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    Education
    Les charter schools, enterrées!

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4878 Le 18/10/2016 | Partager
    Ce modèle d’écoles gérées en PPP a suscité de fortes oppositions
    Sous prétexte de «privatisation de l’école publique»
    Les détails de ce projet pourtant destiné à contrecarrer l’appétit mercantile du privé
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    Sur 6,9 millions d’élèves, 913.209 se sont inscrits dans des établissements privés cette année, contre 889.385 un an plutôt (+2,7%). Le privé absorbe aujourd’hui plus de 13% des effectifs des élèves. La part reste minime, mais elle touche des centaines de milliers de familles. Elle diffère aussi selon les régions. Dans celle de Casablanca-Settat, le privé accueille 23% des élèves. Dans la seule ville de Casablanca, la part est de 39% au primaire, 15% au collège et 14% au lycée.

    Face à l’échec de l’école publique, les parents sont de plus en plus nombreux à se ruer sur les missions étrangères et les établissements privés, souvent payés au prix fort. Ils n’hésitent pas, non plus, à débourser des sommes considérables dans des cours de soutien. Ces deux dernières décennies l’éducation s’est transformée en business juteux, convoité par des investisseurs dont la motivation est souvent purement mercantile. Afin de contrecarrer ce modèle, le ministre sortant de l’Education nationale, Rachid Benmokhtar, a lancé l’an dernier un projet de charter schools (écoles associées), présenté parmi les actions phares de la réforme 2015-2030. Seulement voilà, après une année de préparation, en partenariat avec le département des Finances et celui de l’Intérieur, l’initiative se trouve aujourd’hui bloquée. Elle pourrait même être définitivement classée au fond d’un tiroir. La politique semble, encore une fois, mettre son grain de sel dans la réforme de l’éducation… L’initiative a suscité l’ire de certains syndicats (qui, pour rappel, sont quasiment tous affiliés à des partis politiques) et associations, protestant contre la prétendue intention du gouvernement de «privatiser l’école publique», sans pour autant l’avoir étudiée au préalable. «En tant que centrale syndicale, le projet ne nous a pas été présenté, mais nous sommes contre. Le modèle de l’école associée est la porte ouverte à la privatisation de l’éducation», assène Allal Bellarbi, SG du Syndicat national de l'enseignement affilié à la CDT, membre du Conseil supérieur de l’éducation. «Nous ne pouvons transformer l’éducation, la base du développement de tout pays, en marchandise», poursuit-il.    

    Le ministère de l’Education nationale, pourtant, s’en défend. «Il s’agit pour nous de présenter une solution complémentaire et non alternative. Une offre à but non lucratif, dont l’esprit est celui du service public avec une gouvernance inspirée du management privé», tranche le directeur de la promotion de l’enseignement privé et du préscolaire, Bendaoud Merzaki. D’autant plus que l’école associée ne concernerait que les 13% d’élèves scolarisés dans le privé. Donc une catégorie qui consent déjà à payer le service éducatif, et pour laquelle une nouvelle formule plus accessible et de meilleure qualité ne serait pas de refus, en attendant la tant espérée réforme de l’école publique. «En France, par exemple, 98% des écoles privées sont sous contrat d’association avec l’Etat. Chez nous, c’est l’inverse», souligne Merzaki.
    Les écoles associées présentent plusieurs avantages. Tout d’abord, un tarif négocié avec la tutelle, prévoyant une discrimination positive. Le coût serait ainsi modulable en fonction du pouvoir d’achat dans les régions, villes et quartiers. D’après les scénarios établis, le prix maximum ne dépasserait pas les 800 DH, avec un quota de 20% de places gratuites pour les plus démunis. Le délégataire privé de la gestion de l’école pourrait être une association, une fondation, un investisseur ou même une association de parents d’élèves. Il garantirait, en contrepartie, une gestion optimale associant les parents (aujourd’hui totalement écartés dans le privé), et se chargerait de la réhabilitation des écoles publiques environnantes. Le ministère, pour sa part, surveillerait le respect des tarifs fixés et la qualité du service.
    Le ministère avait décroché un partenariat avec le groupe OCP pour le financement de la phase pilote. Trois écoles primaires, à El Jadida, Khouribga et Safi, avaient été identifiées. Quelque 35.000 élèves auraient pu en bénéficier sur trois ans.
    A défaut de pouvoir apporter sa contribution aux charter schools, le géant des phosphates compte parrainer dès cette rentrée une dizaine d’écoles publiques, et une soixantaine sur 3 ou 4 ans. Les établissements recevront une subvention annuelle leur permettant de se mettre à niveau.
    La tutelle envisageait aussi de se tourner vers d’autres partenaires, comme des banques ou grandes entreprises très engagées dans le social. Mais elle a dû tout arrêter.

    Des partenariats gagnants

    Mettre sa main dans celle du privé pour innover ensemble au profit des élèves, c’est possible. Des exemples concrets existent. Le plus notoire est sans doute celui de Medersat.com. Un réseau de près de 65 écoles (plus de 9.800 élèves, 420 profs) construites par la fondation du groupe BMCE Bank of Africa, et employant des fonctionnaires. Un accès gratuit, des profs rigoureusement sélectionnés, formés et motivés par des primes de performance, usage des nouvelles technologies, zéro déperdition scolaire, un très faible taux de redoublement… Il s’agit aujourd’hui d’une success story qui pourrait servir d’exemple, pourvu que l’innovation ne paie pas les frais de soubresauts populistes.

     

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