Régions

Imilchil: Au Moussem, des mariages et une décennie de caravanes médicales

Par Sabrina BELHOUARI | Edition N°:5360 Le 28/09/2018 | Partager
Depuis 2008, Solidarité Maroc s'occupe des habitants de la vallée d’Assif Melloul
Soins médicaux, petite chirurgie, médicaments, soins et prévention bucco-dentaire
Les cérémonies de fiançailles, elles, continuent à faire les beaux jours de la destination
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La zone d’intervention de l’association se trouve au niveau d’une vallée de montagne du Haut Atlas oriental, sur une altitude d’une moyenne de 2.300 m. Le territoire compte une soixantaine de villages dispersés de part et d’autre de la rivière de l’Assif Melloul sur une longueur de 79 km. Trois autres villages se trouvent sur un affluent de la rivière (l’Assif N’Tilmi), et trois derniers en aval de la vallée qui sont des hameaux de nomades, accessibles uniquement via un sentier muletier. Cette région est difficile d’accès et les conditions climatiques qui la caractérisent sont rudes, en particulier en hiver où les villages sont isolés à cause des neiges et où les températures vont jusqu’à -15 °C

Le Moussem des fiançailles d’Imilchil, célébré en septembre de chaque année, est le rassemblement annuel pour toutes les tribus de Aït Hdidou, pour sceller les mariages, s’approvisionner, mais surtout pour se soigner. Les habitants des villages avoisinant Imilchil auraient encore du mal à accéder aux soins médicaux. Pauvreté et éloignement sont les principales causes.

La population, dispersée un peu partout aux alentours des centres ruraux, attend chaque année l’arrivée de la caravane médicale de l’association française Solidarité Maroc. Imilchil, Bouzmou, Outerbate, Agoudal, Tabant et Bou Traghar, tous ces villages sont très éloignés et n’ont pas un accès permanent aux soins médicaux. Bien qu’Imilchil dispose d’un centre hospitalier avec un médecin depuis quelques années, les habitants attendent l’arrivée de la caravane médicale avec qui la population entretient une longue histoire.

«L’histoire de Solidarité Maroc a commencé par la rencontre en 2001 d’une petite fille qui s’appelle Khadija, amenée par ses parents pour une consultation médicale à Bouzmou. Annick Manzoni, co-fondatrice de l’association, faisant alors partie d’une mission humanitaire, a entretenu et cultivé des liens avec la famille de Khadija et la population du village», raconte Jean-Marie Simonnet, président et co-fondateur de l’association Solidarité Maroc.

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 Les écoliers d’Outerbate ont bénéficié d'une séance d'initiation à l'hygiène bucco-dentaire avec la distribution de 500 kits de brosses à dent et dentifrice offerts par Colgate et l’Association marocaine de prévention bucco-dentaire, partenaire de la caravane (Ph. ASM)

Au début, l’aide apportée consistait, essentiellement, en la collecte et la distribution de vêtements chauds nécessaires dans cette région au climat rude et très froid en hiver et où les habitants ne disposent pas de chauffage. Au cours de ces visites sur place, Annick Manzoni et Jean-Marie Simonnet ont fait la connaissance de l’association locale Taïmat à Imilchil, la ville la plus proche de Bouzmou.

Ayant pris conscience des énormes besoins de ces communautés dans plusieurs domaines, ils ont décidé de créer une association pour intervenir dans le domaine médical. La zone d’intervention de l’association se trouve au niveau d’une vallée de montagne du Haut Atlas oriental, sur une altitude d’une moyenne de 2.300 m.

Pasteurs d’origine nomade, les tribus sédentarisées qui vivent sur ce territoire montagneux ont pour activité principale l’agro-pastoralisme. La population vit dans l’extrême pauvreté avec un taux d’analphabétisme élevé et un revenu moyen par habitant qui ne dépasse pas les 2.000 DH/an. 

En 2007 donc, avec un petit groupe d'amis, tous bénévoles, et ayant déjà réalisé une ou plusieurs expériences de missions humanitaires dans divers pays d'Afrique et d'Asie, l’association Solidarité Maroc est née. Il a fallu un an de mise en place administrative pour la signature d’une convention avec le ministère de la Santé marocain par l'intermédiaire du délégué à la santé de la province de Midelt à l’époque.

Cette convention définit les domaines de coopération et d’intervention de l’association d’une part et l’apport du ministère de Santé d’autre part. La convention vient d’être renouvelée cette année. Il est indiqué par exemple que l’association Solidarité Maroc apporte des soins aux populations défavorisées, par la petite chirurgie, les soins et la prévention bucco-dentaire, ainsi que la distribution de médicaments et d’équipement médical.

