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    Analyse

    Conseil national des langues: La difficile généralisation de l’amazigh

    Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5280 Le 25/05/2018 | Partager
    Des enjeux pour l’enseignement, l’administration, le Parlement, la justice...
    Des délais de 5 à 15 ans pour se conformer aux dispositions du projet de loi
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    La généralisation de l’enseignement de l’amazigh risque de buter contre le manque en ressources humaines qualifiées. C’est d’ailleurs l’une des principales difficultés pointées actuellement par le personnel du secteur éducatif. Le besoin en formation des enseignants est énorme. Surtout que l’intégration de l’amazigh devra toucher également les cours de lutte contre l’analphabétisme (Ph. Bziouat)

    Avec les deux projets de loi relatifs au Conseil national des langues et à l’officialisation de la langue amazighe, le gouvernement ambitionne de consacrer la nouvelle architecture linguistique prévue par la Constitution de 2011. Cela concerne particulièrement la généralisation de l’intégration de l’amazigh, en tant que langue officielle, dans différents domaines.

    Selon les chiffres du dernier recensement de la population, plus de 27% des Marocains parlent cette langue. Ce taux atteint 36% en milieu rural. Mais au-delà de la consécration de cette langue dans les zones amazighes, le projet de loi examiné au Parlement ambitionne d’assurer la généralisation de son utilisation dans l’enseignement, dans les administrations, dans les médias, au Parlement… L’article 2 du projet de loi sur l’officialisation de l’amazigh attribue à l’Etat le rôle de «définir les orientations générales en matière de consécration de cette langue, sa promotion et son intégration progressive dans les différents aspects de la vie publique, sur la base des propositions du Conseil national des langues et de la culture marocaine».

    Ces efforts de généralisation risquent de buter sur une série de difficultés qui pourraient plomber cette dynamique. Par exemple, l’article 4 de ce texte charge le ministère de l’Education nationale de prendre les mesures nécessaires pour l’introduction progressive de la langue amazighe dans le système éducatif.

    Sur le terrain, l’enseignement de l’amazigh a été lancé bien avant la consécration du caractère officiel de cette langue par la Constitution. Mais cet élan a été freiné par la faiblesse des moyens, surtout humains. En 2015, seuls 13% des élèves ont bénéficié de cours d’amazigh. Cela a concerné 11% des classes et 30% des écoles au niveau national. Sur ce point, le déficit est très important.

    Le gouvernement assure la formation de plus d’une centaine d’enseignants d’amazigh, au moment où le besoin global s’élève à plus de 12.000 instituteurs. Le projet de loi qui devra être bientôt voté par les membres de la Commission de la culture à la Chambre des représentants a prévu l’implication du Conseil supérieur de l’éducation et du Conseil national des langues dans ce chantier.

    Surtout que la généralisation progressive de l’enseignement de l’amazigh concerne à la fois les écoles du public et du privé. Cette dynamique devra toucher également le système de lutte contre l’analphabétisme. Idem pour les travaux parlementaires, comme cela est prévu par l’article 9. Celui-ci stipule que «l’amazigh peut être utilisé lors des séances plénières ou au sein des commissions, avec l’obligation d’assurer une traduction instantanée».

    Ce sujet avait suscité la polémique à plusieurs reprises au sein du Parlement. Certains députés ou conseillers n’avaient pas hésité à intervenir au sein de l’hémicycle en langue amazighe, sans que l’interprétation instantanée ne soit disponible. Pour certains d’entre eux, «il s’agissait d’attirer l’attention sur le retard de l’introduction effective de cette langue officielle dans la vie publique».

    Ce projet de loi prévoit, dans son article 10, que les séances plénières du Parlement soient diffusées sur la chaîne publique amazighe, en assurant le doublage instantané des interventions. La dynamique de généralisation de cette langue officielle portera également sur d’autres secteurs, dont les administrations publiques et les services judiciaires.

    C’est dire l’ampleur du chantier, notamment en termes de préparation des ressources humaines et logistiques. Le projet de loi relatif à la consécration de la langue amazighe a prévu des délais pour se conformer à ses dispositions. Ces échéanciers varient en fonction de la nature des mesures à prendre. Ils sont de 5 à 15 ans, à partir de la publication de ce texte au Bulletin officiel.

    Quid des autres langues

    Parallèlement à l’accompagnement de la généralisation de l’amazigh dans les différents aspects de la vie publique, le Conseil national des langues et de la culture amazighe pourra être décisif dans l’implémentation des autres politiques linguistiques. C’est le cas notamment du renforcement de l’utilisation des langues étrangères dans l’enseignement. Saïd Amzazi, ministre de l’Education nationale, avait expliqué sur nos colonnes que «la nouvelle architecture linguistique et le renforcement de la maîtrise des langues, prévus par la Vision 2030, sont en cours de déploiement» (voir notre édition du 26 avril). Pour l’amazigh, des actions d’harmonisation ont été menées avec l’Ircam. C’est dans ce contexte que s’inscrit l’apport du nouveau conseil national des langues qui pourrait être décisif dans le processus de mise à niveau des acquis linguistiques des élèves. Les résultats de certains tests ont montré que les enfants marocains souffrent d’un grand déficit en langues étrangères, même si les élèves des établissements privés sont nettement plus forts en langue française, par exemple, que ceux du public.

     

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