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    Chronique

    Les petits épargnants victimes de la répression financière
    Par Omar Fassal

    Par L'Economiste | Edition N°:4375 Le 09/10/2014 | Partager

    Omar Fassal est diplômé de l’Université de Lyon en ingénierie chimique, de Sciences Po Toulouse en analyse du monde contemporain, et de l’EM Lyon en ingénierie financière. Il est analyste des marchés financiers internationaux chez CDG Capital, auteur du livre «Tout savoir sur la finance», chroniqueur pour L’Economiste et intervenant pour Atlantic Radio»

    Les petits épargnants européens ont souffert et continuent de souffrir, de taux d’intérêt très bas. La rémunération du capital est très faible sur les produits classiques appréciés des bons pères de famille. Le taux sur le livret d’épargne en France est fixé à 1% depuis le mois d’août 2014. Si l’on considère une inflation annuelle ne serait-ce que de 0,3% (identique à celle du mois de septembre), cela signifie que le livret A génère une performance annuelle de 0,7%. Pas de quoi s’extasier! L’avantage du livret épargne est évidemment la possibilité de retirer ses économies si le besoin se faisait sentir. Un épargnant prêt à sacrifier cette liquidité peut se tourner vers les dépôts à terme. De l’argent bloqué sur 1 an rapporte 1,23% au sein de la zone euro, de l’argent bloqué sur 2 ans se bonifie de 1,66% par an. Il faut dans ces conditions beaucoup de patiente pour faire croître son patrimoine: avec une rémunération de 1,5% par an, votre capital ne doublera qu’au bout de 47 ans!
    Ces taux sont trop bas pour rémunérer les familles sur les dépenses futures qui les attendent: acheter un logement, éduquer ses enfants... Elles se sentent piégées, pas de croissance économique, un chômage record, et de l’épargne rémunéré à des taux dérisoires. Des produits tels que l’assurance vie apparaissent dès lors comme un des meilleurs moyens pour faire fructifier son patrimoine. Les taux garantis sur 2014 atteignent 2,2% chez les meilleurs assureurs, soit le double des dépôts à terme sur 2 ans. Des épargnants plus avides de rendement peuvent se tourner vers les fonds communs de placement en Bourse. Les fonds monétaires – qui sont les fonds les plus stables en termes de volatilité – affichent pour bon nombre d’entre eux des rendements négatifs. En cause, la performance dérisoire en raison des taux d’intérêt très bas, auquel il faut soustraire les commissions fixes de gestion. Il reste alors les fonds obligataires – qui peuvent pâtir de la hausse des taux d’ici un ou deux ans – et les fonds actions.
    Les gagnants sont les Etats; ils profitent actuellement de la répression financière. Il s’agit là d’une ancienne pratique qui permet à un Etat, grâce à des taux d’intérêt très bas, de rembourser plus facilement sa dette. Petit exemple. Supposons que le PIB d’un pays soit de 100 milliards de dollars, et que sa dette soit de 120 milliards: cela représente un ratio dette/PIB de 120%. Si l’année prochaine la croissance du PIB est de +2%, cela signifie que le prochain PIB sera de 102 milliards. Si vous ne remboursez rien de votre dette et que vous renouvelez le prêt sur un an avec un taux d’intérêt à +1%, cela veut dire que l’année prochaine vous devrez rembourser une dette de 121 milliards. Votre ratio dette/PIB a baissé: la dette ne représente plus que 118% de la production. L’astuce est de fixer les taux d’intérêt à un niveau inférieur à la croissance du PIB. Si vous faites cela, et que vous ne remboursez aucune partie de votre dette – à chaque fois vous la renouvelez pour un an de plus – vous vous rendrez compte que le ratio d’endettement baisse. C’est cela la répression financière: c’est fixer des taux d’intérêt plus bas que la croissance, pour faire en sorte que le ratio d’endettement baisse d’année en année.
    Historiquement, trois moyens ont été utilisés pour rembourser des dettes publiques devenues gigantesques. Il y a le mélange d’austérité et de mesures pour relancer la croissance, il y a la guerre pour s’emparer rapidement de richesses nécessaires au remboursement, et enfin, il y a la monétisation de la dette qui consiste à faire imprimer des billets par la banque centrale et les donner aux créanciers, créant ainsi de l’inflation. La méthode de répression financière présentée précédemment pour faire baisser le poids d’une dette tentaculaire sur l’économie, est un moyen moderne de procéder. C’est cette solution qui fut utilisée par les Américains pour faire baisser leur ratio d’endettement après la Seconde Guerre mondiale. En 1946, au lendemain du conflit, le ratio dette/PIB culmine à 120%. Les Américains conservent des taux d’intérêts très bas jusqu’au années 70; les taux d’intérêt sont inférieurs à la croissance du PIB de plus de 4% en moyenne. Cela permet à la dette de chuter en proportion du PIB à 33% en 1973.

    A qui profite le crime?

    Qui profite pleinement de la situation de taux bas actuelle? Les États profitent de cette période de taux bas pour pratiquer de la répression financière et rembourser leurs dettes. Les fonds d’investissements et les particuliers – suffisamment aisés pour investir en Bourse – ont profité de la hausse du prix des actifs. Les petits particuliers qui ont une tolérance au risque très faible et qui tiennent à la sécurité de leur principal, préfèrent des produits garantis plutôt que des investissements boursiers en direct. Les taux sur ces produits garantis étant très faible, ce sont eux qui souffrent de la situation actuelle. Ils portent le poids du fardeau de la dette accumulée et de la crise financière. Entre-temps, ces mesures de taux bas restent indispensables pour relancer la croissance économique, qui est toujours anémique dans certaines régions. Coincés entre un taux de chômage élevé, et des taux bas, les épargnants européens continuent de payer le prix de la crise. Finiront-ils par remettre en cause la construction européenne sous sa forme actuelle? Telle est la question.

     

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