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    Tribune

    Nouveau modèle: Le Maroc peut-il retrouver sa croissance?

    Par M’Fadel EL HALAISSI | Edition N°:5684 Le 27/01/2020 | Partager

    Administrateur de nombre de sociétés dugroupe d’Othman Benjelloun, Finances.com, assumant aujourd’hui la chargede Directeur général délégué de BMCEBank of Africa M’Fadel El Halaissi vient de prendre en charge l’un des domainesles plus difficiles: le recouvrement en période de crise. Il propose ici un nouveaupacte ou un nouveau modèle financier. Il poursuit sa réflexion sur le « financementsage », commencé en 2009 (leconomiste.com). El Halaissi a gardé de ses premièresarmes professionnelles dans la rechercheen France, le goût de la réflexion académiqueproductrice de systèmes etconcepts. Ensuite il a fait toute sa carrièremarocaine au sein de la BMCE, devenueBMCE Bank of Africa, pour marquer ses ambitions continentales.(Ph. L’Economiste)

    La  question de la croissance économique se pose dans un schéma pluridimensionnel. Mais, c’est volontairement au singulier que je souhaite mettre en relief le facteur déterminant pour l’amorce d’un nouveau cycle de croissance de l’économie marocaine d’aujourd’hui. Il s’agit bien de l’emploi, rien que de l’emploi et toujours de l’emploi.

    Comment 3 facteurs (voir encadré, «Les trois démons») entravent-ils la croissance? En bloquant la consommation.

    Le modèle capitaliste se nourrit essentiellement de la consommation. Tant qu’elle augmente, la croissance se poursuit, dès qu’elle faiblit, la croissance stagne. Or, les 3 facteurs cités ici sont le corollaire et le vecteur de la compression de la consommation, de l’exacerbation des inégalités des revenus, et de l’élargissement des fractures sociales. Les schémas nationaux sont très vite – à cause de la mondialisation – repris à l’échelle universelle!!

    L’étau se resserre sur le fonctionnement du capitalisme, ce faisant celui-ci se «suicide» (Le suicide du capitalisme, Christine Kerdellant; Robert LAFFONT 2018), il se meurt! L’économie marocaine n’a pas échappé à la contagion des blocages en dépit de ses forces de résilience, de ses atouts, et de ses spécificités.

    Les liaisons incontournables

    Le Maroc a toujours fait le choix en faveur de l’économie de marché, et a réalisé des performances inégalées au regard des pays à économie similaire. Son taux de croissance moyen variait selon 3 cycles approximativement, de l’Indépendance aux années 80, puis aux années de crise financière de 2008, et enfin à ce jour.

    Pendant longtemps, le taux de croissance était étroitement lié à la production agricole et à la pluviométrie. Or, le vrai moteur de la croissance était indéniablement la hausse de la consommation induite par la paysannerie marocaine sous les effets de la bonne pluviométrie.

    L’économie de marché est tributaire de la hausse de la consommation, c’est très rare et aléatoire de constater la réalisation d’un investissement dans l’objectif de créer une demande effective, mais c’est quasiment automatique et certain de répondre à une augmentation de la consommation par un investissement!

    Ce postulat souligne que la consommation est le cœur du capitalisme, le reste des agrégats macro-économiques (Investissement, épargne, déficit budgétaire, fluctuation de la valeur monétaire, balance commerciale, etc) sont certes importants, voire vitaux pour une économie, mais demeurent dépendant de l’accélérateur de la croissance, la consommation.

    Depuis plusieurs années, l’économie marocaine peine à réaliser un taux de croissance moyen supérieur ou égal à 5% alors que bon nombre d’indicateurs macro-économiques, le place largement dans la catégorie des pays à économie émergente.

    Moins d’emplois, moins de croissance

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    La mondialisation des économies (ici les flux financiers) diffuse à grande vitesse ses avantages et ses inconvénients, y compris sur les pays qui tentent d’imposer une politique protectionniste. Les voies de la globalisation des économies du monde sont incontrôlables

    En revanche, le niveau de la consommation nationale est en baisse relative au cours des cinq dernières années, à cause, en grande partie, du faible niveau d’emploi créé chaque année.

