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    Exclusif/Economie bleue: Rien ne se perd, tout se transforme

    Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5433 Le 17/01/2019 | Partager
    Gunter Pauli: «Je ne suis pas un disciple de Lavoisier»
    Tout surplus ou déchet constitue toujours un intrant
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    Gunter Pauli, industriel et précurseur de l’économie bleue: «Les surplus dégagés par quelqu’un constituent toujours une matière, une énergie, un nutriment pour un autre. C’est le vrai bio mimétisme» (Ph. GP)

    Gunter Pauli, 62 ans, est un industriel belge. Dans les années 1990, il reprend la société Ecover et la transforme en modèle d’économie verte. Quand il s’aperçoit que la base de son entreprise repose sur l’exploitation de l’huile de palme qui détruit les forêts ainsi que l’habitat des orangs-outans, il la cède pour se consacrer à un modèle plus durable qu’il nomme l’économie bleue. Il crée alors la fondation ZERI (Recherche et Initiatives pour Zéro Pollution).

    Gunter Pauli est à l’origine du concept de l’économie bleue qui est la matrice du projet d’autonomie énergétique de l’île canarienne d’El Hierro. Devant les membres de l’APM Maroc (Association pour le progrès du management), il a animé une conférence sur l’économie bleue qui a fait salle comble à Casablanca. L’APM au Maroc compte aujourd’hui trois clubs à Casablanca et un à Rabat.

    - L’Economiste: En quoi l’économie bleue serait-elle différente de l’économie verte?
    - Gunter Pauli:
    L’économie verte propose des produits respectueux de  l’environnement et bons pour notre santé. Mais ces produits sont chers et accessibles surtout aux ménages les plus aisés. C’est injuste d’espérer qu’il serait possible de transformer l’actuel système de production et de consommation en une économie vraiment durable. En plus, tout est focalisé sur la réduction des nuisances et la protection de la nature. Cette stratégie a failli dans ses objectifs, il est temps d’opérer une transformation radicale du modèle économique.
    Au lieu de chercher à produire toujours moins cher avec des économies d’échelle, nous devrions travailler avec ce qui est localement disponible, répondre aux besoins de base de tout le monde y incompris les autres 100 millions d’êtres vivants avec qui nous partageons cette terre. Au lieu du moins cher, nous devrons chercher à créer des plus-values - avec ce qui est localement disponible. Prenez l’exemple du marc de café qui peut être transformé en substrat pour les champignons, le reste du substrat est une excellente nourriture pour les poules. Ce qui nous donne le café, les champignons, les poules et les œufs, soit 4 cash flows au lieu d’avoir un déchet! Avec ce résultat, ce n’est pas difficile de motiver des jeunes entrepreneurs.

    - Vous soutenez que l’économie peut fonctionner sans émissions, ni déchets. N’est-ce pas un peu irréaliste?
    - Attention, c’est évident que nous produisons et produirons toujours des émissions et des déchets. Si vous ne passez pas par les toilettes au moins une fois par jour, vous êtes gravement malade. Ce n’est pas la production des excédents qui est un problème, c’est le fait que nous n’en  fassions rien du tout.  Le seul être vivant sur notre planète capable de produire quelque chose que personne ne souhaite ou ne désire est l’espèce humaine. Incroyable! Alors j’en conclus que nous devrions fonctionner comme la nature. Les surplus dégagés par quelqu’un constituent toujours une matière, une énergie, un nutriment pour un autre. C’est le vrai bio mimétisme. C’est la société «émissions zéro» et c’est très réaliste car c’est comme cela que fonctionnent les écosystèmes depuis 4 milliards d’années.

    - Vous considérez-vous comme un disciple de Lavoisier ou un gourou du développement durable?
    - Je ne suis ni disciple, ni gourou. Je me suis engagé à faire de mon mieux pour changer le monde après m’être rendu compte que mon entreprise de détergents produisait des lessives biodégradables dans une usine sans déchets, que mes affaires n’étaient pas durables. C’est la dure réalité et je me suis engagé, après une longue réflexion, à déployer mon esprit d’entrepreneur pour faire naître des milliers d’initiatives qui transforment notre mode de fonctionnement. Et la transformation passe par maintes initiatives sur le terrain, des petites comme des grandes.

    - Il paraît que vous détestez les écologistes. Que leur reprochez-vous?
    - Je ne reproche rien et ne déteste personne. Mais en termes concrets, si la protection de la nature en général et de la biodiversité en particulier n’a pas eu des résultats concrets après 40 ans du WWF, tâchons d’explorer une autre voie au lieu de continuer sur la même stratégie. Einstein qualifiait cela de «stupide». Alors quand nous avons besoin d’un nouveau modèle d’affaires, il nous faut d’urgence aussi une nouvelle stratégie pour les écolos. Un parc national qui protège les plantes et les animaux, c’est bien. Mais si à côté, il n’y a aucun programme pour les populations locales, la chasse illégale ne s’arrêtera jamais. Car les revenus profitent surtout aux opérateurs des voyages touristiques et pas aux animaux du parc ni aux populations locales. Alors tâchons de trouver des modèles opérationnels qui permettent de créer un système de bénéfices avec des retombées pour tout le monde.

    - Vous avez été DJ, vendeur de bières et, aujourd’hui, entrepreneur de développement durable. Quels sont les points communs entre ces différents métiers?
    - Ah... je crois, la créativité et la sensibilité d’être toujours à l’écoute de ce que souhaite le client à qui j’offre mes services: les danseurs, les fans des bières artisanales et nos écosystèmes.

    - Sur quel projet accompagnez-vous le groupe OCP?
    - Peut-être j’accompagnerai l’OCP. Je crois que le modèle d’affaires de la vente des roches bourrées d’engrais ou la vente des phosphates purs est un modèle du passé, la direction de l’OCP en est très consciente. J’apprécie beaucoup le leadership de son président. Mais je crois que, avec notre expérience d’accompagnement de pays et de groupes diversifiés, nous pourrions peut-être identifier des opportunités hors du commun, mais très raisonnables, voire évidentes. Si les conditions sont réunies, je pourrais mobiliser nos équipes pour concrétiser le vrai potentiel du groupe pour créer des produits et services qui utilisent ce qui est localement disponible, créant de la valeur et répondant à la nécessité d’intégrer des milliers de jeunes qui ont l’énergie et le désir de contribuer à une société meilleure.

    Propos recueillis par Abashi SHAMAMBA

     

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