Régions

Essaouira: Une poche de pauvreté difficile à percer

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5154 Le 23/11/2017 | Partager
La province se classe parmi les 10 régions les plus pauvres
Enclavement, analphabétisme, manque d’infrastructures et d’industries
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L’Observatoire national du développement humain a réalisé une cartographie des régions en fonction de l’indice de développement local multidimensionnel. Un classement qui offre une vision des zones allant des plus riches aux plus pauvres, en fonction de la moyenne nationale établie à 0,700. Le sous-développement de Marrakech-Safi, dont l’indice est de 0,672, est en partie dû à ses zones enclavées, difficilement accessibles et donc sous-équipées en infrastructures sociales

«Si tu donnes un poisson à un homme il mangera un jour, si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours». Ce proverbe a pris tout son sens dimanche dernier à Essaouira. Malgré tous les efforts de la société civile et de la commune, malgré les rénovations, les projets d’infrastructures, la ville manque cruellement d’opportunités de travail.

Les principaux secteurs d’activité de la région étant l’agriculture, l’artisanat, la pêche et le tourisme. Résultat: quand des produits de première nécessité sont offerts gracieusement, c’est la ruade. Sauf que celle-ci s’est avérée mortelle pour des femmes et des enfants, privés de soutiens concrets et durables. D’autant que l’histoire se répète.

L’année dernière déjà, une même distribution, toujours organisée par l’imam Abdelkebir El Hadidi, avait été endeuillée. Son aura est forte, rapportent des témoins. Au-delà du panier offert, d’une valeur de 150 DH, il s’agissait pour certains de décrocher un peu de baraka de ce cheikh à la tête de l’«association Ighissi pour l’apprentissage du Coran et les œuvres sociales». Mais doit-il porter seul les conséquences des maux de notre société? Pauvreté, accès restreint, et parfois totalement absent, à l’eau et à l’électricité, analphabétisme, mères isolées et sans ressources, enclavement. Tant de raisons à ce drame.

En 2014, le HCP classait Essaouira parmi les 10 provinces les plus pauvres selon l’approche multidimensionnelle, enregistrant une incidence de pauvreté de 22,1%, supérieure à 2 fois la moyenne nationale. En 2004, ce même taux était de 53,1%. La question avance mais force est de constater que les projets de développement de la région ne sont ni assez rapides, ni assez efficaces. D’après la carte de pauvreté monétaire communale, réalisée en 2014, Sidi Boulaalam, la ville où 15 femmes et enfants ont perdu la vie pour de la farine, affiche un taux de 26,1% et un taux de vulnérabilité de 36,2%.

Le point noir de la province: l’enclavement. Sur les 237 projets lancés il y a quelques années pour sortir la région de son isolement, 39% ont concerné la construction de routes, alors que 7% se sont attelés au développement d’activités génératrices de revenus.

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Suite au drame, survenu dimanche dernier dans la ville de Sidi Boulaalam, à quelques kilomètres d’Essaouira, la société civile s’est indignée. Comme ce mardi soir, où des citoyens se sont rassemblés devant le Parlement à Rabat, dénonçant le manque d’actions concrètes du gouvernement pour lutter efficacement contre la pauvreté (Ph. Bziouat)

Mais pour quels revenus? Sachant qu’elles se dispatchent entre coopératives d’huile d’argan, production de fromage de chèvre, plantes aromatiques et médicinales ou encore artisanat. Ces travailleurs et travailleuses en tirent-ils suffisamment pour vivre? Apparemment, non.

Ils sont 11,7% de la population marocaine à vivre dans la pauvreté. Si nous prenons la pauvreté multidimensionnelle, qui se manifeste au niveau de l’accessibilité à l’éducation, la santé, les infrastructures sociales de base et les conditions d’habitation aux échelles territoriales, à l’échelle nationale, elle se concentre en milieu rural et n’en démord pas. En effet, 85,4% des personnes pauvres vivent dans les campagnes en 2014, alors qu’elles étaient 80% dix ans plus tôt.

Quant à l’indice de la pauvreté monétaire, 1,6 million de Marocains sont concernés dont 330.000 «seulement» sont des urbains. Le noyau dur étant encore et toujours pour le monde rural. Ces chiffres tout récents transmis par le haut commissaire au plan montrent également que quelque 500.000 personnes sont à la fois touchées par la pauvreté multidimensionnelle et monétaire.

Revoir la loi

La réaction du Roi ne s’est pas faite attendre après les événements d’Essaouira. Du coup, le ministre de l’Intérieur s’est engagé à revoir la loi de 1971 encadrant les actions de bienfaisance et à pallier le manque de textes juridiques dans le cadre des distributions des aides. Reste encore des pistes à explorer, comme celle du projet d’aide aux familles nécessiteuses, dont le pays aurait grandement besoin également, l’aide aux femmes veuves ou divorcées, et qui ont en charge leurs enfants. Selon les chiffres du HCP, la moitié des femmes chefs de familles ont plus de 54 ans, 65% d’entre elles sont analphabètes, et 67% n’ont aucun niveau scolaire. Alors pour sortir du fléau, il faudrait leur ouvrir toutes grandes les portes des écoles et faire en sorte que celles qui ont l’occasion de travailler soient rémunérées dignement.

De notre correspondante, Stéphanie JACOB

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