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Economie

Frais de scolarité: Les écoles annoncent des concessions

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5775 Le 04/06/2020 | Partager
Exonérations et réductions sont prévues, mais pas pour tout le monde
Près de 90% des parents refusent de payer les frais!
30 à 40% sont réellement en difficulté, selon les établissements

Insatisfaits de la qualité de l’enseignement à distance offert durant le confinement, supportant des coûts supplémentaires (internet, matériel informatique…) et obligés, par-dessus le marché, de jouer aux profs, les parents sont à bout. Payer en plus les frais de scolarité du troisième trimestre? Pour eux, c’est exclu.

Surtout quand il s’agit d’établissements peu engagés en e-learning, manquant d’écoute et témoignant peu de solidarité, allant jusqu’à brandir la menace de ne pas réinscrire les enfants en cas de non-paiement. Toutes les écoles n’ont pas agi ainsi, mais à cause de celles qui l’ont fait, le secteur s’est mis à dos les parents, et toute l’opinion publique.  

Aujourd’hui, environ 90% des parents refusent de s’acquitter de leur facture du mois de mai, selon la Fédération marocaine de l’enseignement et de la formation privés (FMEFP). Certains réclament une réduction de 50% des frais, tandis que d’autres revendiquent une exonération totale. Pour les écoles, obligées de continuer à régler les salaires de leurs enseignants et personnels administratifs, 12 mois sur 12, il s’agit là d’une concession impossible.

«Nous pouvons dispenser du paiement les familles en difficulté, et offrir une remise de 50% à celles dont l’un des parents a perdu son emploi. Mais ceux dont le revenu n’a pas été impacté doivent s’acquitter de leur facture. La conjoncture nous impose la solidarité», confie Moulay Saïd Messaoudi, président de la FMEFP.

«Ceux dans l’incapacité de payer, nous les connaissons. Ils représentent 30 à 40% des parents. Ceux pouvant régler une partie de la facture sont autour de 35%. Les autres doivent verser les 100%. Nous ne cherchons pas à faire des profits, notre souci est simplement d’avoir de quoi payer notre personnel et le mobiliser pour préparer l’année prochaine», poursuit-il.

Cet engagement devrait faire l’objet d’un communiqué incessamment, conjointement avec la fédération des associations des parents d’élèves. Toutes les écoles vont-elles s’y aligner? La fédération représente en tout cas près de la moitié des quelque 5.800 établissements privés que compte le Maroc. Après sa rencontre avec les représentants des écoles, vendredi dernier, suivie de celle avec les représentants des parents, lundi, le ministre de l’Education nationale a promis de plaider la cause du secteur.

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Au sein de leurs quelque 5.800 unités, les écoles privées (primaires et secondaires) accueillent plus de 1,1 million d’élèves. De 2010 à 2020, le nombre d’inscrits a augmenté de plus de 81%. Selon les représentants du secteur, le rythme de progression des dernières années est, cependant, assez lent, «le nombre de familles pouvant se permettre de se payer un enseignement privé étant pratiquement atteint»

Saaïd Amzazi prévoit de demander des subventions pour le personnel des écoles en difficulté (éducatrices, accompagnatrices, chauffeurs, cuisiniers…). Envisage-t-il de proposer leur intégration parmi les bénéficiaires du fonds spécial pour la gestion de la pandémie? Les patrons d’écoles n’y croient pas.

«La loi ne le permet pas, car seules les entreprises dont le chiffre d’affaires a été impacté ont droit à une subvention du fonds. Nous, ce n’est pas notre cas, puisque aucun parent n’a retiré son enfant de nos écoles. Notre problème est au niveau de l’encaissement», précise Messaoudi. Malgré leur caractère particulier, et bien qu’elles rendent un service public, les écoles restent considérées comme des entreprises classiques.  

«L’Etat doit intervenir!»

Pour se sortir de cette impasse, les patrons des écoles en difficulté ne voient qu’une seule issue: Dans cette conjoncture exceptionnelle, «faire profil bas, et laisser passer la vague». En attendant, souscrire à un crédit sous la garantie Damane Oxygène, lancée dans le cadre des mesures décidées par le Comité de veille économique. En parallèle, ils réclament une intervention de l’Etat pour prendre une décision fondamentale: offrir aux établissements privés un statut particulier.

Une requête qui date d’une vingtaine d’années, et qui permettrait de présenter aux familles choisissant le secteur privé une offre plus accessible. «A travers la nouvelle loi-cadre pour l’enseignement, nous sommes considérés, non pas comme un partenaire, mais comme une composante essentielle du système d’enseignement. La loi nous positionne en tant que prestataires d’un service public, et également comme des espaces publics», tient à préciser le président de la fédération.

