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Enquête

Enquête exclusive: Comment la Sûreté nationale traque les auteurs de fake news

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5734 Le 06/04/2020 | Partager
Une cellule de suivi et de veille numérique opère depuis Rabat
«Contenus et commentaires scrutés à la seconde près» par la DGSN
Traçabilité numérique des images, vidéos, sons: 62 arrestations à fin mars 2020

La pandémie du coronavirus ravive un autre danger… celui des fake news. Deux vidéos diffusées à partir de Meknès ont été les premiers cas détectés en janvier 2020 par la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN).

L’un des auteurs présumés y apparaissait avec son masque de protection en évoquant des morts, des fuites... Bref, un scénario catastrophe digne d’un film hollywoodien. Son jeune «réalisateur» présumé est étudiant dans un établissement de technologies appliquées (ISTA) et habite à la commune urbaine de Moulay Driss Zerhoun.

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La cellule de suivi et de veille numérique spécialement dédiée à la lutte contre les fake news liées au coronavirus. Elle est basée au siège de la Sûreté nationale (DGSN) à Rabat. Au centre, Laila Zouine supervise une dizaine d’agents qui opèrent en face d’elle dans une salle à l’accès hyper limité. L’Economiste n’a pas pu y entrer à cause des mesures sanitaires très strictes. En arrière-plan, la carte qui recense les fake news traités depuis l’apparition de la pandémie sur le territoire national (Ph. DGSN)

L’intervention des enquêteurs fut immédiate: interpellation, interrogatoire et procès. Avec au final une condamnation à deux mois de prison ferme. Comment en sommes nous arrivés là? Pour mener son enquête, L’Economiste s’est déplacé au siège de la DGSN à Rabat.

C’est là où a été mise en place une cellule centrale de suivi et de veille numérique. Elle est rattachée au service central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information. «Cette cellule n’est pas une structure fixe. Sa mission principale est de détecter les fausses nouvelles en relation avec le coronavirus et pister leurs auteurs», précise le responsable pôle communication de la DGSN, Boubker Sabik.

Ainsi, 62 personnes ont été arrêtées jusqu’au 29 mars 2020 (voir illustration). La plupart d’entre elles sont des mauvais plaisantins ou des inconscients qui déclarent aux enquêteurs «être surpris par les conséquences de leurs actes»! Parmi eux figure cette femme de 44 ans résidente à Marrakech et directrice régionale d’un établissement de crédits. La mise en cause avait diffusé un enregistrement audio où elle y incite «à ne pas visiter Marrakech» qui «est en état d’urgence» et où «l’armée a été déployée».

En 15 minutes, l’enregistrement audio a fait le tour de la planète: «Je l’ai moi-même reçu depuis le Canada», a affirmé sa diffuseuse avec étonnement lors de son interrogatoire. La DGSN a procédé à 1.261 arrestations en 2019 liées à la cybercriminalité ou à l’extorsion sexuelle via internet. La création de la cellule anti-fake news en début d’année et la traque des diffuseurs de fausses nouvelles n’est qu’un épisode de ce feuilleton policier.

Une guerre sanitaire et informationnelle

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 Sur les 52 personnes arrêtées pour diffusion de fausses nouvelles, près de la moitié appartient à une génération née dans les années 1990. Ils sont âgés de 20 à 29 ans et représentent la première véritable génération ayant grandi avec Internet, les ordinateurs et les jeux vidéo. La libéralisation du secteur des télécommunications est intervenue en 1997-1998: promulgation de la loi relative à la poste et aux télécommunications ainsi que la mise en place du régulateur télécom (ANRT)

«En janvier 2020, nos services avaient élaboré une étude prévisionnelle sur les répercussions sécuritaires du coronavirus alors que la pandémie n’avait pas encore touché l’Europe. C’est une étude intégrée avec notamment sa composante cybercriminalité», révèle la Direction générale de la sûreté nationale ( Lire article ).

Chronologiquement, la première contamination a été déclarée en décembre 2019 à Wuhan en Chine. L’Organisation mondiale de la santé a donné l’alerte. Avisé à son tour, le Royaume du Maroc a enregistré son premier cas de coronavirus début mars 2020. Le compte à rebours est lancé. 

Batailles sanitaire et informationnelle vont de paire: «Nous avons adopté une approche anticipative sur les effets sécuritaires des fake news. Commentaires et contenus numériques sont scrutés à la seconde près», confient les hauts officiers qui nous ont reçus à la DGSN.
Les investigations techniques permettent d’avoir une traçabilité numérique des contenus diffusés (image, audio ou vidéo), précise son service central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information. C’est une jeune dame, Laila Zouine, qui le supervise.

