Economie

Enseignement: Le PJD bloque la réforme

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5455 Le 18/02/2019 | Partager
Le parti a fait volte-face et bloque la machine, à cause des langues
RNI et USFP mobilisés pour défendre le texte proposé par le gouvernement
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Saaid Amzazi, ministre de l’Enseignement: son propre parti, le MP, ne défend ni son ministre, ni le texte de la majorité. Rappelons qu’une enquête L’Economiste-Sunergia auprès de 1.000 familles, il y a une douzaine d’années, a fait apparaître que 98% des parents voulaient que le français soit une langue d’enseignement pour leurs enfants. Le taux est si fort qu’il efface l’ancienneté du travail (Ph. Bziouat-)

Combien de temps va encore durer le blocage du projet de loi-cadre relatif à l’enseignement au sein de la Commission parlementaire? Difficile de deviner dans une affaire où les enjeux politiciens commandent la partie.

Pour débloquer la situation, Habib El Malki, président de la Chambre des représentants et ancien ministre de l’Education nationale, est entré dans la dance, en programmant une réunion avec les chefs de groupes parlementaires aujourd’hui, lundi 18 février 2019. Il n’est pas exclu que le ministre du gouvernement PJD, Saaid Amzazi, qui porte le projet de réforme, soit de la partie.

En attendant, si la plupart des dispositions du texte devaient passer comme une lettre à la poste, il en va autrement pour une qui suscite les passions et les divisions au sein même de la majorité. Elle a pris une «importance capitale»: c’est la «question linguistique». Personne n’ose appeler un chat un chat : on n’emploie pas «langue française».

Pourtant cette mesure est préalablement validée par la Vision stratégique, élaborée par le Conseil supérieur de l’enseignement où les différentes sensibilités politiques sont présentes. Il s’agit d’introduire les «langues étrangères» dans l’enseignement des matières scientifiques.

Au niveau de la Commission de l’enseignement et de la culture, présidée par Mohamed Mellal (USFP), les discussions ont débouché sur un clivage au sein de la majorité. Le PJD d’un côté, ardent défenseur de l’enseignement de ces matières en arabe, contre les autres formations. A l’exception de l’Istiqlal connu historiquement par son engagement en faveur de l’arabe et que son secrétaire général vient de réitérer.

Seulement, après les discussions article par article, au stade de la présentation des amendements, les choses se corsent.

«Au moins 10 ans» pour arabiser les sciences

Officiellement, les groupes parlementaires ont voulu apporter des amendements communs, histoire de faire valoir l’unanimité sur un texte majeur. En effet, les tractations du week-end, ayant débordé sur lundi, ont fini par aboutir à un consensus. Le soulagement du ministre n’a été que de courte durée. Car, le lendemain, le groupe parlementaire du PJD a fait volte-face et finit par boycotter la réunion de la Commission qui devait discuter et voter les amendements.

Après des conciliabules infructueux, le report sine die de la réunion de la Commission a été décidé à la demande des députés du MP alors que ceux du PAM voulaient passer au vote. En fait, le PJD ne voulait pas de l’enseignement des matières scientifiques dans les langues étrangères, encore moins en français.

Mais il a fini par concéder qu’il était possible de le faire, selon une application progressive sur une période de 10 ans. Elle sera couronnée par une évaluation pour décider des suites à donner à cette affaire. Du coup, l’alternance linguistique a été proposée.

Cette formule prévoit d’enseigner selon des unités, soit une leçon en arabe et une autre traduite en français ou en anglais. Sur cette question, le ministère de l’Education nationale avait déjà étudié ce système et a fini par conclure à l’impossibilité de sa mise en œuvre.

Gros embrouillamini au PJD

Les choses se compliquent. Une source affirme que le dossier sera traité cette semaine, dans le cadre d’une réunion de la majorité. Ses patrons devront trancher cette question qui met à mal une coalition gouvernementale, déjà affaiblie par la multiplicité des divergences. Car, derrière cette affaire politique, se niche une bataille des idées et des valeurs.

Déjà, le parti politique auquel appartient le ministre, le MP en l’occurrence, ne lui a pas été d’un grand secours. Il a fallu compter sur la forte mobilisation de l’USFP et du RNI. Pourtant, le projet de loi-cadre a été élaboré et adopté par le gouvernement dont le chef n’est autre que Saâdeddine El Othmani. Le même texte a été présenté et approuvé par le Conseil des ministres, présidé par SM le Roi.

Alors, que veut démontrer le groupe parlementaire de ce parti, présidé par Driss El Azami, ancien ministre délégué et actuel maire de Fès? Au cours des tractations pour trouver un consensus sur les amendements, des consultations téléphoniques ont été menées. Qui était l’interlocuteur? Le chef du gouvernement, qui est par ailleurs secrétaire général du PJD? Si c’est le cas, l’affaire devient grave. Car, s’il n’est pas d’accord sur le contenu du texte, comment a-t-il pu le laisser passer sans le modifier lors du circuit administratif avant qu’il n’atterrisse au Parlement.

Autant d’interrogations qui laissent pantois sur cette manière de gérer les affaires publiques. En tout cas, les mauvaises langues avancent que les députés du PJD prenaient leurs consignes auprès de l’état-major du Mouvement pour l’unicité et la réforme (MUR), bras idéologique du parti de Saâdeddine El Othmani. C’est Abderrahim Chikhi, membre du cabinet de l’ancien chef du gouvernement Abdelilah Benkirane, qui préside les destinées de cette structure qui domine les rouages du PJD.

                                                                     

La gratuité de l’enseignement maintenue

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 En photo, l’Université Mohammed VI des sciences de la santé. Il faudra 10 ans pour arabiser les sciences. La gratuité de l’enseignement est maintenue, sauf que, pour le continent africain, il faudrait que 20% des élèves soient hors du système gratuit pour que l’enseignement puisse tenir sans affaiblir encore son niveau (Ph. L’Economiste)

La deuxième pomme de discorde porte sur le financement du système d’enseignement public. Dans le projet de loi-cadre, un des articles impose le paiement du droit d’enregistrement aux «familles aisées», sans en préciser ni les modalités ni le niveau de revenu à partir duquel une famille est considérée comme aisée. Dans la symbolique politique et sociale, une telle disposition marque la fin de la gratuité de l’enseignement, un tabou dont les parlementaires ont cherché à faire sauter les verrous. Ils ont réussi puisque le ministre de l’Education nationale a fait preuve de compromis, en donnant son accord pour qu’un amendement supprime l’article en question.

Mohamed CHAOUI

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