Competences & rh

Ecole rurale: L’effarante réalité

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5391 Le 13/11/2018 | Partager
6 fois plus d’abandon au primaire par rapport à la moyenne nationale
Le tiers des communes n’a toujours pas de collège
56,3% des écoles primaires n’ont pas accès à l’eau potable
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Le gap entre l’urbain et le rural est vertigineux. Oui, au primaire, tous les enfants ruraux en âge d’aller à l’école sont scolarisés. Mais le taux net de scolarisation s’effondre dès le collège pour passer à 36,8%, avant de chuter à seulement 10,4% au lycée. Lésés par leurs rudes conditions, les jeunes ruraux sont plus nombreux à quitter l’école (éloignement des établissements, échec scolaire, travail dans les champs ou en tant qu’aides familiales, manque de soutien scolaire…)

L’école publique est morte et enterrée, diraient certains. Ils en veulent pour preuve que la majorité (pour ne pas dire la quasi-totalité) des cadres de l’Education nationale scolarisent aujourd’hui leurs enfants dans le secteur privé, voire dans des missions étrangères.

Le système éducatif est en faillite, mais les conditions sont encore plus dramatiques lorsqu’on regarde du côté du monde rural, où 35% des élèves, tous cycles confondus, sont scolarisés.

Ces dix dernières années, des investissements ont été consentis afin d’améliorer l’offre scolaire en milieu rural. Des écoles, des collèges, des cantines et des internats ont été construits, le nombre de bénéficiaires de bourses a sensiblement augmenté, de même que ceux du transport scolaire. Au niveau des bourses, par exemple, au primaire le nombre de boursiers est passé de 478 en 2008-2009 à 7.226 en 2016-2017.

Au collège, il est monté de 17.735 à 52.602, et au lycée de 8.774 à 21.502. De son côté, le nombre d’internats a été presque multiplié par douze au primaire (de 8 à 93), doublé au collège (de 129 à 273) et triplé au lycée (de 44 à 126). Cela dit, le retard pris dans le rural est tellement important que ces efforts demeurent largement insuffisants.

Selon un récent rapport de la Cour des comptes, le tiers des communes rurales ne dispose toujours pas d’un collège. Faute d’un établissement proche de leur domicile, de nombreux enfants, notamment des filles, décident de mettre fin à leurs études. Malheureusement, près de 90% des élèves ruraux ne bénéficient pas d’un transport scolaire, selon une étude menée par l’ONDH et la Banque mondiale (299 écoles primaires et 2.908 élèves), publiée en 2017.

Le gap entre l’urbain et le rural est considérable, que ce soit en matière d’infrastructures, de fournitures ou de performances scolaires. Selon les statistiques de l’Education nationale de 2016-2017, environ 56,3% des écoles primaires rurales ne sont pas raccordées aux réseaux d’eau potable, contre 3,9% dans les villes. 10,6% ne sont toujours pas couvertes par le réseau électrique, contre 2,3% en ville. Et à peine 6,7% sont connectées au réseau d’assainissement, contre 78,7% dans les écoles urbaines. Les élèves ruraux étudient dans des conditions pour le moins austères.

Si au niveau du primaire l’enseignement est généralisé dans les campagnes, il n’en est pas de même dans les autres cycles. Le taux net de scolarisation chute de manière drastique au collège, et encore plus au lycée (voir illustration). Les enfants ruraux sont, également, plus nombreux à abandonner leur scolarité. Au primaire, le taux d’abandon dans le rural est de 5,74% (2017-2018), alors que la moyenne nationale est de 1,1%, soit presque six fois plus.

Espérance de vie scolaire: Parfois inférieure à un an!

De manière générale, le rendement des écoles rurales est bien inférieur à celles des régions urbaines. A ce titre, l’étude de la Banque mondiale et de l’ONDH est édifiante (voir article ci-contre). L’espérance de vie scolaire en milieu rural est, en outre, très réduite.

Selon l’Atlas territorial des disparités en éducation, élaboré par le Conseil supérieur de l’éducation en 2017, la moyenne nationale d’années de scolarisation des 15 ans et plus est d’à peine 5,6 ans. Mais plus on se dirige vers le rural, plus cette durée se rétrécit. Dans certaines communes rurales, l’espérance de vie scolaire est inférieure à un an, comme à Tahelouante dans la région d’Agadir (0,76 an), Bouchaouene dans l’Orienal (0,75), ou encore Oulad Ali Mansour à Tanger-Tétouan (0,48).

La moyenne descend jusqu’à 1,56 an à Casablanca-Settat (Bni Yagrine), et jusqu’à 1,65 an à Rabat-Salé (Bahhara Ouled Ayad). La situation est pour le moins préoccupante.

Le privé peut-il s’installer dans le rural?

L’Etat seul ne pourra pas tout faire en milieu rural. Pour les opérateurs privés, s’implanter dans les campagnes et les douars n’est pas une entreprise lucrative, vu le faible pouvoir d’achat des populations locales. Jusqu’à présent, le secteur privé ne s’aventure pas dans ce milieu. L’Etat pense à offrir des incitations, afin d’encourager des investisseurs à s’y lancer. L’idée a été mise en évidence dans le projet de loi cadre pour l’enseignement, actuellement à l’étude au Parlement, qui propose également une contractualisation avec le privé. Mais alors, les subventions seraient-elles suffisamment importantes pour baisser les prix au maximum, voire à garder le service gratuit? Quel modèle peut-on adopter pour que l’offre soit accessible pour les populations rurales, notamment les plus démunies? Pour l’instant, aucune réflexion sur ces questions n’a été partagée. 

                                                                           

Les 2/3 des classes rurales sans le minimum d’infrastructures

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Les écoles rurales sont les plus pauvres en moyens. Selon l’enquête sur les indicateurs de prestation de services en éducation au Maroc, publiée en 2017 par l’ONDH et la Banque mondiale, plus des deux tiers des classes rurales de 4e année du primaire ne sont pas dotées d’infrastructures minimales. La principale contrainte est celle des toilettes fonctionnelles. Le quart en est dépourvu. Dans les écoles rurales satellites (de petites unités comprenant 2 à 3 classes), près de la moitié (45%) en est privée. Les chances pour un élève d’une école satellite d’accéder à des infrastructures sanitaires adéquates et de suffisamment de lumière dans les classes ne sont que de 20% (32% en milieu rural).

Côté matériel didactique, le tiers des classes rurales en est dénué. Le déficit est particulièrement important en matière de cahiers d’exercices. Un sixième des élèves n’en possède pas. La même proportion manque de stylos et de crayons pour travailler. Il existe, également, des carences au niveau des manuels scolaires (16% des élèves). Plus du quart des enfants ruraux ne dispose pas de manuel de mathématiques (le tiers dans les écoles satellites).

L’opération Un Million de cartables ne permet pas de couvrir tous les besoins. Selon l’étude, les livraisons sont souvent en retard et parfois incomplètes. La qualité des fournitures, pour sa part, laisse à désirer. 70% des bénéficiaires récupèrent des manuels usagés et dégradés.

Ahlam NAZIH

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