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    Economie

    Budget, dette, privatisations... entretien-vérité avec Mohamed Benchaâboun

    Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5398 Le 26/11/2018 | Partager
    «La structure de l’endettement est saine»
    Le Maroc lèvera 1 milliard d’euros sur le marché international en 2019
    Des consultations avec le FMI pour une LPL sont en cours
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    Lorsque le Registre national de la population et le Registre social unique seront généralisés à toutes les provinces et préfectures du Maroc, entre les années 2020 et 2024, le système de compensation de gaz butane et de sucre sera définitivement réformé (Ph. Bziouat)

    - L’Economiste: Le PLF a franchi la Chambre des représentants. Quels enseignements avez-vous tirés de votre première expérience?

    - Mohamed Benchaâboun: La présentation du PLF au Parlement est un rendez-vous annuel important pour le débat sur les politiques publiques. Pour ma première expérience, je dois noter positivement l’engagement et la mobilisation des parlementaires, lors de tout le processus de discussion et de vote du texte à la Chambre des représentants. J’ai été également très satisfait de la qualité des échanges. Un climat positif s’est traduit par la qualité et le nombre des amendements présentés. En effet, sur un total de 224 amendements soumis, 67 ont été retirés, ce qui représente 30% du total des amendements. Parmi les 157 amendements restants, 65 ont été acceptés, soit 41,4% dont plus de 46% ont été proposés par des partis de l’opposition. Ces chiffres exceptionnels reflètent l’atmosphère positive dans laquelle le PLF 2019 a été débattu et voté, ainsi que la réaction et l’interaction du gouvernement avec les amendements de tous les groupes parlementaires, de la majorité et de l’opposition.

    - Vous voulez reconduire la ligne de précaution financière. Avez-vous une réponse du FMI?
    - Compte tenu d’un contexte marqué notamment par les risques de flambée des cours du pétrole en relation avec les tensions géopolitiques, les incertitudes sur la croissance en Europe, la montée de la vague du protectionnisme et le retrait des politiques monétaires non conventionnelles dans les pays avancés, le Maroc a demandé au FMI de bénéficier d’un nouvel accord au titre d’une ligne de précaution et de liquidité, le LPL. Des consultations sont en cours avec ses services en prévision de l’approbation par son conseil d’administration. Le montant de cette nouvelle facilité devrait être en baisse par rapport au dernier accord, reflétant le renforcement des fondamentaux de notre économie et de sa résilience aux chocs exogènes. Comme son nom l’indique, c’est un accord à titre de précaution. Le Maroc n’envisagera pas de tirer sur cette ligne, sauf en cas de dégradation significative de la conjoncture internationale.
    Notre pays a déjà bénéficié, sans les utiliser, de trois accords de LPL de 2 ans chacun et pour des montants respectifs de 6,2 milliards, 5 milliards et 3,5 milliards de dollars. Il convient de noter, par ailleurs, que cette ligne de précaution permet de contribuer à l’amélioration du coût des emprunts du Maroc sur le marché financier international.

    - Justement, vous allez sortir sur le marché financier international au début de l’année prochaine. Combien de fonds comptez-vous lever?  
    - Une émission sur le marché financier international est une option que nous considérons chaque année dans notre stratégie de financement, basée sur un arbitrage entre le financement interne et externe. Le choix de sortir est souvent motivé par des considérations de coûts et de risques, notamment l’écart entre le coût de mobilisation des fonds sur le marché domestique et celui à l’international ainsi que le niveau de la liquidité sur le marché local. Pour revenir à votre question, je peux vous dire qu’une émission est envisagée en 2019, autour de 1 milliard d’euros ou de dollars, mais tout dépend bien évidemment des conditions qui seront offertes par le marché et de l’appétit des investisseurs. Une telle émission permettrait d’établir une nouvelle référence pour la signature du Maroc sur le marché financier d’où il s’est absenté depuis 2014. Elle devrait permettre également de renforcer le stock de nos avoirs extérieurs surtout dans un contexte de pression sur notre balance commerciale en raison de la hausse des prix du pétrole. Ce serait aussi une occasion pour renouer le contact avec nos investisseurs internationaux et leur présenter les dernières réformes aussi bien sectorielles que structurelles engagées par notre pays.