Ce qui justifierait, selon lui, un traitement particulier. Messaoudi donne l’exemple de la France, où les écoles privées sont sous contrat avec l’Etat, avec plusieurs modèles. Dans l’un d’eux, les enseignants, représentant la plus importante part du coût supporté par les établissements, sont rémunérés par l’Etat. Ceci allège sensiblement la charge des parents qui n’ont à payer que les services parascolaires.

D’autres pistes peuvent être explorées, comme les chèques éducation, également revendiqués depuis de nombreuses années. Un parent qui déciderait de céder le banc de son enfant à l’école publique recevrait ainsi un chèque éducation, grâce auquel il pourrait se payer une place dans une école privée. Selon la fédération, les frais de scolarité de 95% des établissements privés au Maroc sont inférieurs à 10.000 DH, soit un maximum de 1.000 DH par mois. Celles dépassant ce montant sont notamment installées dans l’axe Casablanca-Rabat.

Dans le public, un élève coûte 7.000 DH par an au primaire, 7.800 DH au collège et 11.700 DH au lycée, selon l’Education nationale. Une rétrocession de ces montants allègerait sensiblement la charge des familles. Aujourd’hui, les parents sont doublement pénalisés. Ils financent à travers l’impôt une éducation publique dont ils ne profitent pas, et sont obligés de s’acquitter de frais de scolarité dans le privé. Une double peine impliquant des sacrifices monstres.

La loi-cadre envisage, par ailleurs, le modèle PPP, selon lequel l’Etat offre des avantages aux écoles qui, de leur côté, s’engagent sur un cahier des charges précis avec des tarifs réglementés, ou se transforment en établissements semi-publics proposant une scolarité gratuite, surtout dans les zones rurales et périurbaines. Activer rapidement cette option permettrait d’offrir aux parents un choix scolaire plus large et, surtout, plus accessible.

La crise du Covid-19 a permis de révéler l’ampleur du ras-le-bol des parents exaspérés par une éducation qui coûte trop cher. Elle vient surtout nous rappeler l’urgence de la réforme, pour un système où l’intérêt des apprenants est placé au-dessus de toute autre considération.

«Beaucoup d’écoles ont commis des erreurs»

Les écoles privées ont mal géré la crise. «Beaucoup ont commis des erreurs, à commencer par leur manque de communication. Certains ont, par exemple, refusé d’accueillir les parents. Or, s’ils avaient fait preuve de pédagogie et s’étaient ouverts au dialogue, nous aurions eu moins de problèmes», avoue Moulay Saïd Messaoudi. Certains sont tout de suite rentrés dans un rapport de force, en menaçant les parents d’exclure leurs enfants en cas de non-paiement. Ils ont ainsi alimenté le bras de fer. Un comportement typique de certains profils de «moul chkara», ces capitalistes purs et durs appâtés par la rentabilité du secteur, mais sans aucun lien ni affinité avec l’enseignement. Ils représenteraient plus de la moitié des propriétaires d’écoles.

                                                                                  

«Nous ne bénéficions d’aucune aide ni exonération fiscale»

L’idée selon laquelle les écoles privées bénéficient de subventions et d’exonérations fiscales est répandue. De leur côté, les écoles ne cessent de le nier. «Nous ne recevons aucune aide de l’Etat et nous ne profitons d’aucune exonération fiscale ni faveur. Nous payons tous les impôts imposables aux sociétés», assurent les représentants du secteur. Mas d’où vient alors cette idée? «Cela remonte aux années 70. A l’époque, des correspondances de Premiers ministres demandaient au ministère des Finances de sursoir aux poursuites fiscales. Mais les impôts ont toujours été de mise. Au départ, les établissements privés recevaient également des équipements, comme des tables, et même des enseignants. Dès que leurs tarifs ont commencé à augmenter, ces aides ont été arrêtées, à partir de 1975», explique Moulay Saïd Messaoudi.

                                                                                  

Internet, PC, tablettes… Négociation d’offres pour les familles

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L’enseignement à distance dispensé en ce moment n’en est pas vraiment un. Les écoles privées le reconnaissent. «Nous proposons surtout de l’enseignement à domicile», relève le président de la FMEFP. La majorité des établissements se contente d’envoyer des vidéos, des leçons, exercices… Peu d’entre eux montent de vraies classes virtuelles, en assurant une réelle interactivité et en gardant des horaires stricts. Il est ainsi impératif de passer par des plateformes professionnelles. Selon la fédération, des projets sont en cours pour mettre à dispositions des plateformes et former des enseignants dans le domaine. La FMEFP est, en outre, en train de négocier avec des opérateurs télécoms et établissements de crédit des offres d’abonnement internet et de crédits pour l’achat de matériel informatique (PC et tablettes) permettant aux familles, ainsi qu’aux enseignants, de s’équiper à prix réduits. Les écoles devraient aussi prendre en charge une partie des coûts. La fédération promet d’annoncer des solutions dès la semaine prochaine.

Ahlam NAZIH

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