Analyse

Enquête L’Economiste-Sunergia/Boycott: Les femmes plus informées et plus actives

Par Nadia SALAH | Edition N°:5279 Le 24/05/2018 | Partager
Le premier motif, de loin, c’est le prix
10% des boycotteurs n’achètent jamais ces marques!
Monopoles? Sujet hors du coup!
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C’est évident par les chiffres: plus on est riche, plus on est jeune, mieux on connaît les appels au boycott. Ce qui n’est pas étonnant.  Pas étonnant non plus de voir que c’est un phénomène franchement urbain, et donc plus fort dans le centre du pays qu’ailleurs.

En revanche, on sera étonné de savoir que c’est légèrement plus une affaire de femmes que d’hommes. Les spéculations sont ouvertes pour expliquer ce phénomène: est-ce parce que ce sont les femmes qui tiennent les cordons de la bourse familiale? Ou bien parce que les Marocaines sont bien plus impliquées dans la vie citoyenne qu’elles ne le disent elles-mêmes? Ou encore parce que ce sont elles qui se tiennent le plus au courant de ce qui se passe?

Rappelons que dans les dizaines et dizaines d’enquêtes qu’a fait faire L’Economiste, il est rarissime d’y voir les femmes se mettre plus en avant que les hommes. Y compris lorsqu’il s’agissait de mesurer les réactions face aux avancées de la Moudawana!

Quoi qu’il en soit les femmes se montrent les plus déterminées dans la punition des marques (sauf dans le cas d’Afriquia: le carburant reste une affaire d’hommes!)

Pratiquement toutes les femmes qui boycottent le font sur Centrale Danone (98%). C’est la marque qui «trinque» le plus durement: pas moins de 17 points au-dessus de Sidi Ali. Si on regarde encore de plus près les comportements des consommatrices, on voit 82% des femmes (10 points de plus que les hommes!) qui achetaient les produits Centrale Danone avant, ne le font plus aujourd’hui.

Plus dur encore: 53% des femmes «boycotteuses» disent qu’elles le font à cause du prix. En revanche, elles sont un peu plus fines mouches que leurs pères, fils et maris. En tout cas elles sont mieux informées de la situation économique du pays: pas une seule femme ne dit punir ces produits à cause d’un monopole (1).

On n’en fera pas pour autant une histoire car on compte sur les doigts d’une seule main les messieurs qui ont accordé crédit  à l’idée de «monopole dévorant le pauvre consommateur». Dans un sens, c’est rassurant. Sauf pour quelques partis politiques qui comptaient en faire leur miel de campagne.

Enfin, il s’est beaucoup dit que les anonymes ayant appelé au boycott voulaient aussi attaquer indirectement le Trône. En effet, la Famille royale fut un actionnaire indirect  de la Centrale laitière,  cédée en 2014 à Danone.
Rien dans l’enquête L'Economiste-Sunergia (https://groupe-sunergia.com) ne confirme cette hypothèse, qui n’est pas évoquée une seule fois dans les réponses, même à mots couverts.

Qu’est-ce qui vous pousse à boycotter?

Il faut additionner le premier et le troisième motif, qui sont du même ordre. Le prix motive donc 52% de boycotteurs. La proportion monte légèrement si l’on enlève les 10% qui de toute façon ne consommaient pas ces produits avant. En réalité, l’augmentation des prix concerne les carburants, pas les eaux minérales, ni les produits laitiers. On remarquera que le motif du prix va avec le fait que ce sont les couches moyennes qui sont les plus motivées en faveur du boycott, les couches les plus sensibles au pouvoir d’achat.

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Qui sont les couches moyennes,
les leaders du boycott?

Le boycott est l’affaire, prioritairement,  des jeunes et des femmes. Mais c’est massivement l’affaire des couches moyennes, qui se trouvent être celles qui ont le plus de difficultés du fait de l’absence de croissance et de la dégradation des emplois.
Le consensus statistique du Maroc  considère qu’il y a cinq couches, mais on regroupe les deux extrêmes, les deux du haut, les plus riches (A-B), et les deux du bas, les plus pauvres (D-E où E est en voie de disparition).

La couche moyenne, la C, s’est énormément développée depuis une vingtaine d’années.  Elle gagne entre 6.000 et 12.000 DH par mois et peut avoir des niveaux scolaires très différents, du primaire jusqu’au supérieur... Il arrive dans les très gros échantillons que l’on puisse scinder  les C en deux groupes, les C+ et les C-.

Elle comprend les fonctionnaires de l’échelle 5 à 9, les sous-officiers, les commerçants et cadres moyens, les artisans, les employés supérieurs, le prof du primaire et du secondaire. Ils habitent des logements moyens quel que soit le type: maison marocaine, villa, appartement… On trouve aussi des couches moyennes dans des logements populaires.

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(1) NB: aucun des produits visés par les appels au boycott ne se trouve en situation de monopole. Ni Centrale, ni Afriquia, ni Sidi Ali.  Aucun de ces produits n’est d’importance vitale. Aucun n’a de part de marché au-dessus de 28%. Pour chacun, les consommateurs trouvent des produits de substitution disponibles partout. Sans ces particularités, le boycott serait naturellement impossible.

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