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Tribune

La pandémie: Contraintes et opportunités

Par Me Salah-Eddine CHENGUITI | Edition N°:5758 Le 11/05/2020 | Partager

Me Salah-Eddine Chenguiti est chercheur en Science politique

En parcourant «Le Monde» du 12 avril 2020, j’ai été interpellé par un article où l’économiste Thomas Piketty se demandait si la crise de Covid-19 «allait précipiter la fin de la mondialisation marchande et l’émergence d’un modèle de développement plus équitable (…). Cette question m’a inéluctablement renvoyée vers le discours du Roi Mohammed VI, prononcé à l’occasion du 66e anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple et dans lequel il dit: «Nous aspirons à un modèle de développement authentiquement marocain».

En insistant sur la nécessité de se doter d’un nouveau modèle de développement, le Roi Mohammed VI proclamait devant le Parlement, en octobre 2018, l’ouverture d’une réflexion «d’envergure nationale», ajoutant que le modèle marocain ne permettait plus, «de répondre aux demandes et aux besoins croissants des citoyens; ni de réduire les inégalités sociales et les disparités spatiales». L’urgence absolue consistait alors à initier une réflexion centrée sur des grands axes tels que la formation, le monde rural et la classe moyenne.

Avec l’arrivée du coronavirus au Maroc et tout ce que cela a induit comme mesures d’urgence à prendre, nous assistons à des problèmes d’ordre écologique, économique, politique et financier. Et pour la première fois, nous nous retrouvons face à une crise à laquelle personne n’était préparé.

Mais revenons en 2018, notre Souverain avait déjà tracé les perspectives de la mise en œuvre optimale d’un modèle porteur de remèdes aux maux dont souffre le pays. Il avait anticipé, en confiant à la commission spéciale, une triple mission de «réajustement», «d’anticipation» et de «prospective». Un travail en vue de «permettre à notre pays d’aborder l’avenir avec plus de sérénité et d’assurance». On peut ainsi dire que le discours royal du 20 août identifiait comme urgence nationale, une redistribution équitable des fruits de développement. Laquelle perspective passerait immanquablement par une économie plus soutenue.

Si la pandémie a accumulé beaucoup de tensions, nous voilà à un tournant décisif de l’histoire de notre pays. L’œuvre de développement avancée par le Roi Mohammed VI est d’instaurer une assise solide pour un nouveau contrat social. Et le plus frappant dans cette vision d’ensemble, c’est la place centrale réservée à la classe moyenne en tant que soubassement solide dans l’édifice social qu’il convient de fortifier.

Grâce aux mesures prises, le corps social marocain est encore vivant mais pour éviter une crise sociale et politique majeure, les décideurs du secteur privé, les formations politiques, les syndicats et les associations doivent rapidement réagir. Avec la mise en place du confinement qui se traduit aujourd’hui par un arrêt général des activités, la crise du Covid-19 nous a imposé des mesures restrictives comme moyens de survie. Elle nous a appris à réduire nos besoins, prendre soin des autres et réapprendre le sens du partage. Une prise de conscience collective sur la nécessité de faire évoluer les mentalités rationnelles, modernistes et ouvertes qui font obstruction à la réalisation du développement global.

Le confinement doit être une expérience très importante de renoncement, quand viendra le déconfinement, nous aurons tous, autant que nous sommes, goûté à ce qui est vraiment essentiel. Cet exercice d’humilité et d’autolimitation, capital pour la suite de l’histoire, doit servir à donner un nouveau souffle à notre pays. En effet, cette crise se doit de déclencher une réflexion sismique. Nous devons assurer une continuité des moyens d’existence de la population qui demande des politiques publiques coordonnées et capables. Mais nous devons également retrouver plus d’autonomie à toutes les échelles (individuelles, locales et nationales). L’enjeu sera en premier lieu, politique.

C’est pourquoi le Roi Mohammed VI a appelé dans son discours à «la conception d’un nouveau modèle de développement». Ce modèle «doit être conçu selon une approche participative, incluant l’ensemble des composantes du pays, comme l’ont été d’autres chantiers d’importance stratégique, à savoir la réforme de la Constitution ou encore le projet de la régionalisation avancée». Que ce soit dans l’accès aux services sociaux, l’emploi, les revenus ou les richesses, ce modèle doit être reconsidéré dans le sens du renforcement de l’équité et de l’égalité, principalement aux jeunes et aux femmes qui sont l’avenir de notre pays.

Avec la mise en place du confinement et en l’absence d’un revenu minimal, les plus démunis devront rapidement sortir chercher du travail, ce qui aura pour conséquence de relancer l’épidémie. Pour éviter cela, nous aurons besoin d’un État qui veille à l’amélioration des conditions de vie de ses citoyens et à la réduction des inégalités toujours persistantes, et ce, malgré les progrès enregistrés par le Royaume ces dernières années.

Le déblocage d’indemnités en faveur des familles en difficultés depuis le début du confinement ou le report des charges pour venir en aide aux PME, etc. sont autant de gestes qu’il convient de saluer. Cependant, nous allons bientôt retrouver les découverts bancaires et les dettes de loyers. Les minima sociaux sont encore insuffisants et au moindre souci, nous assisterons à un naufrage. Nous devons donc nous projeter en élaborant des dispositions pour disposer de ressources budgétaires en faveur des personnes au bas de l’échelle des revenus.

Maintenir les acquis et se projeter dans l’avenir

Si des propositions dans le sens d’entraides et soutiens sociaux  sont faites, des décisions devront être prises qui  concourront à soutenir la consommation dans l’activité  des entreprises, toutes tailles confondues. Nous sommes en territoire inconnu. Nous avons besoin d’être proactifs, anticipatifs  à mesure que nous apprenons davantage  sur l’ampleur de la crise.
Aujourd’hui, notre principal combat  est le maintien de nos acquis en matière de développement tout en se projetant dans une force de propositions et de prospections qui mène  à assurer pour  tout un  chacun une vie digne et un progrès continu de notre pays.

 

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