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Le célèbre Moussem des fiançailles d'Imilchil offre certes un regard exotique sur cette contrée reculée, mais a du mal à cacher l'extrême pauvreté dans laquelle vivent ses habitants. La population vit dans la précarité avec un revenu moyen par habitant qui ne dépasse pas les 2.000 DH/an et un taux d’analphabétisme parmi les plus élevés du Royaume
(Ph. L'Economiste)

La convention permet aussi à l’association d’exploiter les locaux du centre médical et de la maternité d’Imilchil ainsi que les dispensaires des villages de Bouzmou et Agoudal. Depuis 2008, et chaque année, l’association programme une à deux caravanes médicales sur une durée moyenne d’une semaine, dans les villages d’Imilchil jusqu’à Aït Bouguemaz.

Ces opérations se font en collaboration étroite avec les associations locales Taïmat et Assif Melloul d'Imilchil, El Kheir d'Outerbate, et Akhiam d'Agoudal qui se chargent d'informer la population et d'assurer l'organisation et les consultations. Les associations se chargent également de faire l’interprète puisque la population est principalement berbérophone.

«Les principales maladies qu’on traite dans cette région sont les maladies ophtalmologiques, le diabète, les maladies bucco-dentaires et on a aussi des cas de goitre causés par le manque d’iode. Les cas urgents ou qui nécessitent une intervention chirurgicale importante sont néanmoins dirigés vers le centre hospitalier d’Errachidia», note Simonnet.

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La caravane médicale pour Outerbate en septembre 2018 a bénéficié à 1.713 personnes, dont 272 patients en gynécologie, 771 en médecine générale, 878 en soins dentaires, extraction et détartrage (Ph. SI)

Depuis 2008, Solidarité Maroc a mené au total 18 missions dans le secteur d'Imilchil, Bouzmou, Outerbate, Agoudal, Bou Traghar et les douars de Tilmi et Oulghazi, puis les nouveaux sites de Aït Bou Oulli et Aït Bouguemaz en septembre 2017. L’ensemble a mobilisé 11 chirurgiens, 57 médecins, 66 dentistes. Au total 34.626 patients ont été reçus par l'ensemble des praticiens, se répartissant entre chirurgie sous anesthésie locale, médecine générale, gynécologie et dentaire.

Plus de 8.000 enfants ont été sensibilisés à l’hygiène bucco-dentaire et dépistés par l’Association marocaine de prévention bucco-dentaire, partenaire de la caravane. La dernière caravane médicale de Solidarité Maroc vient de se dérouler en septembre dans le centre de santé du village Outerbate, à une trentaine de km d’Imilchil.

La petite Khadija, âgée de 19 ans aujourd’hui et poursuivant ses études, vient de recevoir un ordinateur offert par la co-fondatrice de l’association Solidarité Maroc pour l’encourager dans ses études.

Pas grand-chose de changé en 10 ans...

A Imilchil, très peu de choses ont changé depuis la première rencontre avec les fondateurs de l’association Solidarité Maroc. Lors de la visite royale à Imilchil en 2009, un programme de mise à niveau de la zone d'Imilchil (2009-2011) doté d'une enveloppe budgétaire de plus de 105 millions de DH avait été présenté au Souverain. Santé, infrastructure routière, urbanisme, tourisme, culture étaient les secteurs visés.
Depuis 2007, le centre d’Imilchil dispose de l’électricité et depuis 2012 de l’eau potable. Le territoire est doté aujourd’hui de 3 centres de santé, cinq dispensaires ruraux et un médecin. Il y a deux coopératives féminines pour l’artisanat et trois coopératives pour la valorisation des produits du terroir agricoles. Il y a trois collèges, un lycée, deux internats pour les garçon et un pour les filles. Le réseau routier qui emmène vers le centre Imilchil a été mis à niveau. Pourtant, le cercle d’Imilchil, qui compte aujourd’hui une population de 34.672 personnes, accuse un taux de pauvreté de 57,7%, selon la dernière cartographie de la pauvreté du HCP. La décomposition de cette pauvreté par secteur de privation montre que 46,11 % va à l’éducation, 4,39% à la santé, 25,8% va à l’accès à l’eau, à l’électricité et à l’assainissement et 23,69% va aux conditions de logement.

De notre correspondante permanente, Sabrina Belhouari

 

 

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