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    Une expérience inédite pour protéger la mémoire de l’eau

    Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:5001 Le 12/04/2017 | Partager
    Le projet des Habous a nécessité 163 millions de DH
    Sons et lumières, vidéoprojecteurs,... le site propose un voyage dans l’univers de l’eau
    Visite guidée en avant-première du Musée Mohammed VI de Marrakech
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    Une maquette posée sur le patio du sous-sol permet de créer un spectacle grâce aux projections sur la coupole au toit et sur un écran circulaire installé au niveau du rez-de-chaussée. Il s’agit d’un spectacle inédit qui présente le système hydraulique de Marrakech (Ph. Mokhtari)

    Réchauffement climatique, démographie galopante, urbanisation et industrialisation croissantes… autant de menaces sur cette ressource rare qu’est l’eau. Et la préserver devient un enjeu capital pour des pays comme le Maroc. Et quoi de mieux qu’un musée pour présenter le savoir-faire ancestral dans la sauvegarde. Bienvenue au Musée Mohammed VI de la civilisation de l'eau au Maroc (MMCEM) de Marrakech qui sera inauguré ce 15 avril (l'ouverture au public le 2 mai prochain) et qui  a reçu L'Economiste en avant-première.

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    Dans le Grand Atlas, les moulins hydrauliques étaient la pièce maîtresse dans l’industrie artisanale. Ils font partie du patrimoine mis en avant par le Musée Mohammed VI de la civilisation de l'eau au Maroc. Ci-dessus, une reproduction d’un moulin (Ph. Mokhtari)

    C’est un musée nouvelle génération, pionnier au Maroc et en Afrique, qui donne la part belle aux nouvelles technologies pour raconter en trois langues -arabe, français et anglais- l’histoire de l’eau au Maroc. Cette nouvelle structure a été réalisée par le ministère des Habous qui a participé à la gestion de la ressource hydrique de plusieurs grandes villes alimentées en eau potable grâce à des sources et puits lui appartenant. «On lui doit de nombreuses infrastructures hydrauliques: fontaines de mosquées, fontaines et latrines publiques, puits, canaux et moulins à eau, dont certaines représentent aujourd’hui un patrimoine culturel de grande valeur», indique Jaafar Kansoussi, chargé de mission auprès du

    musée.

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    La molécule d’eau et ses propriétés présentées dans trois états: gazeux, liquide et solide comme la glace, le verglas… (Ph. Mokhtari)

    Et c’est ce patrimoine que les Habous mettent en valeur dans le Musée Mohammed VI de la civilisation de l’eau de Marrakech, mais aussi celui des aménagements hydrauliques ancestraux, les réalisations marocaines inédites et les ouvrages ainsi que les avancées scientifiques. Le tout avec des sons et lumières, des vidéoprojecteurs, et une mise en scène qui transforme la visite en un voyage dans l’histoire de l’eau et une projection dans son avenir. Tout a été judicieusement étudié et conçu pour généraliser l’information et susciter l’intérêt et la participation pour la réhabilitation du patrimoine, à commencer par l’emplacement.

    C’est au cœur de la célèbre palmeraie de Marrakech couverte de plus de 100.000 arbres, créée sous la dynastie des Almoravides, qu’a été implanté ce grand musée sur 16 hectares. Près de 100 millions de dirhams ont été investis dans la construction du site tandis que les équipements muséographiques ont nécessité quelque 65 millions de dirhams. A travers cet investissement, l’objectif est de présenter le savoir-faire et changer les idées préconçues et les attitudes par rapport à l’eau.

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     Le ministère des Habous a participé à la gestion des eaux et on lui doit de nombreuses infrastructures hydrauliques comme les fontaines de mosquées qui représentent aujourd’hui un patrimoine culturel de grande valeur. Ci-dessus, une réplique de ces fontaines exposée au musée de l’eau (Ph. Mokhtari)

    «Le musée ne se contente pas d’exposer des objets et des données sur l’eau, mais propose un scénario accrochant, tout en livrant des messages en faisant le choix d'outils interactifs pour faire participer le visiteur et provoquer chez lui la réflexion et l’engagement», explique Youssef Mouhyi, DG de Couleur Com, la société chargée de la gestion administrative et commerciale du MMCEM. Et dès l’entrée de ce grand musée, un grand moulin à eau, une reproduction de ce qui se faisait jadis dans

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    Le guerrab ou porteur d'eau ne passe pas inaperçu. Son habit est composé de coupelles de cuivre ou de fer blanc et il fait retentir sa cloche pour annoncer sa présence. Ces porteurs n'existent plus que pour le folklore et le tourisme, mais ont une place dans le musée (Ph. Mokhtari)

    nos campagnes. A l’intérieur des bâtiments, trois étages dédiés au génie marocain dans la gestion hydraulique.

    Au premier, on y retrouve des maquettes illustrant les réalisations du 20e siècle pour préserver cette ressource comme les barrages, ou encore la Step (Station de traitement et réutilisation des eaux usées) ainsi que des collections de photographies

    sur la diversité des paysages marocains en termes hydrographiques (depuis les paysages très arides jusqu'aux plus humides). Une partie de cet espace est dédiée aux sciences et explique la molécule d’eau et ses propriétés avec des scénographies et audiovisuels sur les trois états de l’eau: gazeux, liquide et solide. Le rez-de-chaussée du musée, lui, est consacré aux premiers systèmes d’aménagement hydraulique des oasis, de la haute montagne et des plaines atlantiques.

