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    Noureddine Ayouch: «Les politiques manquent d’honnêteté intellectuelle»

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4920 Le 20/12/2016 | Partager
    Ils défendent l’arabe classique, mais pour se faire comprendre, s’expriment en darija
    L’enfant accueilli à l’école avec son dialecte maternel maîtrisera mieux les autres langues
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    Noureddine Ayouch, président du Centre marocain de promotion de la darija: «Ceux qui sont lucides comprendront que l’avenir de notre pays réside dans la valorisation de sa langue maternelle» (Ph. Fondation Zakoura)

    - L’Economiste: Pourquoi un dictionnaire de la darija?
    - Noureddine Ayouch:
    Tout simplement parce que c’est essentiel. Notre dictionnaire est le premier à être monolingue. C’est un travail colossal sur lequel une équipe d’experts a travaillé pendant quatre ans. Mais nous ne nous arrêterons pas là. Nous sortirons bientôt une anthologie de proverbes, ainsi qu’une grammaire dans trois ou quatre mois, dans le cadre de notre stratégie. Personne ne nous finance, à part la Fondation Zakoura Education. Contrairement à ce qui se raconte, personne ne nous manipule!
    La langue maternelle est fondamentale. L’enfant qu’on accueillera durant ses premières années scolaires avec la darija comprendra mieux l’arabe, le français et l’anglais, parce qu’il sera à même de saisir les mots qu’on lui répète. Il y aura ainsi moins d’abandon scolaire.

    - L’expérience de Zakoura avec la langue maternelle des élèves est intéressante. Quel bilan en faites-vous?
    - C’est extraordinaire. Ils arrivent à comprendre plus facilement les langues officielles et même étrangères. Je me suis battu au sein du Conseil supérieur de l’éducation, dont je suis membre, et j’ai obtenu la darija pour la première année du préscolaire seulement. Ceux qui sont lucides comprendront que l’avenir de notre pays réside dans la valorisation de sa langue maternelle. L’exemple le plus frappant est celui des dirigeants des plus grands partis politiques, ardents défenseurs de l’arabe classique. Ils n’arrêtent pas de m’attaquer, mais quand ils s’adressent au public, ils parlent en darija, car ils savent qu’autrement, ils ne seront pas compris. Cela s’appelle de l’hypocrisie. Tout comme ceux qui envoient leurs enfants dans des missions étrangères. Cela signifie qu’il n’y a pas de cohérence dans les discours, ni d’honnêteté intellectuelle.
    - De par votre expérience, pensez-vous que la darija intéresse suffisamment les milieux académiques?
    - C’est en tout cas ce que nous avons fait, avec des académiciens et  scientifiques qui se sont penchés pour la première fois sur leur langue maternelle de manière structurée. Le dictionnaire sera mis en ligne sur le site de Zakoura. Toute personne pourra proposer des mots, des proverbes, des explications. Une commission recueillera ensuite tout cela, en fera une synthèse et d’autres dictionnaires seront publiés. Des concours seront, par ailleurs, organisés afin d’encourager les auteurs qui écrivent en darija. Nous créerons aussi des manuels d’apprentissage de la darija dans les écoles. Néanmoins, il faut d’abord que les autorités acceptent.
    A Zakoura, les enfants apprennent en 3 ans ce que les élèves du cycle primaire public apprennent en 6 ans, et à raison de 3 heures par jour.  
    Ils réussissent de manière spectaculaire, avec des taux allant de 95 à 100%. Grâce à l’usage de la langue maternelle, mais aussi à la méthode d’apprentissage. Nous avons recours à la chanson, au théâtre, à la valorisation et à l’épanouissement des enfants.
    Propos recueillis par Ahlam NAZIH

     

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