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Société

Comment l’extrémisme instrumentalise les religions

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:4906 Le 28/11/2016 | Partager
Détournement du message des textes religieux via une interprétation sélective
Rompue au 19e siècle, la flexibilité de la charia permettait une adaptation aux contextes
Les versets sur le jihad, «une permission restrictive pour défendre la religion et les opprimés»
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Le philosophe Ali Benmakhlouf a déploré la rupture du caractère flexible de la charia. Cette souplesse permettait, grâce aux fatwas, d’évoluer et d’offrir les meilleures solutions en fonction de l’époque (Archives L’Economiste)

Avec la montée du terrorisme, des doigts accusateurs pointent la responsabilité de la religion. Elle justifierait les actes sanguinaires. Une thèse que s’efforcent de démentir plusieurs théologiens au nom du message de paix des différentes religions. Toutefois, plusieurs versets du Coran ou des chapitres de la Bible sont instrumentalisés par des groupes terroristes. Aujourd’hui, chercheurs, politiques et religieux sont appelés à prendre la mesure de la complexité de ce phénomène. C’est dans ce contexte que s’inscrit le colloque Afrique et radicalités religieuses, dont les organisateurs ambitionnaient d’en faire une «plateforme pour mobiliser intellectuels et religieux, afin d’interroger cette complexité des formes de radicalité et de violence, tant dans leur construction qu’en ce qui concerne leurs impacts sur les sociétés». Actuellement, la charia suscite beaucoup de polémiques. Plusieurs observateurs vont jusqu'à dire que c’est «la source du mal», dans la mesure où elle «inciterait à la violence». Un constat qui semble ne pas résister à l’argumentation des participants à ce colloque. Les intervenants s’accordent à pointer la responsabilité de «l’interprétation des textes». Car «les mots peuvent être porteurs d’un message radical ou d’ouverture», comme l’a rappelé Amélé Ekué, théologienne à l’Institut oecuménique Bossey à Genève. Elle a mis l’accent sur l’appropriation des textes religieux pour nourrir la radicalité, en se basant sur leur interprétation. Olfa Youssef, islamologue tunisienne, s’est référée à plusieurs versets coraniques, considérés comme des appels à la violence ou au jihad, pour montrer leur spécificité, liée à un contexte particulier. Dans ces versets, «l’appel au combat dans le sentier d’Allah n’est pas général. C’est plutôt une bataille défensive, pour soutenir la religion là où elle est attaquée, ou encore pour porter secours aux faibles et aux opprimés». Pour l'islamologue, «il s’agit essentiellement d’une permission, qui est en plus restrictive».
Dans ce processus, la langue et la tradition jouent un rôle décisif, augmentant les risques d’intrusion des idées fondamentalistes, qui visent à uniformiser et à exclure. C’est cette logique qui peut expliquer le détournement des messages de la charia. A l’origine, celle-ci n’était pas considérée comme une loi figée. Il s’agissait essentiellement d’un «mode de vie, épistémique et méthodologique. C’est plus une façon de voir le monde qu’une croyance»,  explique le philosophe Ali Benmakhlouf. Pour lui, «la charia ne se trouve pas dans les textes sous une forme achevée». D’où «sa flexibilité». Aujourd’hui, les fatwas font peur, dans la mesure où elles sont souvent synonymes d’appel au meurtre ou à la violence au nom de la religion. Là aussi, il s’agit d’un détournement du sens originel. Car, historiquement, il s’agissait d’un «simple avis consultatif, demandé par les magistrats aux théologiens», selon Benmakhlouf. Ce philosophe a mis l’accent sur «l’évolution des fatwas, qui changent avec le temps». Résultat: une flexibilité de la charia qui permet de s’adapter au contexte. L’idée est de «choisir les solutions qui conviennent le plus à l’époque», a-t-il insisté. Une flexibilité rompue à partir du 19e siècle. Ali Benmakhlouf pointe également la responsabilité du colonialisme, qui a codifié la charia, en s’inspirant du modèle des codes napoléoniens. «A partir du 19e siècle, la colonisation a démantelé la charia et les structures de création continue des droits. Ce qui a conduit à la rigidité de ce corpus».

Radicalisme vs chrétienté

L’instrumentalisation des textes religieux pour inciter à la violence ne se limite pas à l’islam. Cela a été également le cas dans la chrétienté. Là aussi, l’interprétation est mise en cause. «Certains chapitres de la Bible peuvent, en se basant sur une certaine lecture, donner une idée négative des Juifs. Cela ne peut pas être nié», selon Geneviève Comeau, théologienne au Centre Sèvres à la faculté des jésuites de Paris. Elle a rappelé que des persécuteurs chrétiens s’étaient basés sur un passage de l’Evangile de Mathieu, pour faire porter aux Juifs la responsabilité de la condamnation et de la mort de Jésus. Or, «les propos violents de Mathieu s’expliquent par un conflit familial, après l’échec de sa mission auprès du peuple juif et son exclusion de la synagogue. C’est donc plutôt une chronique d’une rupture annoncée de la communauté matthéenne avec la précédente, c'est-à-dire judaïque», a-t-elle fait savoir. Au final, elle a mis en garde contre les dérives des interprétations. Car «un texte peut devenir fou s’il n’est pas remis dans son contexte historique».

 

 

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