    Parmi le chapelet d’oasis qui s’étendent de Figuig au Sahara atlantique, le Tafilalet occupe une place centrale dans la civilisation marocaine de l’eau. L’oasis, dont l’histoire remonte à la fondation de Sijilmassa

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     Les citées enterrées de Sidi Bouatmane étaient un complexe destiné à capter les eaux de ruissellement et les acheminer vers de grands réservoirs pour satisfaire les besoins de l’armée et des caravanes en déplacement vers le nord (Ph. Mokhtari)

    (8e siècle), constitue un patrimoine d’eau, de palmes et d’ingéniosité humaine et se distingue par la performance de son système de captage et de transport de l’eau et le niveau élaboré de l’organisation sociale de la distribution des ressources hydrauliques. Le clou du musée est au sous-sol avec une maquette posée sur le patio, représentant le système hydraulique intégré traditionnel de Marrakech et le Haouz.

    Cette maquette-spectacle révèle les secrets de ce système grâce aux effets d’éclairage sur le mur d’écran de la coupole sur lequel sont projetées des images qui créent l’ambiance atmosphérique du cycle d’eau: pluie, nuages, évaporation. C’est aussi au sous-sol que l’on retrouve des panneaux d’explications du système hydraulique de Fès dont l’histoire se confond avec celle de la rivière qui lui a donné naissance, ainsi qu’une présentation du réseau traditionnel de Tétouan, appelé «Sekundo», identique à celui de la «cour des Lions de l’Alhambra», à Grenade.

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    N’oublions pas que l’eau au Maroc est sous le signe de la rareté et le potentiel est sérieusement menacé par la pollution (Ph. Mokhtari)

    A chaque espace, un message fort au gré d’activités interactives qui plaisent autant aux adultes qu’aux enfants. Le MMCEM a d’ailleurs délibérément fait le choix d'une muséographie qui crée une ambiance particulière et véhicule des émotions tout au long de la visite. Défi réussi. On sort de cette visite tout fier de ce qui a été réalisé pour la préservation de l’eau, mais tout aussi responsable de cette ressource rare qu’on continue de gaspiller, par égoïsme et insouciance. Et on se promet désormais de devenir écolo!

    L’école marocaine de l’eau

    Le Maroc se distingue parmi les pays du Maghreb par la richesse et la variété de son patrimoine hydraulique. Une école marocaine de l’eau s’est formée dès le XIe siècle. Elle est marquée par la figure de l’ingénieur al-Hajj Ya’ish de Malaga à qui on doit toutes les réalisations hydrauliques de l’époque Almohade. Un autre apport est représenté par le savant Al-Fachtali qui a résolu au XVIe siècle le problème de la gestion et l’entretien du réseau hydraulique de la ville de Fès. On peut aujourd’hui tirer des leçons du système des khettaras de Marrakech et du Tafilalet qui montre que la satisfaction des besoins variés doit être liée au respect du cycle naturel de la nappe phréatique et de la sauvegarde de ses équilibres. L’exemple de Fès est également riche par l’enseignement de la gestion durable de l’oued auquel la ville fut redevable de sa prospérité des siècles durant.

    Gestion déléguée

    Alors que l’animation reste le parent pauvre dans le tourisme au Maroc, et à Marrakech particulièrement, investir dans un musée de très haute technologie est un coup de maître. De toute évidence, les Habous ont compris le levier de développement économique que peut générer l’industrie culturelle. «Créer un musée autour du génie et des traditions marocaines de l’eau installe définitivement le Maroc en pole position des pays qui innovent dans le domaine de la durabilité de cette ressource», estime Youssef Mouhyi, DG de Couleur Com, la société chargée de la gestion administrative et commerciale du MMCEM. Le ministère qui garde le contrôle sur l’encaissement et les recettes innove en matière de gestion puisqu’il devient la première administration publique à opter pour la gestion déléguée privée pour ses sites. L’objectif est de profiter de l’expérience, des moyens et de l’expertise des sociétés spécialisées et garantir pour le site les grands standards en termes de qualité de service. Ainsi, le gestionnaire délégué doit mettre en place un programme de visites guidées, l’organisation de manifestations sur les sites pour accroître leur rayonnement, les activités pédagogiques à destination des écoles et du jeune public. Il se charge aussi de la commercialisation et de l’entretien.

    4 années d’ouvrage

    Il a fallu 4 ans pour réaliser le Musée Mohammed VI de la civilisation de l’eau de Marrakech. Une équipe de scientifiques, de chercheurs et d’historiens de renom, étrangers et marocains, se sont penchés sur la genèse du projet. Parmi ces chercheurs, l’historien de l’agronomie des jardins, feu Mohamed El Faiz, Ahmed Toufiq, historien et ministre des Habous, Abdelkbir Zahoud, ancien ministre et expert hydraulicien, l’ingénieur Mehdi Benzkri… La réalisation a été confiée à une société leader dans le domaine, Muse, et la direction de l’ouvrage au bureau d’étude Knour. La gestion déléguée du site est aujourd’hui confiée à la société marocaine Couleur.com, spécialisée dans la médiation culturelle à travers, entre autres, l’organisation d’évènements dédiés au grand public comme aux professionnels.

     

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