, explique Darif. Ainsi, quand une cellule tombe entre les mains des enquêteurs, elle n’entraîne pas les autres dans sa chute. De surcroît, même si une cellule réussit dans sa mission, Al Qaida coupe tout lien avec elle. Ce qui laisse croire qu’il s’agit d’une cellule indépendante. Quatrième propriété d’un réseau: avoir le minimum possible de points faibles et surtout bien les cacher. “Il est toujours difficile pour les enquêteurs de relever le maillon faible et mettre les réseaux terroristes dans une situation de vulnérabilité”, explique Chahir. L’équilibre est la dernière propriété. Chaque réseau doit avoir un degré d’entente suffisant pour assurer sa stabilité dans le monde. Pour que les réseaux se consolident, ils ont besoin de la validation des Oulémas qui prend la forme de fatwa. “Il s’agit d’une validation exégétique radicale de l’islam. C’est un travail de légitimation qui s’appuie sur la notion de martyr et de mythification du chef spirituel”, souligne Chahir. Les Oulémas modérés trouvent beaucoup de mal à réfuter les thèses de ces pourvoyeurs de légitimité. Au-delà du pouvoir planétaire des réseaux terroristes, comment est-ce possible d’endiguer sa crue localement? Pour que le terrorisme ne devienne pas un phénomène de société au Maroc, Darif prône une approche multidimensionnelle basée sur un partenariat entre la société civile et les autorités.


Profil des bombes humaines

Au sein d’un réseau, il y a toujours une cellule de contrôle et de suivi dont les éléments épient les jeunes candidats aux actes terroristes. Le degré de “religiosité” est le premier pris en compte mais il n’est pas à lui seul suffisant. Il faut en plus que le futur “martyr” ait déjà appartenu à une association religieuse pour avoir une prédisposition à l’encadrement. Ce sont des personnes qui ont constamment besoin de leadership. Le fait d’appartenir à un groupuscule clandestin leur procure une certaine importance ne serait-ce que vis-à-vis de leurs propres personnes. A la recherche de l’estime de soi, ils finissent par en perdre leurs âmes. La composante fascination est aussi omniprésente. Et l’on peut se rappeler, à ce titre, l’influence que l’intégriste de nationalité française Pierre Antoine exerçait sur les éléments de son groupe. Mostafa BENTAK

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