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    Education : Au cœur de l’école la plus encombrée de Casablanca

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4902 Le 22/11/2016 | Partager
    Jusqu’à 54 élèves par classe, et ce n’est pas fini
    Des dizaines d’enfants syriens et africains aussi
    Les enseignants tentent de tenir le coup
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    Dans cette classe, près de 50 élèves de 5e année sont entassés. Ils suivent un cours de français, mais faute de place, ils ne sont pas tous assis face au tableau (Ph. Jarfi)

    De prime abord, l’établissement, haut en couleur, renvoie une image rassurante. Avec son aspect flambant neuf, l’école Farah 1 peut même être confondue avec une école privée. Sur les murs, des slogans chaleureux, «bienvenue à nos enfants», «votre réussite nous réjouit», «que dieu vous apporte son aide», … Construite il y a 4 ans pour accompagner le développement d’un quartier à Hay Hassani, Salam Al Farah, où la population croît à toute vitesse, elle est devenue la plus encombrée de la ville de Casablanca.
    L’établissement est entouré d’immeubles habités majoritairement par des retraités des forces armées royales et forces auxiliaires, des fonctionnaires, ancien habitants de bidonvilles, immigrés subsahariens et réfugiés syriens. Un cocktail un peu particulier.
    Quelque 610 élèves y sont inscrits, dont une trentaine d’enfants syriens et une dizaine d’origine subsaharienne. Leur intégration n’est pas toujours évidente. Nous y avons rencontré David, un enfant subsaharien inscrit en première année du primaire. Il était dans un cours d’arabe. Difficile pour lui de suivre le programme dans une langue qui lui est complètement étrangère. Ses camarades, eux, ne comprennent pas toujours ce qu’il dit. Pour les enfants syriens, l’intégration est un peu plus facile. Certains, venus d’Allemagne, nous ont confié préférer rester au Maroc.  L’école Farah 1 est encadrée par seulement 11 profs, dont la majorité a dépassé la cinquantaine. Pour le nouveau directeur de l’établissement, Hassan Mabrour, qui a rejoint l’école cette rentrée, il s’agit là d’un atout. Car expérimentés, ils peuvent mieux gérer les contraintes, y compris celle des sureffectifs. Les classes comptent entre 48 et 54 élèves. Un record au niveau de la délégation de Hay Hassani et de la ville de Casablanca. Et ce n’est qu’un effectif temporaire. Des mutations sont prévues, et le nombre pourrait dépasser les 54 enfants par salle de cours. «Vu le développement rapide du quartier, nous recevons beaucoup d’inscriptions d’enfants venus d’ailleurs. Depuis le début de l’année, ils sont au nombre de 60», relève Mabrour.
    Les années précédentes, jamais le nombre par classe n’a dépassé la quarantaine. Cette rentrée, il a fallu rajouter des tables supplémentaires. Avec leurs petits corps, les enfants du primaire peuvent être entassés dans les classes plus facilement que ceux du collège ou du lycée. Même si certains ne sont pas assis face au tableau mais sur le côté, ils restent plus ou moins correctement installés. Pas d’enfants assis entre deux chaises, à l’instar des images qui ont circulé sur le Net. Les profs, dépassés, essaient d’agencer les tables du mieux qu’ils peuvent et de garder les lieux aérés. Cela dit, ce n’est pas leur seul souci. «Nous avons, par exemple, 30 minutes de lecture par jour. Cela ne suffit pas pour donner à chacun la possibilité de lire le texte à haute voix», regrette une enseignante d’arabe de première année. Leur charge de travail a également augmenté (correction des copies, suivi des élèves…). «Une trentaine, c’est le maximum que nous devrions encadrer», estime une prof de français de la 5e année. «Il faut beaucoup de patience, d’amour du métier et d’expérience pour réussir à gérer une classe en sureffectif. Autrement, ce n’est pas possible. Quand nous voyons que notre travail donne des résultats positifs et que des enfants peuvent être sauvés, cela nous motive pour nous investir encore plus», poursuit-elle. Même son de cloche du côté de l’enseignante d’arabe de la 5e année, qui justifie d’une expérience de 26 ans. «Les 3 premiers mois sont les plus difficiles. Après, la situation devient un peu plus maîtrisable. Toutefois, il faut beaucoup d’expérience», souligne-t-elle. De la motivation est également nécessaire, et c’est ce qui manque cruellement à une bonne partie du corps enseignant du public. «Au-delà des déficits, nous souffrons à la fois d’un manque de compétence et de motivation des profs. C’est le point faible du système. La majorité a baissé les bras. Peu d’entre eux souscrivent, par exemple, aux formations offertes gratuitement par le ministère», déplore la directrice de l’école Sabaa, Habiba Essawti. «Il est impératif à la fois de récompenser les bons, qui finissent par ressentir de l’amertume quand leurs efforts ne sont pas reconnus, et sanctionner les mauvais», rajoute-t-elle.
    Le nouveau directeur de Farah 1, plein de bonne volonté, envisage de redresser la barre avec un plan d’action élaboré en partenariat avec les parents d’élèves. Activités parascolaires, classes préscolaires, salle multifonctions, cours de soutien, réhabilitation des infrastructures… Néanmoins, vu les effectifs qui ne cessent de gonfler, il ne sera pas évident de produire de la qualité. Aujourd’hui, l’école affiche un taux d’abandon de 10% et un taux d’échec de plus de 30%.

    Les parents décidés à agir

    Contrairement à l’école Sabaa (voir article précédent), Farah 1 n’a pas bénéficié d’un management engagé dès sa création. «L’ancien directeur était tout le temps absent. Quand il était là, il était agressif et il nous boycottait. Nous n’avions, d’ailleurs, même pas d’association des parents d’élèves jusqu’à cette année», témoigne un représentant des parents d’élèves. Certains membres du corps pédagogique nous ont également confié avoir «souffert le martyr» durant sa prise de fonction. «Le niveau des enfants est médiocre et nous nous devions d’agir», confie une maman, membre du bureau de l’association des parents d’élèves. Le bureau est essentiellement composé de retraités qui dédient tout leur temps à l’école, dans l’espoir de changer la donne. Ils y sont presque tous les jours. Ce sont eux qui ont repeint les murs à la rentrée, et ils comptent aller encore plus loin pour donner plus de vie à l’établissement. Activités sportives, culturelles et ludiques, soutien scolaire, partenariats avec la société civile… ils ambitionnent de transformer Farah 1 en exemple à suivre dans leur région, quitte à miser plus d’argent et monter à 150 DH par an, contre 30 à 50 DH actuellement. 

    Là aussi, des problèmes de toilettes

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    L’établissement n’a que 4 ans d’existence, mais ses toilettes sont délabrées. Il se paie les services d’une femme de ménage qui vient les nettoyer deux fois par jour. Le résultat n’est, cependant, pas vraiment visible. Dans les écoles publiques, l’état des sanitaires est généralement catastrophique. En milieu rural, ils ne sont pas toujours fournis, ce qui représente l’un des motifs poussant les petites filles à abandonner l’école. Selon l’Association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques, 6.000 écoles en sont dépourvues. Au total, 25% des Marocains n’ont pas accès à un sanitaire digne de ce nom.

     

     

     

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