    - Est-ce pour la gestion active de la dette ou pour payer les fonctionnaires?
    - Sur cet aspect, la loi organique des finances est claire. Les dépenses courantes ne peuvent être financées que par des recettes courantes. Tout endettement additionnel doit être destiné exclusivement au financement des dépenses d’investissement. Donc la dette ne financera que l’investissement.

    - La Cour des comptes et Bank Al-Maghrib ont tiré la sonnette d’alarme sur le niveau de l’endettement. Partagez-vous ce diagnostic?
    - Il est vrai que la hausse du ratio d’endettement a suscité quelques inquiétudes, plutôt compréhensibles, chez certains et des critiques chez d’autres. Cependant, plusieurs éléments objectifs nous poussent à rester confiants quant à la santé financière de notre pays. Si l’on procède à une consolidation de la dette, notamment, par l’élimination des flux intra-administrations  publiques, comme le recommande le FMI, ce ratio d’endettement serait plus réduit. Un projet est mené actuellement avec cette institution pour élargir le champ d’établissement des statistiques des finances publiques au secteur des administrations publiques. Notre pays se compare très favorablement par rapport aux normes internationales et à plusieurs pays développés ou émergents. Notre niveau d’endettement reste en deçà du seuil de 70% fixé par le FMI pour les pays émergents. Malgré la hausse qu’a connue notre endettement ces dernières années, sa structure reste saine telle que l’attestent les principaux indicateurs de coût et de risque qui restent maîtrisés avec une répartition adéquate entre dette intérieure et extérieure et entre court terme et moyen long terme. L’encours de la dette du Trésor se composant de 78% de dette domestique et 22% de dette extérieure. La durée de vie moyenne de la dette du Trésor à fin 2017 de 6 ans et 10 mois ainsi que la part du court terme qui ne dépasse pas 12,4% témoignent de la maîtrise du risque de refinancement. Enfin, le coût moyen de la dette du Trésor s’est inscrit dans un trend baissier depuis plus d’une décennie reflétant les efforts consentis en matière de gestion de la dette aussi bien intérieure qu’extérieure. En définitive, le plus important est que notre dette reste soutenable comme vient de l’attester la dernière étude effectuée  par le FMI. En effet, elle restera en deçà du seuil de 70% même en cas de chocs combinés liés à la croissance, aux taux d’intérêt, aux taux de change et au déficit primaire.

    - 10 milliards de DH de recettes escomptées par la privatisation de Tahddart et La Mamounia... un peu optimiste comme scénario?
    - Avec une expérience de plus d’un quart de siècle, le programme de privatisation au Maroc est cité comme un exemple de réussite en la matière. Dans le contexte actuel, il est nécessaire d’inscrire la privatisation dans une approche intégrée de gestion active du portefeuille public pour une meilleure valorisation du patrimoine public et pour une intervention plus efficace de l’Etat actionnaire en matière d’investissement, notamment dans les secteurs sociaux et d’infrastructures. A ce titre, la volonté de l’Etat est de relancer le programme de privatisation en s’orientant essentiellement vers l’ouverture du capital de certaines entreprises publiques, ayant atteint un stade de maturité et opérant dans des secteurs ouverts à la concurrence.  Ainsi, il est prévu de réaliser des recettes de 10 milliards de DH par la cession de certaines entités qui figurent toujours sur la liste des privatisables annexée à la loi n°39-89 autorisant le transfert d’entreprises publiques au secteur privé,  ainsi que les deux entités qui vont être inscrites sur ladite liste.

