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Tribune

Le moustique de Nimrod et notre virus

Par Dr Faouzi SKALI | Edition N°:5740 Le 14/04/2020 | Partager

Célèbre spécialiste du soufisme, anthropologue et écrivain, Faouzi Skali, professeur d’université, anthropologue, écrivain, spécialiste du soufisme. Docteur d’Etat en anthropologie, ethnologie et sciences des religions (Paris VII). Fondateur et président du Festival de Fès de la Culture soufie, il avait créé le Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde et l’a dirigé jusqu’à sa vingtième édition en juin 2014. Il a été désigné par l’ONU, pour l’année 2001, parmi 7 personnalités mondiales ayant contribué de façon significative au dialogue des civilisations (Ph. Privée)

Une situation inédite? Sans doute par rapport à notre mémoire la plus récente. Il y a un siècle la grippe espagnole semait désarroi et dévastation.  Aujourd’hui, c’est un virus. On peut considérer que l’histoire du monde a été ponctuée, par de telles épreuves qui ont toujours un sens symbolique, existentiel, et auxquelles on a cherché à répondre par les connaissances, les ignorances et les superstitions propres à chaque époque.

Cela a été largement souligné pour dire que nous avons depuis quelques siècles abandonné les temps de l’ignorance et des superstitions pour entrer dans les lumières de la raison. La novlangue technologique de la mondialisation semble donc avoir choisi pour nous ce que doivent être notre futur et notre type d’humanité.

La dignité humaine

Un futur que beaucoup appréhendent mais que l’on semble accepter comme une fatalité. C’est la marche irrépressible, pense-t-on, de la science. Nous n’avons pas le choix!

Plusieurs voix de sagesse, comme celle d’Abraham jadis, se lèvent aujourd’hui pour dire qu’un tel choix n’est que le résultat, non pas de la science ou de la raison, mais d’une illusion idéologique. Que le monde que nous voulons léguer à nos enfants est celui de la quête du sens et l’élévation de notre conscience et non pas celui d’une puissance livrée à elle-même et à quelques Nimrod, apprentis sorciers, qui se sont dévolus le rôle de maîtres de la techno-finance mondialisée.

Le monde aura toujours des virus toujours plus subtils, toujours plus malins, qui viendront nous rappeler que nous faisons fausse route.

La science nous apprend aujourd’hui qu’il a fallu près de 13,7 milliards d’années et une précision mathématique à toute épreuve pour créer notre humanité et créer en elle la chose la plus précieuse, sa capacité à prendre conscience d’elle-même et à s’émerveiller de ce miracle permanent, d’en sonder le sens et en découvrir l’harmonie.

C’est cette même vision que l’on trouve au cœur des grands enseignements de sagesse.

Cette finalité fonde notre dignité humaine et trace notre voie: celle d’un approfondissement par la sagesse, l’art, la science ou toute autre forme d’activité, de cette conscience humaine, qui est aussi une connaissance de nous-mêmes. Devant de telles crises nous devons lever nos yeux vers le ciel mais aussi les tourner vers notre intériorité!

Nous devons savoir que face aux virus (technologiques, naturels ou les deux à la fois, qui se feront de plus en plus redoutables et inattendus), les écologies, naturelle et humaine, nous enseignent ce même principe: celui de savoir cultiver comme une richesse la diversité de nos langues, de nos cultures et de la nature qui en ce domaine doit être notre maître et nous inspirer. Mais aussi, toujours selon le même enseignement, que nous sommes certes divers mais aussi interdépendants et qu’une manière de gérer notre monde est de construire et renforcer sans cesse des liens de solidarité.

Il nous faut rechercher aujourd’hui une autre verticalité que celle de nouvelles tours de Babel, réelles ou mythiques: une verticalité humaine. Celle par laquelle notre humanité peut réapprendre à relier la puissance à la sagesse et la science à la spiritualité.
Il en va de la survie de notre humanité dans tous les sens du terme.
Nous devons comprendre ces récits des textes sacrés comme des archétypes livrés à nos réflexions et méditations.

