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    International

    L’Algérie face à un tournant historique

    Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5483 Le 28/03/2019 | Partager
    C’est la rue qui tranchera sur la solution du pouvoir militaire
    L’opposition crie à la manipulation
    L’option proposée: «le système Bouteflika sans Bouteflika»
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    Abdelaziz Bouteflika et Ahmed Gaid Salah, Chef d'Etat major de l'armée algérienne. Tout en restant respectueux des personnes âgées, cette photo montre bien que le système algérien est à bout de souffle (Ph. AFP)

    Les yeux du monde sont rivés sur la rue algérienne. Le camp de Abdelaziz Bouteflika, y compris le général Ahmed Gaid Salah, suspendu à la réaction des manifestants, retient son souffle. Tous se demandent si les algériens vont s’arrêter de descendre massivement dans les rues du pays ou vont-ils aller jusqu’au bout du bras de fer contre le système. On devrait avoir une indication de la mobilisation lors de la marche prévue vendredi prochain.

    En attendant, ils appréhendent la riposte de la rue à la dernière manœuvre du pouvoir en place, consistant à activer  l’article 102 de la Constitution en cas d’incapacité du président à exercer ses fonctions. Désormais, la balle est dans le camp de Bouteflika qui pourrait le pousser vers la démission.

    L’autre acteur décisif dans cette pièce qui se joue devant le monde entier reste incontestablement la réaction du Conseil constitutionnel. Va-t-il lancer la procédure d’empêchement? A l’heure où nous mettions sous presse, la machine ne s’est pas encore ébranlée.

    Si les proches du clan au pouvoir estiment que la feuille de route proposée par les militaires est juste, d’autres voient les choses autrement. En effet, pour l’opposition, cette annonce ne suffira pas à calmer les manifestants qui ont exigé le départ du chef de l’Etat et la fin du régime en place. Cette initiative du chef d’Etat-major est considérée comme une manœuvre destinée à garder les manettes du pouvoir, en se limitant à sacrifier le président grabataire et aphasique.

    En fait, il s’agit d’une tentative des élites au pouvoir depuis l’indépendance en 1962 pour conserver leurs privilèges. Sur le plan de la forme, un vice: ce n’est pas à l’autorité militaire d’invoquer l’application de l’article 102. Constitutionnellement, c’est le Conseil constitutionnel qui doit constater l’incapacité du président à exercer ses fonctions, note un expert en la matière. Le fait que le général Ahmed Gaid Salah en fasse l’annonce montre qu’il concentre tous les pouvoirs entre ses mains.

    Toutefois, il a été acculé à une prise de décision sous la pression de la contestation populaire, dit-il. Cette réaction vise à poursuivre dans la même logique vers un «système Bouteflika sans Bouteflika». Car ce que propose le chef d’état major n’est rien d’autre que la continuation d’un régime sans l’actuel président. Il se dit que dans les salons feutrés de certains hauts gradés de l’armée, des plans prêts à l’emploi attendent l’activation.

    Des noms sont cités pour remplacer le président sortant. D’ailleurs, c’est cette mécanique, rodée depuis près de 40 ans, qui a amené Abdelaziz Bouteflika à la présidence de la république après 20 ans de traversée du désert et un exil choisi dans les pays du Golfe. Les généraux espèrent qu’elle fonctionnera encore cette fois-ci.

    En tout cas, pour l’opposition, la scène politique ne réunit pas les conditions nécessaires pour organiser des élections présidentielles transparentes. Rappelons que l'article 102 de la Constitution algérienne est  applicable quand le président de la République, pour cause de maladie grave et durable, se trouve dans l'impossibilité totale d'exercer ses fonctions ou en cas de démission. Il prévoit une période de 45 qui peut aller jusqu’à 90 jours maximum. C’est une période au cours de laquelle une élection présidentielle doit être organisée.

    Scepticisme

    Les algériens sont sceptiques. Ils ont encore en mémoire «l’armée qui avait promis une ouverture politique à la fin des années 80 mais qui avait fini par confisquer le pouvoir et en installer des présidents, l’un après l’autre, avec Abdelaziz Bouteflika à la tête de l’Etat en 1999. Ce scepticisme est perceptible au niveau de l’opposition. Si des dirigeants politiques comme l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahya considèrent la solution du général Gaid Salah comme «la plus juste pour sortir le pays de la crise», d’autres ne la partagent pas. En effet, certains dirigeants de l’opposition ont dénoncé cette mesure en parlant de «coup d’Etat». Ils ont aussi estimé que «demander l’application de l’article 102  ne permet pas au pays d’avoir une véritable transition démocratique et un processus de réforme». Beaucoup pensent que «l’ancien régime va rester puisque la transition sera gérée par Abdelkader Ben Salah, président du Conseil de la nation pendant 90 jours».

                                                                                               

    Le PIB algérien: le prix mondial du gaz rythme la politique algérienne

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    En 1960, 2 ans avant l’Indépendance, le PIB était de 2,4 milliards de dollars, sans exportation de pétrole. Pendant les années de guerre civile, où le prix du baril -référence pour le gaz-  stagnait entre 30 et 50 dollars, le PIB algérien baisse de 10 milliards de dollars par an (la seule différence de recettes annuelles dépassait  le montant des budgets de l’Etat marocain à la même époque). Cela n’a pas fondamentalement changé le standard de vie des Algériens par rapport aux Marocains.

    Quand Abdelaziz Bouteflika arrive au pouvoir, le pétrole est en train de remonter. Il atteindra des sommets, en 2014 où le PIB dépasse les 213 milliards de dollars courants. Puis Alger perd  plus de 50 milliards de dollars en deux ans, soit le quart de ses moyens! D’où les mécontentements, puisque le système politique algérien est avant tout une redistribution de rente.

    Par comparaison, le Maroc a un PIB de 110 milliards de dollars en 2014, soit deux fois moins qu’Alger, contre 39 à  la fin des années 1990, et tout juste 2 milliards de dollars en 1960 (comme en Algérie).

    M.C.

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