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16 mai, un an après
Ceux qui souffrent encore

Par L'Economiste | Edition N°:1768 Le 14/05/2004 | Partager

. Les blessés réclament une aide financière. Quatre familles racontent leur drameLes attentats du 16 mai continuent de faire des malheureux. Au-delà des 45 morts, d’autres innocents souffrent encore des suites de cet acte sanguinaire. Les familles des victimes ont vu leurs vies chambouler en l’espace d’une nuit. Les veuves et les enfants continuent de vivre ce drame quotidiennement. En plus des désastreuses répercussions sur le plan émotionnel, les familles se sont retrouvées, du jour au lendemain, sans aucune rentrée financière, le père étant souvent la principale source de revenu.La vie paisible de Rachida Legdali, veuve de feu Benadi El Arbi, mort à la Casa de España, a complétement changé.“Depuis la mort de mon mari, je n’ai jamais eu un seul moment de répit”, se plaint Rachida. Pour cette mère de trois filles, le choc a été dur. Sur le plan financier, la famille de feu Benadi a subi un véritable revers. “Mon mari avait des affaires avec des personnes qui ont tout nié après sa mort. Du coup, je me suis retrouvée sur la paille, comme si mon mari était un pauvre homme, lui le brillant homme d’affaires”, s’insurge la veuve. Elle avait fait appel à la justice, mais en vain. “Je dispose de tous les documents nécessaires. Cependant, ma situation de victime des attentats du 16 mai n’a pas été prise en considération”, se désole-t-elle. Rachida était obligée de partager l’aide royale avec sa belle-famille. Ses filles, Rim 15 ans, Marwa 13 ans et Sabrina 8 ans, n’avaient pas, elles aussi, supporté cette diminution brutale des ressources finanncières. Elles étaient habituées à une vie aisée, et du jour au lendemain, elles se sont retrouvées avec une somme de 180.000 dirhams et une maison à gérer. Parfois, Rim, l’aînée, rentre en pleurs. Certains camarades lui rappellent, de mauvaise foi, sa situation actuelle . De son côte, Zahira, veuve de Hassan Karib mort à l’hôtel Farah, assure avoir complètement perdu le goût à la vie. Sa seule raison de vivre, ses quatre enfants. Zahira habite un appartement à Sidi Moumen, à quelques centaines de mètres du quartier où habitaient les kamikazes du 16 mai. L’ironie du sort a voulu que les assassins de son mari soient “des voisins”. “Je vis toujours le drame du 16 mai. J’ai un affreux pincement au cœur à chaque fois que je parle de mon mari”, dit elle. Hafsa, sa fille aînée (6 ans) a été tellement attachée à son père qu’elle l’a pleuré plus d’un mois. A présent, elle parle au portrait du défunt accroché au milieu du salon, en guise “d’ange gardien” veillant sur le bien-être de sa petite famille. Oussama, le cadet, malgré ses quatre ans, déclare que c’est lui l’homme de la maison. En dépit de leur chagrin, Aziza (22 ans) et Imane (20 ans), les deux filles de feu Fattah, ex employé de l’Assurance Atlanta et victime de l’explosion à la Casa de España, n’ont pas perdu leur foi. “Notre entourage ne nous a pas déçu, et nous sommes fières d’être marocaines”, ont-elles affirmé. Et d’ajouter, “Le soutien de Sa Majesté nous a été d’un grand réconfort et les Marocains continuent de nous montrer qu’ils ne nous ont pas oubliées”. Cependant le quotidien est dur à supporter, et la disparition brutale du père a laissé un grand vide.Aziza, avoue avoir beaucoup perdu. Cette étudiante en médecine avait une relation exceptionnelle avec son père. Pour elle, il représentait le père, l’ami et le confident. “Je ne me suis pas encore habituée à son absence. J’étais chouchoutée et du jour au lendemain, je suis devenue, à mon insu, le chef d’une famille de six personnes dont trois adolescents”. La nouvelle mission terrorise cette jeune fille chétive. Ses frères ne lui facilitent pas la tâche. Depuis la disparition du père, ils vivent mal leur adolescence et créent énormément de problèmes. “Après la mort de mon père, et à cause de leur jeune âge, mes frères n’ont plus de repère dans la vie. Ils sont devenus difficiles”, avoue Aziza. Face à cette situation, la maman est complètement “brisée”. Imane, la cadette, se rappelle avec nostalgie avoir repassé la chemise blanche de son père pour la dernière fois avant le drame. “Ce qui me hante jusqu’à présent, c’est qu’il avait atrocement souffert pendant trente minutes avant de céder l’âme”, se désole-t-elle. La famille continue de survivre. Le don royal dont elle a bénéficié, comme toutes les autres familles des victimes, a servi à l’achat d’une maison et le reste sert aux dépenses. Comme la majeure partie des autres familles, les filles de Fattah espèrent bénéficier d’un revenu mensuel pour continuer leurs études. De son vivant, leur père voulait qu’elles réussissent. Elles se sont engagées à réaliser ce voeu.Les veuves ont bénéficié d’un don royal de quelque 500.000 Dh mais les blessés des attentats, eux, attendent toujours. Leur détresse est absolue.M’hamed Mahboub, rescapé du drame de la Casa de España, avait passé 23 jours à l’hôpital, dont une semaine dans le coma. Cet ex-gérant de l’établissement a eu plusieurs fractures. Il a également été victime d’une perforation des oreilles due à la déflagration. Il souffre désormais de problèmes psychiques. Cependant, il ne cesse de remercier Dieu de l’avoir gardé en vie. Depuis le drame, ce jeune de 35 ans vit une crise financière chronique. “Contrairement aux veuves, nous n’avons pas vu l’ombre d’un sou. Tous les rescapés dont les corps ont été mutilés par les bombes sont dans la même situation”, affirme M’hamed avec douleur. “Ni la direction de la Casa de España, ni l’Etat n’ont aidé les survivants. La compagnie d’assurance, a également décliné toute responsabilité en affirmant que les attentats terroristes sortent du domaine de ses compétences”, ajoute-t-il, sidéré.Depuis, les malheurs se sont accumulés. Traînant une expérience douloureuse et un visage balafré, M’hamed ne peut plus travailler dans le domaine de la restauration et l’hôtellerie. Son ex-épouse l’a attaqué en justice car il était incapable de payer la pension alimentaire de sa fillette. “Désormais, mon seul soutien reste l’Association des victimes et des familles des victimes des attentats du 16 Mai. Cette association m’apporte un soutien psychologique considérable. Le fait de parler de mes douleurs avec mes semblables me soulage. C’est une sorte de thérapie collective”, avoue M’hamed. A l’instar des autres blessés qui ont souffert des attentats du 16 mai, M’hamed souhaite bénéficier d’une pension mensuelle ou d’un agrément. La seule chose qui pourrait lui rendre son sourire.Mohamed AKISRA

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