    Une économie qui crée à peine 50.000 emplois/an (Il en faudrait 250.000) affaiblit la consommation et étouffe la croissance. Il y a urgence à inverser la tendance, en visant la création de 250.000 emplois par an. Le pouvoir public doit structurer sa stratégie en priorisant l’emploi avant tout autre considération.

    Les dépenses publiques doivent être vues dans une logique d’investissement. Il y a toujours un retour sur investissement, et une rentabilité attendue. Le coût lié à la création d’emploi, génère des recettes immédiates au budget de l’Etat (impôts sur les revenus, TVA…) et des recettes à terme liées aux autres produits d’impôt et taxes, et la prime de la croissance induite par la hausse de la consommation.

    Un million d’emplois!

    Cependant, le pouvoir public ne peut pas à lui seul réaliser cet objectif, mais doit l’amorcer (Education et santé). L’essentiel sera réalisé par le secteur privé. L’Etat crée l’étincelle, le privé allume la flamme… Certes, plusieurs mesures ont été prises. Mais, l’économie a besoin d’un électrochoc, d’un véritable «plan Marshall» pour créer 1 million de postes d’emplois pour les quatre prochaines années. La croissance de la consommation interne, impliquera inéluctablement des investissements avec de nouveaux emplois, un meilleur taux de croissance. Le processus économique qui entre dans son cercle vertueux pour un cycle plus ou moins long, qui dépendra toujours du soutien apporté à la consommation, selon le degré des facteurs régulateurs inhérents à l’économie de marché.
    - L’intérêt des employeurs n’est pas toujours lié à la maximisation des profits, mais plutôt au maintien de cet équilibre fragile entre bénéfices et salaires qui maintiendraient un niveau de consommation soutenu pour la croissance.
    - «L’Etat gendarme» doit veiller à la régulation des dérives capitalistes sur les aspects liés à la répartition des revenus pour atténuer les inégalités sociales, et d’autre part de maintenir le niveau de consommation pour réaliser la croissance.

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    La banderole a fait l’objet de débats, mais a été acceptée par les manifestants «durs»: le défilé va d’ailleurs dégénérer en affrontement (Ph. Luttes infos)

                                                                             

    Les trois démons ultra-libéraux
    Trois facteurs engendrent le repli de la croissance

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    Margaret Thatcher et Ronald Reagan ont été dans les années 1980-90 les moteurs de la révolution conservatrice, avec ses trois démons (Ph. White House)

    1- Le premier est un effet pervers du gagnant de la bataille contre le système socialo-communiste. La victoire monopolistique a conduit à adopter des comportements irrationnels empreints d’arrogance, de vanité, d’orgueil, de triomphalisme teinté d’ivresse de la victoire.

    A ceci, s’ajoute un certain immobilisme des mouvements sociaux revendicatifs suite à la défaite du socialiste. Les mouvements sociaux étaient un régulateur des dérives capitalistes. Aujourd’hui, ils sont éteints. L’espoir et le rêve d’une partie des travailleurs et salariés se sont brisés sous les décombres du Mur de Berlin. Les globules blancs de l’économie de marché se sont endormis.

    2- Le 2e facteur du blocage est une doctrine libérale outrancière qui commençait son incubation après le premier choc pétrolier en 1974, pour envahir les convictions collectives (d’un grand nombre de décideurs politiques: Thatcher, Reagan), et devenir la voie unique pour sortir de la crise!!
    Le «laisser faire-laisser aller» débouche sur des privatisations massives et une marginalisation fulgurante des «régulateurs» (syndicats, partis politiques dits de gauche…): l’Etat interventionniste se retire. Les «autorégulateurs» sont mis sous tutelle, lourdement affaiblis.

    3- Le 3e facteur du blocage revient à ces prophéties et restrictions budgétaires, de politiques d’austérité, suicidaires. Langage et décisions de politique économiques ont fait recette quasiment partout. La confusion de l’Agent «Ménage» gérant son budget familial avec l’Agent «Etat» a été banalisée, légitimée, voire souhaitée.  Nous devons «gérer les affaires de l’Etat comme nous gérons les dépenses de notre salaire», disait un politicien! Quelle erreur!

     

     

     

     

     

     

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