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Enquête

Dr Mohamed Benabid: «La portée du fact-checking est limitée»

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5734 Le 06/04/2020 | Partager
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Dr Mohamed Benabid est journaliste, enseignant et académicien (Ph. L’Economiste)

Dr Mohamed Benabid est le rédacteur en chef de L’Economiste. Il a 25 ans de métier et titulaire de deux doctorats en sciences de gestion et en sciences de l’information et de la communication. Dr Benabid analyse l’impact sociétal des fake news et plaide pour une éducation aux médias. 

- L’Economiste: En quoi les fake news interpellent-ils le métier de journaliste?
- Dr Mohamed Benabid:
Les pratiques de désinformation diffusées intentionnellement ou par négligence sont aussi anciennes que l’information. C’est aussi un sujet largement documenté dans les sciences de l’information. Ce qui a changé c’est leur temporalité et l’intensité de leur transmission du fait du numérique.
Les fake news interpellent le métier de journaliste en confortant la profession sur la nécessité de rester fidèle aux fondamentaux. Le journaliste professionnel ne devrait même pas se poser la question de sa responsabilité dans l’amplification de ce phénomène. Le processus classique de production de l’information, qui exige rigueur et recoupement, les exclut d’office. C’est la première règle dispensée dans les écoles de journalisme... Ce que je constate parfois, c’est une baisse de vigilance chez certains confrères qui, au lieu de rester attachés à l’orthodoxie journalistique, se fient trop rapidement à un agenda-setting fixé par les réseaux sociaux. Cela a donné lieu à quelques bêtises.

- Le fact-checking est devenu une fonction à part dans certains médias (BBC, Reuters...). Doit-on la généraliser?      
- La portée de l’exercice est limitée. Valider la fiabilité d’une source, ce qui est le principe même d’un fact checking, ne sera jamais suffisant si l’on ne s’arrête pas sur les processus de transmission même de l’information. En se concentrant sur la source, le fact checking renvoie à une conception statique et linéaire, celle du modèle émetteur-récepteur, alors même que l’information est de plus en plus disséminée en réseau. Enfin, comme pour l’ensemble des actions d’évaluation et de contrôle, la question qui peut légitimement se poser est de savoir qui va évaluer l’évaluateur ou qui va «fact-checker» le fact-checkeur?

- Est-il indispensable d’associer les géants du Net dans la lutte contre les fake news?
- Ils ont commencé à multiplier les initiatives depuis un moment. Mais là aussi, la plupart des recherches récentes l’ont montré, le tout technologique n’est pas une garantie de résultat.
L’axe à investir se trouve dans les rapports de notre société à l’information. La genèse des fake news s’alimente de convictions et d’émotions dans un processus où la véracité des histoires partagées n’a plus d’importance. Ce qui compte avant tout, c’est que l’histoire corresponde à ce qu’un individu ou un groupe d’individus veut entendre.
Au sein de l’Institut marocain d’intelligence stratégique (IMIS), nous insistons tout particulièrement sur la nécessité d’ouvrir le chantier de l’éducation aux médias ou comment apprendre à mieux consommer l’information. Certains pays ont franchi le pas, la Belgique avec le Conseil supérieur de l’éducation aux médias (CSEM), la France avec l’Observatoire  «Education & Médias» créé par le CSA. Au Maroc, il existe une prise de conscience aussi. Il faut maintenant se donner les moyens de ses ambitions.

Propos recueillis par F.F.

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