    - Quel est le calendrier de la décompensation du gaz butane et du sucre et la date d’entrée en vigueur du Registre social unique?
    - Le système de compensation, par son enveloppe considérable et sa portée générale, se retrouve indubitablement parmi les dispositifs de protection sociale considérés dans le discours royal du 29 juillet 2018. Ce dispositif coûteux, qui profite de manière inéquitable à toutes les classes sociales, a vu son objectif déplacé. Le système de soutien par la compensation sera réinventé à travers un dispositif de ciblage universel porté principalement par le Registre national de la population, le RNP, et le Registre social unique, le RSU. A ce jour, le projet de loi instituant le système d’identification et de ciblage a été élaboré. Les premiers rapports détaillés de l’architecture technique et institutionnelle de ce système ont été préparés. Selon l’agenda du ministère de l’Intérieur, coordinateur de ce projet, l’étude du cadrage et la mise en place effective du RNP et du RSU seront finalisées vers la fin de cette année. En 2019, l’intégration des programmes sociaux actuels dans ce nouveau système commencera dès le mois de janvier. Les deux registres seront finalement lancés, en phase pilote dans un premier temps, dans la région de Rabat-Salé-Kénitra vers la fin de l’année 2019. Lorsque les registres seront généralisés à toutes les provinces et préfectures du Maroc, entre les années 2020 et 2024, le système de compensation sera définitivement réformé. Les subventions, notamment du gaz et du sucre, qui sont actuellement accordées à toutes les catégories sociales, seront transférées directement aux ménages les plus démunis.

    EEP: La restructuration en marche

    La restructuration du portefeuille public est un chantier qui fait suite aux hautes orientations royales lors du Conseil des ministres du 10 octobre dernier, appelant à une refonte du modèle économique de certains établissements et entreprises publics (EEP) sur trois volets institutionnel, politique d’investissement et plan d’affaires. «Concrètement, nous avons entamé la préparation d’un plan d’action visant la restructuration de certains EEP, essentiellement, à travers la réflexion sur le devenir des filiales et de leurs actifs qui ne sont pas directement liés aux missions principales. Idem pour les actions de réingénierie financière et de rationalisation des dépenses de ces établissements. Tout cela se fera dans le cadre des contrats-programmes à conclure avec l’Etat», note Mohamed Benchaâboun.

    Propos recueillis par Mohamed CHAOUI

                                                                            

    Synergies avec le patronat

    «LE ministère des Finances s’est toujours attelé à se concerter avec la CGEM pour donner une impulsion à l’amélioration du climat des affaires pour l’entreprise». Dans sa relation avec le patronat et ses différentes fédérations, «basée sur un dialogue permenant», l’approche de Mohamed Benchaâboun vise à «maintenir un environnement entrepreneurial dynamique et à proposer des solutions adaptées aux différentes problématiques liées à l’activité de l’entreprise». Selon lui, «les priorités du ministère cadrent parfaitement avec les préoccupations du patronat en vue de créer les conditions d’une synergie permanente et institutionnalisée».

    Les deux partenaires procèdent actuellement à une relecture du code général des impôts afin de renforcer son intelligibilité fiscale. Il s’agit de simplifier les procédures, d’améliorer la compétitivité des entreprises TPE et PME et de poursuivre les grands chantiers et les stratégies sectorielles. Cette synergie s’incarne également dans l’adaptation du référentiel des prix de l’immobilier aux fluctuations du marché.

    En partenariat avec la CGEM et le GPBM, «le ministère s’est fortement mobilisé pour trouver une solution définitive et pérenne à la question des crédits de TVA et ce, à travers la mise en place d’un mécanisme de rachat de ces créances par les banques pour la concrétisation des remboursements au profit des entreprises bénéficiaires. Ce mécanisme de financement par voie d’affacturage est opérationnel depuis le mois de février 2018», précise Mohamed Benchaâboun.

    Le ministre rappelle que «la CGEM est également associée à l’élaboration et au pilotage des politiques publiques d’appui au financement des TPME, notamment à travers sa qualité de membre du conseil d’administration de la Caisse centrale de garantie et de son comité de direction».

     

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