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    Analyse

    Enseigner la religion
    «L’islamisation nous condamne à régresser»

    Par Amin RBOUB | Edition N°:4864 Le 27/09/2016 | Partager
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    Azeddine El Allam, chercheur en islamologie: L’islamisation tous azimuts de la société a trouvé un terreau fertile au lendemain du printemps arabe, de tensions dans le monde musulman... Aujourd’hui, de profondes mutations s’opèrent dictées par la prédominance d’un conservatisme exacerbé, nourri de valeurs islamistes et radicales (Ph. Assabah)

    L’appel à l’islamisation tous azimuts de la société est un non-sens. Cette entreprise est vouée à l’échec. De l’avis de Azeddine El Allam, chercheur en sciences politiques, les  expressions de l’islamisation qui ont envahi la société traduisent un changement, une mutation dictée par la prédominance d’un conservatisme exacerbé, nourri de valeurs islamistes et radicales. L’auteur du livre «Libérer la parole dans l’expérience de l’islam» considère que l’islamisation ne peut, dans le contexte actuel, que faire régresser la société. Traduction d’une interview publiée au  quotidien Assabah (voir aussi dossier publié les 24 et 25 septembre)

    - Assabah: Quelle lecture faite- vous face aux expressions ostentatoires de l’islamisation? Est-ce une évolution normale de la religion ou un dysfonctionnement dans le mode de vie?
    - Azeddine El Allam: Je pense que la réponse est dans la question. Ceci dit, il est impératif de se référer à l’islam en tant que variante culturelle dans le sens anthropologique du terme. A travers ce prisme-là, la religion ne soulève aucun problème. Je rappelle que l’islam est inné chez les Marocains et il revient chez la majorité comme référence au quotidien. Nous nous marions selon le rite musulman et nous enterrons nos morts selon le même rite. Même nos noms et prénoms renvoient à ce même référentiel religieux. C’est en substance l’islam que nous avons reçu, que nos parents et aïeux ont vécu sans le moindre problème. Mais le changement a commencé lorsque l’islam est devenu un moyen de prédication.
    Logiquement, l’on ne peut appeler à l’islam dans une société musulmane. Dès lors, la religion dépasse le spirituel et se répand à travers différents phénomènes de société et ce, via la persistance des uns à vouloir en faire un instrument de prédication, dans le sens idéologique du terme.  L’appel à la généralisation des signes religieux dans la vie moderne est une entreprise vouée à l’échec. A l’instar des autres religions, l’islam a ses textes fondateurs de référence. Je veux dire le Coran et la Sunna. Or, ces textes fondateurs n’abordent pas tout, même les détails de la vie contemporaine, dont l’économie, la politique étrangère, l’enseignement, la santé, le progrès technologique... Nous ne pouvons assimiler et comparer la religion avec des données renouvelables de la vie. Sinon, nous courons le risque de creuser un fossé avec la réalité.

    - Quelles sont les principales expressions de l’islamisation... et comment s’opère cette mutation dans la structure de la pensée?
    - Les expressions de l’islamisation sont multiples. Elles se manifestent d’abord  à travers le vestimentaire. Je fais allusion  au hijab importé qui est en train de céder le terrain au niqab, à la burqa, au tchador... Phénomène qui fait que certaines femmes qui  portent ces tenues  s’apparentent plus à des fantômes dans la rue. Ce n’est là qu’un aspect de l’islamisation de la société. Chez les hommes, c’est plutôt des tenues afghanes, la barbe touffue, les babouches du hidjaz...
    S’y ajoutent des phénomènes d’islamisation dans  le comportement marqués par des expressions étrangères et  importées qui battent en brèche les spécificités locales. Il y a ces messages via autocollants sur les pare-brise des voitures: «Ceci est par la grâce de Mon Dieu: Hada Min Fadli Rabbi», ou encore «N’oublie pas d’invoquer Dieu: La Tansa Dikra Allah»... En même temps, les porteurs de ce type de messages ne se gênent pas dans des comportements inciviques. Certains d’entre eux ne respectent même pas la signalisation du code de la route. A ceux-là, je dirais, si vous oubliez d’invoquer Dieu, vous pourrez le faire plus tard. Mais si vous ne respectez pas le feu rouge, vous pouvez causer des pertes humaines, de graves blessures...
    Autres signes d’islamisation dans nos quartiers, la prolifération de mosquées dans les garages. A un moment, les autorités se sont mobilisées contre ce phénomène surtout qu’il s’est avéré qu’il y a une corrélation directe entre ces lieux de prière informels et la prolifération du radicalisme, voire le terrorisme. Mais cette mobilisation des autorités n’a pas pu empêcher l’occupation des rues et boulevards par des milliers de fidèles qui accomplissent leurs prières, ou encore l’alibi de prière, avancé par certains fonctionnaires, et qui tire vers le bas les prestations de l’administration publique. Autant de pratiques et de comportements qui étaient étrangers, il y a quelques années, à la culture marocaine.  Aujourd’hui, ces phénomènes trouvent un terreau fertile au lendemain de tensions régionales et des événements du printemps arabe.

    - Comment faire le distinguo entre l’esprit conservateur inné chez les Marocains et le radicalisme religieux au sens idéologique?
    - Le Marocain est de nature conservateur. La plupart ont la pudeur comme trait de caractère. Mais l’extrémisme religieux n’a rien à voir avec le conservatisme ni la pudeur. Il s’agit plutôt de comportements qui traduisent  la radicalisation d’un groupe de personnes. Cela se manifeste notamment à travers la séparation des filles et garçons dans une salle de classe ou dans les administrations publiques, ou encore à travers le refus de saluer une personne de l’autre sexe... Ce sont là autant d’expressions de repli qui ne reproduisent que des résultats contradictoires. En témoigne la récente histoire du couple Benhammad et Fatema.  

    - Quel  impact négatif à travers la prédominance de l’islamisation au sens idéologique?
    - L’islamisation nous condamne à régresser et à  revenir en arrière. Nous ne pouvons appréhender le présent et l’avenir à travers les calculs du passé. Plus encore, nous ne pouvons torpiller la réalité  par la force du pouvoir des textes religieux, dont l’essentiel remonte à plusieurs siècles d’histoire.
    Propos recueillis par Aziz El Majdoud & traduits par Amin RBOUB

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