Analyse

Migrants saisonniers: Une vieille histoire…

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5335 Le 16/08/2018 | Partager
Dès 1946, des pays européens s’approvisionnent en travailleurs saisonniers sur le marché marocain
15.000 permis de travail délivrés par l’Espagne aux saisonnières marocaines cette année

C’est l’une des affaires qui a fait couler beaucoup d’encre durant les derniers mois. Les conditions de travail des saisonnières marocaines dans les champs espagnols et les risques d’abus dont elles font l’objet suscitent la polémique. L’affaire d’agressions sexuelles contre cette catégorie d’immigrés a été portée devant le Parlement espagnol.

Au Maroc, le ministère de l’Emploi a tenté dans un premier temps de rassurer, avant de reconnaître l’existence de certains cas d’abus. Interpellé à plusieurs reprises par des parlementaires de l’opposition dans les deux Chambres, le ministre de l’Emploi, Mohamed Yatim, s’est contenté de dire que son département va «continuer à coordonner les efforts avec la partie espagnole, tout en déployant l’ensemble des moyens nécessaires pour limiter ces pratiques et y mettre fin, si elles sont prouvées».

Il a expliqué que des mécanismes seront déployés, notamment pour assurer un accompagnement aux ouvrières saisonnières marocaines dans les exploitations agricoles espagnoles. L’objectif est de garantir un suivi régulier de leur situation et de leur apporter protection et soutien si elles font face à certaines pratiques illégales.

Ce n’est pas la première fois que le dossier des travailleuses saisonnières suscite le débat. Plusieurs ONG avaient alerté, à plusieurs reprises, sur les risques encourus par cette catégorie d’immigrés. Surtout que ce phénomène n’est pas nouveau au Maroc.

Le pays est considéré, «depuis 1946, comme un marché de migrants saisonniers, où s’approvisionne l’Europe», d'après une étude du Conseil consultatif des Marocains résidant à l’étranger (CCME). Selon ce document, le Maroc est devenu, depuis 1992, «le principal pays d’origine de cette forme de migration, particulièrement pour la France et l’Espagne».

Au fil des années, le pays s’est transformé en véritable réservoir de main-d’œuvre pour ces pays européens. Par exemple, en 2008, 5.700 ouvriers saisonniers, tous des hommes, sont recrutés pour travailler dans le sud de la France. La même année, 12.000 femmes sont embauchées par des entreprises au sud de l’Espagne.

Pour l’année en cours, l’Espagne a délivré plus de 15.000 permis de travail à ces ouvrières, selon les dernières statistiques. La demande pour cette catégorie de main-d’œuvre n’a pas connu un essoufflement, même durant les années où l’Espagne était frappée de plein fouet par les effets de la crise. «Durant cette décennie, nous assistons à l’institutionnalisation de la migration saisonnière féminine», selon l’étude du CCME sur «Les saisonnières marocaines».

Cadre légal

Au niveau légal, ce type de migration est encadré par plusieurs mécanismes bilatéraux. C’est le cas notamment de l’accord signé à Madrid en juillet 2001, qui constitue «le principal instrument juridique en matière de coopération de main-d’œuvre entre l’Espagne et le Maroc». Le recrutement des saisonnières pour les champs d’agriculture est également encadré par «la contratacion en origen» (recrutement en origine). En vertu de ce système, les organisations syndicales et patronales espagnoles se rendent chaque année au Maroc pour recruter les ouvrières, après avoir évalué les besoins. Du côté marocain, c’est l’Anapec qui assure la présélection au niveau de 360 communes rurales.

 

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