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Une héroïne de l’éducation

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4902 Le 22/11/2016 | Partager
14 ans de péripéties dans les montagnes du Sud et dans la campagne de Settat
Des conditions austères et dangereuses, mais un engagement sans faille
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Habiba Essawti, directrice de l’école Sabaa: «Les enfants, il faut les imaginer grands. Aujourd’hui, quand je croise mes anciens élèves, je peux les regarder dans les yeux sans avoir honte. Ils n’oublient rien. Moi, par exemple, je me rappelle toujours de la première gifle que j’ai reçue injustement de mon prof, et je le déteste toujours» (Ph. Jarfi)

Malgré ses piètres performances, l’école publique compte toujours parmi ses rangs des enseignants et des cadres engagés, qui se battent au quotidien pour sauver un système à l’agonie. La directrice de l’école Sabaa, Habiba Essawti, en fait partie. Licenciée en linguistique, elle a d’abord été professeur de français. Les 14 premières années de sa carrière d’enseignante, elle les a passées dans les montagnes et à la campagne. Dans des douars où elle a enduré l’austérité des conditions de vie des contrées éloignées. Certains de ses collègues, faisaient jouer leurs relations pour ne passer qu’une année dans ces régions avant d’être mutés en ville. Cette injustice ne l’a pas fait fléchir, elle a assuré sa mission, seule, jusqu’au bout. Sa première affectation a été dans les environs de Ouarzazate, dans un douar sur la route de Zagora, Tissergat. Ni bureau, ni tableau, ni eau, ni toilettes, ni électricité,… Pour la jeune enseignante fraîchement nommée qu’elle était, c’était le choc. Les élèves, eux, ne parlaient que l’amazigh, une langue qu’elle ne maîtrisait pas. Pour communiquer avec eux, elle devait faire appel à la gestuelle et au mime. Elle a ensuite dû apprendre des notions de l’amazigh. «Les enfants de ces régions sont très intelligents. Pour eux, l’école est une fenêtre sur le monde, un espoir. Les en priver serait un crime. L’Etat doit, cela dit, faire l’effort d’assurer des conditions d’exercice dignes pour les enseignants», insiste-t-elle. En guise de tableau, elle découpait des cartons et les collait sur le mur. C’était des cartons que les enfants ramenaient de chez eux, et que leurs parents utilisaient pour transporter leurs provisions.
La jeune prof menait aussi une guerre quotidienne contre les vipères. Chaque nuit, elle dormait avec une torche sous l’oreiller. Sa seule distraction, c’était ses conversations avec les touristes qui venaient profiter des paysages du sud. Les hivers et les étés étaient pénibles, tout comme le regard des habitants qui n’étaient pas habitués à côtoyer des filles venues de la ville, non couvertes, louant une maison et habitant seules. Avec son engagement et son sérieux, elle a fini par gagner leur respect, et même leur protection, durant les 5 ans qu’elle a passés avec eux.
Habiba Essawti a ensuite été affectée dans la région de Settat, à douar Lamâachate. Là encore, ça n’a pas été facile. Elle a pu partager un logement de fonction avec d’autres enseignantes, mais il n’y avait pas d’eau courante. Il fallait partir chercher l’eau d’un puits, qu’il fallait bouillir avant d’utiliser. L’hiver, les routes étaient coupées. Dans ce douar, où elle a planté 9 arbres, elle a passé 9 ans, avant de se porter candidate pour la direction d’un établissement. Elle sera nommée à la tête d’une école primaire à Casa-Anfa, où elle passera 3 ans, avant de rejoindre l’école Sabaa en 2006. En dépit de toutes les difficultés, elle a gardé en tête l’importance et la noblesse de sa mission.

 

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