Economie

Investissement privé: La machine a du mal à se remettre en marche

Par Franck FAGNON | Edition N°:5336 Le 17/08/2018 | Partager
Le manque de visibilité des opérateurs perdure
La difficulté des entreprises à s’adapter aux changements économiques reste un facteur de blocage
Les délais de paiement trop longs brident l’initiative
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Après cinq ans au ralenti, l’encours des crédits à l’équipement a accéléré depuis 2016. Ce sursaut est trompeur puisqu’il est soutenu essentiellement par les investissements des grandes entreprises publiques. Les TPME sont absentes de cette dynamique. Cela se voit  sur les chiffres de la croissance et de l’emploi

Entre 2010 et 2015, l’encours des prêts à l’équipement n’a augmenté que de 15 milliards de DH. Ces chiffres à eux seuls traduisent l’attentisme des opérateurs, le financement bancaire étant la source de financement privilégiée des entreprises avec les fonds propres.

Le sursaut des prêts à l’équipement sur les deux dernières années durant lesquelles l’encours a augmenté de 32 milliards de DH est trompeur. Les entreprises publiques telles que l’OCP ou encore l’ONCF, qui déploient des programmes d’investissement colossaux, en sont les locomotives. Les TPME sont absentes de cette dynamique.

Le travail du gouvernement sur l’amélioration de la confiance des chefs d’entreprise ne donne donc pas de résultats encourageants puisque les alertes sur l’atonie de l’investissement privé se multiplient. Bank Al-Maghrib et la Cour des comptes ont à nouveau manifesté leurs inquiétudes sur une situation qui bride la croissance.

«L’investissement privé reste faible malgré les incitations accordées et l’effort de la dépense publique censée lui servir de levier. Par manque de visibilité, les opérateurs économiques sont attentistes, réduisant les chances d’une reprise rapide de la croissance», avertit la banque centrale dans son rapport annuel.

L’aménagement de la grille de l’impôt sur les sociétés censé redonner un peu de marge de manœuvre aux entreprises et d’autres incitations fiscales ces dernières années n’ont pas fait évoluer la position des opérateurs.

L’affaiblissement du poids de l’investissement privé s’est accompagné d’un ralentissement de l’activité économique. De 4,7% en moyenne annuelle sur la période 2000-2008, la croissance non agricole a baissé à 3% entre 2009 et 2017. Ce ralentissement a des effets néfastes sur l’emploi.

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La hausse de l’investissement a sensiblement ralenti à 4% en 2017. Sa contribution à la croissance a diminué de 2 points à 1,3%. Pourtant, le Maroc est un gros investisseur puisqu’il y consacre en moyenne 34% du PIB. Cependant, l’investissement productif n’y est pas consistant

Le taux de chômage s’est dégradé à 10% et est endémique chez les jeunes de 15-24 ans où il atteint 43% en milieu urbain. Au-delà de la conjoncture extérieure sur laquelle les opérateurs n’ont pas réellement de prise et qui réduit les carnets de commandes, d’autres facteurs minent l’environnement des affaires, à commencer par l’allongement des délais de paiement.

Les grandes entreprises paient en moyenne à 113 jours et les PME à 96 jours. Ces moyennes masquent des niveaux très critiques dans certains secteurs comme le BTP ou encore les services aux entreprises. Ces pratiques constituent de vrais freins à l’investissement.

La panne de l’investissement privé a aussi des sources plus profondes. La lenteur des réformes de structures complique le passage à un nouveau palier de développement. La capacité des entreprises à s’adapter aux changements économiques reste aussi limitée.

En outre, nombre de sociétés n’ont pas suffisamment anticipé les conséquences liées à l’ouverture de leur secteur ou ont du mal à s’y adapter et se retrouvent en difficulté face à la concurrence étrangère. Ce sont aussi des sujets qui voilent l’horizon pour certains opérateurs.

                                                            

Bureaucratie: Que va apporter la réforme des CRI?

L’idée était bonne, mais la mise en œuvre moins. Trop d’entreprises se plaignent encore des tracasseries administratives. L’amélioration de l’efficacité des procédures administratives devrait réduire les obstacles, surtout dans une conjoncture difficile. La réforme des Centres régionaux d’investissement en cours va, entre autres, permettre aux investisseurs d’avoir un interlocuteur unique pour leurs démarches.

Les CRI seront chargés de l’instruction de bout en bout des dossiers d’investissement. Ils devront aussi faciliter les interactions avec les autres administrations. Chaque CRI sera constitué de deux pôles: «Maison de l’investisseur» et «Impulsion économique et offre territoriale».

Les CRI seront présidés par les walis de région et ont l’obligation de tenir une réunion hebdomadaire pour statuer sur les dossiers qui leur seront soumis. L’objectif est d’améliorer la réactivité de ces structures. Sur le papier, le texte de la réforme est intéressant. Reste à savoir si sa traduction sur le terrain le sera autant.

 

 

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