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Opinions & Débats

Covid-19: Après l’étonnement, un pacte mondial de solidarité

Par Farid EL BACHA | Edition N°:5756 Le 07/05/2020 | Partager

Farid El Bacha est fondateur du cercle marocain des amis de Jean d’Ormesson

«Celui qui ne peut plus éprouver ni étonnement ni surprise
 pourra se dire mort et ses yeux sont éteints»

Albert Einstein

Il est venu par surprise, porteur d’un grave danger pour l’humanité tout entière, par une sorte d’effraction soudaine. Après la surprise, il suscite aujourd’hui l’étonnement. A une surprise passive, faite d’incompréhensions et de difficultés de l’action, succède un étonnement, qui, à chaque fois que les hommes sont confrontés à de graves dangers, conduit à la quête de nouvelles solutions nées d’un questionnement sur nos certitudes.

Etre surnaturel malfaisant, au corps indestructible, invisible, qui a pu s’installer parmi nous sans rencontrer aucun obstacle, capable en quelques semaines de faire vaciller l’humanité tout entière, ayant une force d’attaque surhumaine. Pour reprendre Albert Camus, même ceux qui ne l'ont pas le portent dans leur cœur. Il est partout et nulle part, insaisissable, capable de modifier l'écoulement du temps lui-même en le ralentissant, s’accaparant tous les médias du monde, plongeant des millions de personnes dans un confinement vécu comme une misère dans une vie pleine d’agitation. Le réflexe, probablement pas spécifique au Covid-19 et qui s’exprime à chaque fois que l’humanité est en face d’un danger grave et soudain, qui la met en péril, est d’essayer de réduire à la taille humaine cet ennemi aux pouvoirs surhumains, le réduire à notre dimension afin de pouvoir le rendre plus familier, lui attribuer des projets, des intentions, des idées, de telle sorte qu’une relation à lui s’établit. Le dialogue devenant alors possible entraîne une sorte de désactivation de sa charge dévastatrice et déstabilisatrice, ramenant l’espoir et la liberté d’agir.

De surnaturel, Covid-19 devient ainsi un ennemi avec lequel on entre en guerre. Invisible et insaisissable encore mais il devient un adversaire à abattre et ce qui était impossible peut devenir possible. La peur cède la place à l’audace et la crainte à l’espoir.  Après qu’il eut été représenté comme d’innombrables météorites se dirigeant vers la terre pour l’écraser à jamais sans aucune forme possible de réaction, voilà qu’il prend la forme de monstres à têtes multiples, de Spiderman, pour devenir un anticapitaliste (chute des Bourses), qui aime l’or (+8%), un écolo (moins d’avions dans le ciel), un misanthrope (il déteste que les gens se parlent), et un puritain (il empêche les gens de se toucher). (Bernard Pivot). Devenue humaine, la relation peut désormais s’établir et les chances de l’anéantir se profilent: «on n’veut pas de toi et on fait tout ce qu’il faut pour ça!», «corona on t’aura», «Tu as vidé les rues mais ne nous a pas abattus»… L’art, dans toutes ses expressions, se mobilise également contre le Covid-19 pour «raviver la flamme de motivation et de courage»…

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Avec la crise sanitaire inédite, toutes les villes du monde se sont repliées sur elles-mêmes. Cependant, après le moment de paralysie, l’engagement et l’action redeviennent possibles. A travers la planète, des actions préventives sont engagées, des moyens colossaux sont mobilisés, des programmes sans précédent de soutien financier aux investissements, à la recherche scientifique et technologique sont lancés tous azimuts pour dessiner les contours des économies mondiales après le Covid-19…

La charge dévastatrice désactivée, l’espoir renaît. Après le moment de paralysie, la liberté retrouve ses droits, l’engagement et l’action redeviennent possibles. A travers le monde, des actions préventives sont engagées, des moyens colossaux sont mobilisés, des programmes sans précédent de soutien financier aux investissements, à la recherche scientifique et technologique, soutiens aux élèves, aux étudiants, aux consommateurs, aux salariés, des projets de recherche sont lancés tous azimuts pour dessiner les contours des économies mondiales après le Covid-19…

Tout semble désormais devoir être remis en cause et, après la destruction, un effort de construction s’impose dont on n’est pas sûr qu’il sera forcément entrepris. L’histoire atteste malheureusement que les enseignements n’ont pas toujours été tirés des secousses de tout genre qui ont menacé la planète. Aujourd’hui encore les atteintes aux équilibres écologiques de la planète laissent bon nombre d’Etats dans une indifférence criminelle. Il n’a fallu, pourtant, que quelques semaines d’accalmie née d’un ralentissement de l’activité planétaire pour que des signes rassurants apparaissent: une eau plus transparente dans les célèbres canaux de Venise ayant permis le retour des poissons dans les canaux, une réduction de 5 à 10% des émissions de CO2 à New York, «une amélioration de la qualité de l'air de 20 à 30%» suite à une «baisse de plus de 60% pour les oxydes d’azote» à Paris… Au point qu’il est permis de penser que les attaques que subit aujourd’hui l’homme sont une revanche de la nature et d’un environnement malmenés à l’excès. Au point que l’on se demande si les manipulations génétiques contre-nature ne sont pas à l’origine de cet inconnu meurtrier qui menace aujourd’hui l’humanité.

Un pacte mondial de solidarité effective et agissante s’impose. Il faut espérer, sur la mondialisation, les priorités à l’échelle mondiale, la place de l’homme et de l’économie dans les sociétés et dans le monde, la lutte contre les inégalités, contre la pauvreté et la misère, sur l’environnement, un avant et un après-Covid-19.

                                                                             

Subitement, l’essentiel devient accessoire

Parmi toutes les mesures préventives, il en est une qui, touchant quelque trois milliards de personnes à travers le monde, soit plus d’un tiers de la population mondiale, constitue un espace propice et déclenchant de l’étonnement. Emporté par le flux incessant de ses activités quotidiennes, habituelles, l’homme a de moins en moins l’occasion de s’étonner. Brusqué, foudroyé, confiné, il est subitement saisi d’un sursaut existentiel qui le pousse à chercher les voies d’un monde meilleur. Pascal disait que «le malheur des hommes est de ne pas savoir rester ou demeurer seul en repos dans sa chambre». Le confinement soustrait l’homme à ses habitudes et lui rappelle, à chaque instant, qu’il est sérieusement menacé, que sa vie est en péril et qu’elle seule compte, désormais. Subitement, l’essentiel devient accessoire. Tout ce qui ponctuait et rythmait la vie et son quotidien, fortement calibré et structuré et qui paraissait essentiel, devient secondaire, accessoire.  Ce que l’on croyait vrai devient subitement faux. Embarrassé, on réquisitionne son environnement et on se met à exercer sa capacité de penser. On se met alors à réfléchir sur sa condition, sur sa liberté retirée, sur le mal qui secoue l’humanité et met nos vies en danger. On se met à réfléchir aux réponses à apporter. Des réponses et des solutions à notre étonnement, qui au-delà de nos émotions immédiates, doivent pouvoir nous projeter dans un avenir meilleur, où nos vies seraient moins exposées aux dangers, plus résistantes face au choc de l’inconnu.

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Références:
Arnaud Bouaniche, Bergson et les sens de la surprise: nouveauté, événement, liberté pp. 83-106, https://doi.org/10.4000/alter.425
Joris Thievenaz, L’étonnement,  Le Télémaque 2016/1 (N° 49), pp. 17 à 29

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