La cellule de suivi et de veille qui lutte contre les fake news relève également de son service. Informaticiens et juristes y travaillent. Combien d’agents compte cette unité spéciale? Leur nombre n’a pas été communiqué à L’Economiste. Mais leur cheffe, Laïla Zouine, assure «disposer d’un nombre suffisant» de collaborateurs.

Données personnelles et droits numériques

La traçabilité d’une empreinte numérique est comparable à celle d’une empreinte balistique. La police scientifique a «recours notamment à la reconnaissance faciale pour identifier une personne qui apparaît sur une vidéo», explique le pôle communication de la DGSN. Elle dispose d’une base de données alimentée par les informations servant à délivrer la carte d’identité nationale électronique.

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62 personnes arrêtées à fin mars 2020. Les hommes arrivent en tête des diffuseurs de fake news (68%). «La diffusion de fausses informations n’a pas de lien avec le niveau de revenu», estime la Direction générale de la Sûreté nationale même si la majorité des personnes arrêtées sont sans profession ou exercent des «petits» métiers. Certains présumés «influenceurs» ont en fait un commerce. «Mama Naïma» a engrangé 820.000 DH entre mars 2019 et mars 2020 avant son arrestation, selon l’enquête  

En 2019, la police scientifique a traité 1.151 demandes de reconnaissance faciale contre 985 en 2018. Ses agents ont identifié aussi 252 individus sur la base notamment des photos, recense la DGSN dans son rapport d’activité annuelle.    

La traçabilité technique des fake news se fait aussi via les lignes de télécommunications. Les investigateurs réclament les cordonnées téléphoniques des suspects aux opérateurs télécoms. La protection des données personnelles des citoyens n’est-elle pas en jeu?

«Cette demande se fait sur la base d’une requête judiciaire qui émane du parquet. Le procureur supervise les investigations de la Brigade nationale de la police judiciaire», précise la Sûreté nationale. Deux éclairages s’imposent. D’abord, le code de procédure pénale accorde un droit de communication aux magistrats: procureur, juge d’instruction, président d’une juridiction...

«Leur droit de consultation annule le secret professionnel ou bancaire ainsi que la confidentialité à laquelle est tenue un opérateur économique. Ce droit donne lieu à la communication judiciaire des informations exigées dans la mesure de leur disponibilité. Il arrive qu’un fichier soit écrasé ou qu’un document soit introuvable dans les archives», témoigne sous couvert d’anonymat le responsable de la division contentieux d’un grand établissement financier.

Autre éclairage, la loi relative à la protection des données personnelles ne s’applique pas à la «collecte et au traitement» des informations privées «nécessaires à la sûreté intérieure et à la prévention et la répression du crime». Son article 6 fait valoir aussi la défense nationale et la sûreté extérieure de l’Etat.    

Par ailleurs, les fake news relancent un débat sur le droit à l’information et les autres libertés fondamentales ( Lire article ). Nous sommes aux prémices d’un débat juridique décisif.

                                                                            

150.000 vues sur Twitter

Les auteurs des fake news profitent d’une conjoncture critique et de l’état psychique agité du public visé ( Lire entretien ). «La pandémie du coronavirus génère la peur. Le récepteur d’une fausse information ne prend pas de recul par rapport au contenu envoyé. Il faut garder un œil objectif sur ce type de données sans succomber à la panique», analyse la DGSN. Ses experts nous livrent des indices pouvant alerter les internautes.

Exemple: le faux numéro de téléphone d’un service public affiché sur une vidéo. Il y a aussi le type de typographie, d’écrit ou de vocabulaire utilisés dans un document présenté comme officiel. «Il faut lire attentivement un contenu et ne pas le partager», conseille le pôle communication de la DGSN.

La Sûreté nationale utilise un format type pour ses communiqués: en-tête, logo, sceau, signature… Elle est visible aussi sur les réseaux sociaux pour relayer sa communication institutionnelle: Plus de 150.000 vues le 22 mars sur son compte Twitter.

Par ailleurs, la DGSN se montre réactive contre les contenus violents ou subversifs qui circulent sur le Net: «Nous diffusons immédiatement des communiqués (1.646 en 2017) et des alertes sur les réseaux sociaux afin de prémunir l’opinion publique, y compris contre les fake news».

Faiçal FAQUIHI  

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