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    Tribune

    Violence dans les stades: Le débat encore (re)lancé

    Par Abderrahim BOURKIA | Edition N°:5519 Le 20/05/2019 | Partager

    Abderrahim Bourkia est journaliste et sociologue, membre du Centre marocain des sciences sociales CM2S. Il est également chercheur associé au Laboratoire méditerranéen de sociologie LAMES Aix-Marseille (Ph. A.B.)  

    La violence qui gravite autour du football national fait encore parler d’elle. A la fin du mois d’avril, des actes de dégradation de biens publics et privés ont été commis par des supporters, en majorité des mineurs, du Raja de Casablanca.

    Les farouches «tifosis» mécontents de la prestation des joueurs sur la pelouse du stade Père Jégo ont transformé l’aire de jeu en une cible visée par des bouteilles, des produits alimentaires et des pierres. La réaction pour se venger de la mauvaise performance n’ayant été qu’à son début, le déchaînement s’est poursuivi jusqu’aux alentours des résidences qui jouxtent le stade en direction de la station du tram.

    Des incidents qui relancent le débat public sur le risque social d’un tel mouvement. La médiatisation de ce genre de fait-divers alimente le sentiment d’insécurité et d’une manière ou d’une autre perpétue l’amalgame hooliganisme, violence urbaine et supportérisme. 

    La surenchère sur son ampleur, son but et ses ramifications, voire sa dangerosité, empêche toute réflexion sur la manière de trouver les bonnes solutions à un problème dont les origines se trouvent dans un autre espace/temps.

    Et tout récemment, des supporters ont croisé le fer avec les éléments des forces de l’ordre à Rabat. Ils se sont donné au spectacle en s’opposant, cette fois, aux éléments des forces de l’ordre, en jetant des pierres et des projectiles sur eux, en arrachant des sièges et dégradant des installations du complexe. Les belliqueux ont tenté de pénétrer et d’envahir la pelouse.

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    Les protagonistes sont liés les uns aux autres par un jeu plus au moins stratégique qui ressemble à un jeu d’échec. Et il suffit toujours d’une étincelle et de la présence de quelques éléments perturbateurs pour que l’on voit surgir des actes de violence (Ph. L’Economiste)

    Bilan: 32 membres des forces publiques, 2 supporters ont été ainsi évacués au CHU Ibn Sina et à l’hôpital militaire et des dizaines d’individus interpellés. C’est en substance ce qui ressort des premiers éléments relatés par la presse et relayés par les réseaux sociaux. Nous savons parfaitement que l’ambiance est généralement électrique entre les groupes de supporters et les forces de l’ordre. Ces derniers, selon les éléments perturbateurs bien sûr, sont l’incarnation du poids des pouvoirs publics sur les citoyens.

    Et souvent, les supporters disent que les problèmes sont générés par les éléments des forces de l’ordre et les agents de sécurité. Ce qui nous pousse à poser les trois questions suivantes: comment s’est opéré le passage à l’acte? comment les choses ont-elles dégénéré pour que des affrontements éclatent? Et enfin, n’existe-t-il pas un moyen pour éviter cela?

    Grille d’analyse

    Il est important de rappeler que ces actes de violence peuvent être expliqués sous divers angles et, surtout, selon que l’on se place du côté des supporters déchaînés ou du côté des éléments des forces de l’ordre. Il faut vraiment chercher des réponses dans la logique interactionnelle des acteurs «forces de l’ordre» et «supporters».

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    Je fais allusion au sens qu’Erving Goffman (sociologue américain) donne à l’interaction, dans la mesure où les protagonistes dans une situation donnée agissent en fonction des agissements des uns et des autres. Les protagonistes sont liés les uns aux autres par un jeu plus au moins stratégique qui ressemble à un jeu d’échecs. Et il suffit toujours d’une étincelle et de la présence de quelques éléments perturbateurs pour que l’on voit surgir des actes de violence.

    Que l’on affirme que les supporters des FAR n’ont pas apprécié la prestation de leur club et se sont déchaînés sur les sièges et se sont affrontés avec les éléments de la police et des forces auxiliaires, permet de dire qu’ils ont cherché à venger leur défaite.

    En revanche, la présence des éléments des forces de l’ordre pose encore problème. Surtout la manière de gérer une situation, plus au moins conflictuelle, car parmi les supporters se trouvent des bagarreurs venus pour l’occasion. Bien souvent, rien n’a été organisé à l’avance, la violence s’exprime spontanément et dans des lieux divers.

    Et toute réponse inappropriée des pouvoirs publics ouvre la grande porte aux affrontements, d’où l’importance de gérer en amont toute tentative de débordement pour que le stade ne se transforme pas en lieu de tension.

    Alors que le supportérisme est censé se présenter comme un nouveau mode créateur de lien social, les affrontements prennent souvent en otage le football et mettent à l’épreuve l’homogénéité d’une large frange de la jeunesse marocaine, ses outils de communication collective et individuelle, ses insolites formes de cohésion et de solidarité.

    Une homogénéité sociale à l’épreuve

    Ces actes délibérés révèlent une déstructuration des liens sociaux en général parmi la jeunesse marocaine et expriment une partie des tensions de notre société.  Mais au-delà de cette considération, les violences aux abords des stades mettent à l’épreuve l’homogénéité de la société marocaine, ses insolites formes de cohésion et d’hétérogénéité et leur véritable dynamique, ses figures de socialisation et de sociabilité. Au fond, c’est plutôt le recul des valeurs, le manque terrible d’empathie envers l’autre, vulnérable, qui fait naître la violence et la fait perdurer. L’idéal serait de les accompagner dans la prise de conscience. Ne prenons pas le risque de les désocialiser davantage et de les couper de ce qui les cadre encore: famille, collège et vie sociale… car le législateur les condamne à jamais. Notons au passage que les prisons fabriquent de la délinquance. Et nous aurons des individus plus déstructurés et plus dangereux pour eux et pour la société.o

     

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