Competences & rh

Ecole rurale: A quoi joue l’Education nationale?

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5391 Le 13/11/2018 | Partager
Le département affirme ne pas disposer de la répartition urbain/rural d’indicateurs clés
Défaillance statistique structurelle ou censure? Deux constats tout aussi insoutenables
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En 2016-2017, l’Education nationale a pourtant bien transmis les volumes d’abandons scolaires par cycle et par milieu à la Cour des comptes, qui les a intégrés dans son rapport sur les conditions de préparation et de gestion de la rentrée scolaire de la même année

L’éducation est sans doute le secteur le plus évalué au Maroc: Recensements et évaluations internes, PNEA (Programme national d’évaluation des acquis des élèves), Atlas des disparités scolaires, Cour des comptes, Banque mondiale, enquêtes internationales (Timss/Pirls), rapports et diagnostics du Conseil supérieur de l’éducation… Le ministère de l’Education avance, pourtant, ne pas disposer de certains indicateurs tout à fait basiques et élémentaires.

Pour les besoins de cette analyse (voir pages IV et V), nous avons demandé au ministère (dont les statistiques du site internet s’arrêtent à 2015-2016) de nous communiquer les taux et les volumes de l’abandon et du redoublement scolaires de 2017-2018, pour les trois cycles: primaire, secondaire et secondaire qualifiant, en précisant la répartition urbain/rural. Cela afin d’apprécier l’ampleur de ces deux phénomènes par milieu, et de comparer les réalités des deux mondes.

Seuls les taux globaux de l’abandon scolaire, au niveau national et par genre, nous sont transmis. Nous n’aurons ni la répartition urbain/rural, ni les statistiques du redoublement.

Au bout de plus de 5 semaines d’attente, de relances, plusieurs atermoiements et affirmations contradictoires, la réponse définitive finit par tomber: «Les chiffres nécessitent encore des affinements, en cours de réalisation dans le cadre de l’amélioration de notre système de remontée d’information. Nous ne pouvons communiquer des données dont nous doutons de la fiabilité».

Nous n’aurons que le taux d’abandon au primaire rural. Même pour les statistiques d’il y a deux ou trois ans, la réponse est invariable. Et d’ajouter: «Notre système de recensement est en perpétuelle amélioration, et actuellement, l’interconnexion avec Massar permettra une meilleure fiabilité des statistiques».

Comment est-ce possible, qu’au Maroc de 2018, nous ne disposions pas de la répartition urbain/rural d’indicateurs clés du secteur de l’éducation? Sachant que les académies régionales opèrent au moins deux recensements par an, en mai et en novembre. Comment peut-on conduire une réforme aussi importante et s’engager sur des objectifs chiffrés, par milieu, sans une connaissance précise du terrain et de la réalité de départ? Et puis, la planification de l’année scolaire, que ce soit en milieu urbain ou rural, ne s’appuie-t-elle pas sur les données de l’année précédente?

Nous sommes face à deux déductions tout aussi insoutenables: Une défaillance statistique structurelle au niveau du ministère de l’Education nationale. Ou bien une censure pure et dure, en contradiction avec le droit d’accès à l’information consacré par la Constitution de 2011. Un droit essentiel, surtout dans un secteur stratégique, financé par les citoyens et concentrant tous leurs espoirs.

Au passage, le ministère a bien communiqué les volumes de l’abandon scolaire par milieu à la Cour des comptes en 2016-2017, qui les a repris dans son rapport… (Voir illustration).

A.Na

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