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    Soutien scolaire: La frénésie des cours particuliers s’accentue

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5456 Le 19/02/2019 | Partager
    100 DH la demi-heure et des packs allant à 6.000 DH le trimestre
    La majorité des opérateurs exerce au noir
    Des enseignants font fortune et abandonnent leur poste de fonctionnaire
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    La Région de Casablanca-Settat est celle qui compte le plus grand nombre d’élèves au Maroc, avec un effectif global de près de 1,4 million. Plus de 340.200 d’entre eux, soit le quart, sont inscrits dans quelque 1.200 établissements privés. La part du privé monte à presque 30% au primaire, contre 16% au collège et au lycée. Ceci rend la tâche de l’Académie régionale de l’éducation et de la formation des plus ardues. Avec les moyens dont elle dispose, l’Aref n’arrive même pas à contrôler les 1.200 écoles privées sous sa tutelle. Contrôler les cours de soutien informels, lui, relève de l’impossible

    Un prof du secondaire qui roule en Porsche. Oui, oui, cela existe à Casablanca, où de nombreux enseignants affichent une insolente santé financière, avec un revenu mensuel rivalisant, voire dépassant celui de leur ministre de tutelle. Non pas que l’Education nationale soit soudainement devenue exagérément généreuse, mais ces enseignants du public s’adonnent à des cours de soutien payés au prix fort. Profitant d’une frénésie générale autour du soutien scolaire, beaucoup ont fait fortune.

    Qu’ils soient dans des écoles publiques, privées ou relevant de missions étrangères, une grande partie des élèves, surtout du secondaire, recourt à des cours particuliers, notamment dans les matières scientifiques. Si les élèves du public sont quasi obligés de s’y inscrire, en raison de la faillite du système en place, ceux du privé, encouragés par leurs parents, sont prêts à tout pour décrocher les notes leur permettant d’intégrer les écoles et spécialités de leurs rêves.

    A Casablanca, les tarifs ne cessent de grimper. Ils vont actuellement à 100 DH la demi-heure de mathématiques ou de physique. Les séances sont en général d’une heure et demie. Un cours de 1h30 rapporte donc 300 DH par élève. Certains, parmi les plus notoires, facturent le double de ce montant.

    Alléchés par ce business ultra lucratif, des enseignants ont abandonné leur statut de fonctionnaire de l’Education nationale pour se consacrer à plein temps au soutien scolaire. C’est le cas de ce brillant enseignant de physique, qui a fini par louer un deux-pièces au quartier Maârif, où il donne ses cours.

    Le prof prend chaque jour trois groupes d’élèves, de 3 à 5 membres. Si l’on prend l’estimation la plus basse, avec un jour de repos hebdomadaire, il gagne au bas mot 65.000 DH par mois, soit presque six fois son salaire de fonctionnaire.

    Dans les centres spécialisés, des packages de trois matières (maths, physique et sciences naturelles) sont proposés. Leur prix varie entre 5.000 et 6.000 DH par trimestre. Le tarif annuel tourne autour de 12.000 DH. Les parents n’ont d’autre choix que de s’y plier. Certains enseignants se déplacent à domicile chez leurs élèves, ou bien, utilisent leur propre maison pour les séances.

    «Quand l’action est individualisée, elle se transforme en clientélisme. Le soutien ne peut fonctionner que dans un cadre scolaire, avec des enseignants qui connaissent bien les lacunes de leurs élèves», estime Mohamed Ould Dada, expert en éducation, également ancien directeur de l’Académie régionale de l’éducation et de la formation (Aref) de Fès.  
    D’autres profs font du coaching scolaire de masse, et louent des appartements, salles de cinéma ou même des garages, en l’absence des conditions élémentaires de sécurité. 

    Tout ce beau monde œuvre, en majorité, au noir! Les cours de soutien payants sont en fait interdits pour les enseignants du public. L’ancien ministre de l’Education nationale, Rachid Benmokhtar, avait diffusé une note dans ce sens en 2014. Par ailleurs, rares sont les centres spécialisés disposant d’une autorisation en bonne est due forme de leur ministère de tutelle.

    Difficile de tout contrôler. Casablanca-Settat, par exemple, est la région qui compte le plus d’effectifs, ainsi que la plus grosse part d’inscrits dans le privé. L’académie n’arrive même pas à s’en sortir avec le contrôle et le suivi des écoles privées. De là à rajouter le soutien scolaire…

    Une injustice terrible!

    C’est durant la deuxième moitié des années 90 que le phénomène a commencé à s’accentuer, surtout dans les grandes villes. Des profs de maths et de physique prenaient même en otage leurs propres élèves, les obligeant à s’inscrire chez eux en cours du soir.

    Durant les séances formelles, les enseignants faisaient semblant d’enseigner, tandis que les véritables cours s’opéraient au-delà de 18h30. Et ça continue. «Nous restions bouche bée devant nos profs de maths et de physique. Durant les cours du soir, ils se transformaient, ils devenaient prévenants, attentionnés et engagés. Nous comprenions toutes les leçons, contrairement aux séances à l’école. Ils nous entraînaient même à résoudre les exercices de leurs contrôles continus à l’avance», témoigne une ancienne élève d’un lycée public. Ainsi, seuls les élèves à même de s’offrir un soutien scolaire peuvent espérer réussir. Une injustice terrible.

    Les enquêtes internationales, évaluant les acquis des élèves en maths, sciences, lecture et compréhension, TIMSS et PIRLS, montrent l’ampleur de cette injustice au Maroc. Le groupe des 10% les plus performants obtiennent des scores 2,5 fois plus importants que ceux des 10% les moins bons, alors que la moyenne internationale est de 1,5. Dans son rapport choc sur le Maroc, publié en 2017, la Banque mondiale a classé le système éducatif marocain parmi les plus inégalitaires au monde.

                                                                           

    L’Education nationale peine à l’imposer à l’école

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    «La question du soutien scolaire a pris de l’importance après les rapports d’évaluation des enquêtes internationales TIMSS et PIRLS, montrant le niveau catastrophique des élèves marocains. Le ministère a décidé de l’intégrer dans l’emploi du temps des enseignants entre 2007 et 2008», relève Mohamed Ould Dada. La fameuse pédagogie de l’intégration, introduite par la Plan d’urgence 2009-2012, consistait justement en un appui scolaire continu.

    «Toutes les deux semaines de cours, une semaine de suivi devait être organisée. Arrêtée en 2011, par l’ancien ministre Mohamed Louafa, la pédagogie de l’intégration n’a pas été remplacée par un autre programme», regrette l’expert en éducation.

    «Pour leur part, les enseignants ne sont pas impliqués dans la vision du ministère car, en parallèle, beaucoup donnaient des cours privés», ajoute-t-il. Le soutien scolaire institutionnalisé à l’école publique remonte même à plus loin. En 1995-1996 déjà, des séances d’appui étaient prodigués à des élèves présentant des difficultés spécifiques. Le programme a fini par être abandonné vers 2000.

    «Dans le rural, même le Smig pédagogique n’est pas assuré. L’enfant doit passer 34 semaines à l’école, à raison de 30 heures hebdomadaires, soit 1.020 heures en classe. Dans les campagnes, le nombre d’heures varie entre 500 et 600, à cause des absences et retards», souligne Ould Dada. Cela se reflète sur leurs performances scolaires souvent catastrophiques (voir L’Economiste N° 5391 du 13 novembre 2018).

    Ahlam NAZIH

     

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