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    Traitement de l’hépatite C: Un appel d’offres mystérieusement annulé

    Par Hassan EL ARIF | Edition N°:5636 Le 19/11/2019 | Partager
    Le ministre de la Santé n’a pas motivé cette décision
    112.000 patients pauvres sont privés de traitement
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    Selon les estimations de l’OMS, près de 400.000 Marocains seraient atteints de l’hépatite C. Environ 112.000 bénéficiaires du régime Ramed devraient suivre un traitement dans un hôpital public (Ph. L’Economiste)

    Des milliers de patients démunis atteints d’hépatite C risquent la mort faute de traitement. L’appel d’offres lancé par le ministère de la Santé pour l’acquisition d’un lot de médicaments pour le traitement de cette affection a été annulé après avoir été attribué. Le médicament était destiné aux hôpitaux et devait être distribué aux personnes nécessiteuses, couvertes par le régime d’assurance maladie Ramed, celui qui couvre les populations les plus pauvres.

    L’appel d’offres portait sur la fourniture de deux types de traitement: l’un sous forme de deux comprimés à prendre ensemble (sofosbuvir 400 mg et daclatasvir 60 mg du lot 179), le second en un seul comprimé (lot 180 sofusbuvir et velpatasvir). Trois laboratoires (Galenica et Pharma 5 côté marocain et l’égyptien Kamipharm) avaient soumissionné pour le lot 179 contre deux pour le lot 180 (l’américain Mylan et le marocain Afric Phar). Le marché a été attribué à deux laboratoires: Pharma 5 et Mylan.

    Le ministre qui a personnellement procédé à l’annulation du marché (lots 179 et 180) n’a pas motivé cette décision. C’est tout juste s’il a invoqué la modification fondamentale des données techniques. Une réponse classique dans ce genre de consultation publique est prévue par le décret sur les marchés publics. Ce n’est pas la première fois qu’un appel d’offres pour l’approvisionnement des hôpitaux publics en traitement de l’hépatite C est annulé.

    Le ministère de la Santé avait déjà retiré un marché similaire en 2017. La différence cette fois-ci c’est qu’un adjudicataire a été informé par écrit, mais pas notifié selon la procédure administrative. La première lettre que reçoit l’attributaire d’un marché public n’engage pas le donneur d’ordre. L’Economiste a adressé une demande de clarifications au ministre de la Santé, Khalid Ait Taleb, restée sans réponse au moment où nous mettons sous presse.

    L’Association de lutte contre le sida (ALCS) s’est pourfendue, mercredi 13 novembre, d’un communiqué dans lequel elle affirme que «cette décision est bien fondée, vu les nombreuses failles qui ont entaché le processus de l’appel d’offres, dont le coût très élevé du médicament qui devait être acheté à un laboratoire étranger».

    Ce qui peut être interprété comme une tentative d’orienter le marché. L’ALCS critiquant le prix auquel le marché avait été attribué au «laboratoire étranger» et qui s’élève, selon son communiqué, à «4.950 DH la boîte» contre «seulement 2.660 DH» chez «trois laboratoires marocains».

    L’annulation de cet appel d’offres alimente les conversations dans l’industrie. D’abord, parce que c’est le seul à avoir été retiré aux attributaires. Ensuite, la fabrication de ce traitement est une longue histoire au Maroc. Le médicament avait été inventé par le laboratoire américain Gilead Sciences. Il était proposé autour de 84.000 dollars (environ 735.000 DH) la cure de trois semaines.

    Un prix au-dessus des moyens des patients marocains et même d’autres pays plus riches. Le seul moyen pour accéder à ce traitement était de le génériquer. Il fallait donc attendre qu’il tombe dans le domaine public pour qu’il puisse être fabriqué par d’autres laboratoires. L’industriel Gilead a décidé d’autoriser certains pays à faible revenu (Egypte, Inde…) à fabriquer ce médicament sous forme de générique. Le Maroc étant considéré comme un pays à revenu intermédiaire a été exclu.

    Lahoussine Louardi, ex-ministre de la Santé, en avait fait une affaire personnelle et avait déclaré à L’Economiste qu’il allait tout faire pour que les patients marocains puissent accéder à ce médicament miracle, qui soigne définitivement l’hépatite C (Voir L’Economiste n°4383 du 21/10/2014). Le médicament (sofosbuvir + daclatasvir) est finalement fabriqué au Maroc depuis quatre ans par Pharma 5 après une procédure express, mais n’a jamais connu son chemin vers les hôpitaux.

    400.000 personnes atteintes

    Quel que soit le prix du médicament, l’appel d’offres du ministère de la Santé a été annulé et les hôpitaux resteront privés du traitement contre l’hépatite C. Selon les statistiques officielles, sur les 400.000 personnes atteintes, 112.000 devaient bénéficier de ce médicament via le Ramed. Ces malades devront donc supporter eux-mêmes les frais de traitement. Les personnes atteintes de maladie d’origine virale et qui ne se soignent pas risquent d’évoluer vers la cirrhose de foie ou le cancer dans un stade ultime. Des pathologies dont le traitement coûterait plus cher. Par conséquent, la disponibilité du médicament n’est pas seulement une nécessité pour cette population, mais une urgence. Parmi les personnes atteintes, certaines sont sous dialyse (6.500), un traitement contre le sida (13.000) ou sont toxicomanes (2.000). 4.000 patients devront être pris en charge en 2020 contre 10.800 l’année suivante.

    Hassan EL ARIF

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