Nimrod est le symbole d’une puissance illusoire, dénuée de sagesse; «L’Abraham (qui pose les questions) de notre être» est la possibilité de dépasser cet aveuglement et de laisser naître en nous une nouvelle conscience et une nouvelle conception du développement de notre humanité.

C’est cet enseignement qui nous est donné d’une manière foudroyante par ce moustique, bien minuscule, de notre temps. Sommes-nous prêts à l’entendre?

Puissance et sagesse

Il nous faut rechercher aujourd'hui une autre verticalité que celle de nouvelles tours de Babel, réelles ou mythiques: une verticalité humaine. Celle par laquelle notre humanité peut réapprendre à relier la puissance à la sagesse et la science à la spiritualité.
Il en va de la survie de notre humanité dans tous les sens du terme.
Nous devons comprendre ces récits des textes sacrés comme des archétypes livrés à nos réflexions et méditations.
Nimrod est le symbole d'une puissance illusoire, dénuée de sagesse ;  «L'Abraham de notre être» est la possibilité de dépasser cet aveuglement et de laisser naître en nous une nouvelle conscience et une nouvelle conception du développement de notre humanité.
C'est cet enseignement qui nous est donné d'une manière foudroyante par ce moustique, bien minuscule, de notre temps. Sommes-nous prêts à l'entendre?  

                                                                                        

Nimrod et son moustique

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Nimrod, personnage majeur des trois textes sacrés, puni par Hubris (emprunté à la mythologie grecque), pour ramener les arrogants à plus d’humilité. Nimrod est réputé pour avoir créé la civilisation babylonienne

Le monde moderne se définit lui-même par une entrée dans l’ère de la rationalité pure et sa capacité à se prémunir de telles invasions.

Notre situation est imprévue qu’imprévisible. Le virus, en plus d’être couronné, s’est introduit dans nos espaces quotidiens et nos consciences pour prendre progressivement le contrôle de notre planète et de notre actualité.
Dans chaque crise majeure la question du sens surgit avec force même si, une fois la vague passée, on revient à nos habitudes.

Or que nous dit cette crise d’aujourd’hui? Que notre humanité est bien fragile – et c’est pour cela qu’il faut en prendre bien soin – et que ces prétentions à la puissance, systématiquement démenties aussi par le passé, sont dangereuses pour notre humanité et notre santé.
Rappelon le récit biblique de la tour de Babel et la prétention du roi Nimrod à défier Dieu lui-même en construisant une tour qui monte jusqu’au ciel.

Et quelle était à ce moment-là l’arme de cette puissance? Le fait que les hommes parlent la même langue. Ce que l’on peut aussi lire comme une parabole de notre mondialisation.

Il est tout à fait remarquable que Nimrod dans l’aveuglement de ce sentiment de toute-puissance, qui était à la fois personnel et collectif, a été éprouvé par Dieu de la façon suivante: l’Eternel lui envoie ce qui est décrit comme un minuscule moustique qui entre par le nez de Nimrod et lui cause un dérangement et un bourdonnement intérieurs tels qu’il se jette littéralement contre les murs.
La toute-puissance se retrouvait à la merci d’un moustique!

Il y a quelques mois le discours annonçait le programme était désormais entre les mains de notre humanité triomphante et que grâce à l’intelligence artificielle et sans doute au programme «Calico» («Tuer la mort») de Google l’immortalité transhumaniste était sinon à notre portée du moins à celle de toutes prochaines générations.
Prétendre changer l’ordre du Cosmos est sans doute plus compliqué!

                                                                             

Petit choix de livres de Faouzi Skali

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L’auteur tente d’expliquer ce qui est inexplicable en dehors de l’expérience personnelle. Un des premiers de la vingtaine de livres de Faouzi Skali. Constamment réédité

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Un beau-livre de la célèbre maison, Langages du Sud, qui retrace le 20e festival. Très difficile à trouver, quelques occasions sur Amazon et chez les bouquinistes

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Pas trop difficile à lire, «Le face à face des cœurs» développe les pensées pour accepter les diversités des pensées, des êtres...

 

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