×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Société

Vacances pour tous
Une journée à l’école Lalla Aïcha Al Bahrya

Par L'Economiste | Edition N°:2343 Le 18/08/2006 | Partager

. 200 jeunes de quartiers difficiles de Casablanca apprennent à vivre ensemble. Une école délabrée. Attention au phénomène ghetto«Oui, je suis content d’être ici. C’est pour la première fois que je passe mes vacances près de la mer». Adil, 10 ans de Sidi Bernoussi, a le regard grave des adultes et les gestes de l’insouciance des tout petits. Il gambade à en perdre haleine dans la cour de l’école d’Azemmour, «Lalla Aïcha Al Bahrya», là où près de 200 petits (115 garçons et 62 filles) de 8 à 14 ans passent deux semaines, dans la joie et la bonne humeur.Ces enfants viennent des quartiers défavorisés de la métropole casablancaise: Al Hank, Sidi Moumen, Bouskoura, Nouasseur, Sidi Bernoussi, Hay Mohammadi, Derb Sultan, etc. Certains découvrent pour la première fois ce qu’est une brosse à dents, ou un dentifrice…Ces jeunes sont encadrés par 10 professionnels associatifs, formés par le secrétariat d’Etat de la Jeunesse. Pour ces bénéficiaires, le programme «Vacances pour tous» court sans incident majeur, mis à part quelques bobos, soignés par un médecin bénévole de Casablanca.Le drame qui a coûté la vie à six petites filles à Ifrane l’année dernière n’aura pas dissuadé les parents d’envoyer leurs enfants aux colonies de vacances. Bouchaïb Mhamka, l’un des encadrants et aussi membre fondateur de l’association des jeunes de Sidi Moumen, explique que ces enfants, «bien que difficiles à gérer de par leurs caractères, sont épanouis et se défoulent pleinement pendant ces 15 jours».Adil a rencontré dans cette «colo» son ami «pour la vie», dit-il avec ses mots; il s’amuse, chante, danse, dessine, joue dans des pièces de théâtre, fait le malin devant ses amis, et se baigne dès qu’il le peut…et s’il reste sage (cf. encadré punitions).Oui, ce seront de belles vacances pour lui avec un coût dérisoire: 15 DH par jour tout compris, subventionné par le département de la Jeunesse. Les associations encadrantes complètent souvent la dotation en donnant des denrées pour l’alimentation et pour le séjour (lait, conserves, etc.). Et l’on fait avec les moyens du bord…Le site est rudimentaire. Les fragiles classes de l’école sont aménagées en dortoirs, réfectoire, infirmerie, etc.Mardi dernier, une visite de Mohamed M’jid, le président de la fondation, du même nom, à la plus vieille école de la ville (bâtie en 1896) a permis de constater cette ruche de joies d’été. Ce, malgré l’allure délabrée de l’école. On dirait un vieux goulag mal entretenu. D’ailleurs, l’on se demande avec circonspection, comment font les petits écoliers zemmouris, qui, eux, y passent toute l’année (cf. encadré). Voilà «vacances pour tous», le programme du ministère de la Jeunesse, donne des satisfactions à des jeunes qui n’auraient pas eu les moyens de dire à la rentrée scolaire, d’écrire la fameuse expression écrite «racontez vos vacances».«Le mieux est l’ennemi du bien», dit l’autre. Arriver à faire rêver et voyager un enfant avec 15 DH par jour (la subvention accordée par le département d’El Gahs) est plus qu’un challenge! Et c’est même génial pour ces enfants. Plus, c’est une rupture réelle par rapport au passé où jamais personne n’a cherché à rendre populaires et démocratiques des vacances.Mais faut-il pour autant arrêter le débat à ce niveau? Faut-il pour autant éluder l’aspect de «ghettoïsation» de ces petits, et le risque –cruel- de porter une étiquette pour longtemps? Bien entendu, ces petits s’amusent, voient peut-être pour la première fois la mer…et il ne s’agit pas de tuer l’initiative, mais de l’améliorer. Ces enfants n’ont pas besoin de pitié, encore moins que l’on souligne leurs différences sociales. Il est évident que ces jeunes vivent le phénomène à leur échelle de la «ghettoïsation»: les démunis avec les démunis… Les probables dégâts collatéraux de cette stigmatisation ne sont pas débattus. Ne peut-on concevoir une colonie de «Vacances pour tous», où justement «tous» serait ce melting-pot du Maroc sans discrimination sociale?Si le démuni est démuni, son association peut alors le proposer pour que l’Etat le subventionne pour aller dans une colonie où l’étiquette «Vacances pour démunis» ne lui collerait pas sur le dos… Car il n’y a rien de pire que les étiquettes que l’on porte toute sa vie, et surtout celles qu’on ne choisit pas.


Punitions: Eplucher les oignons

Les encadrants des petits reçoivent une «valise de l’encadrant», dans laquelle il y a les chansons, les ateliers, les méthodes pédagogiques à appliquer. «Nous avons deux priorités absolument cruciales en tant qu’encadrants: veiller à ce qu’aucun enfant n’ait jamais faim, et interdiction formelle de les frapper ou de les toucher pour les punir», dit Bouchaïb Mhamka, militant associatif.Celui-ci explique qu’il est difficile de gérer les caractères de jeunes impulsifs, impétueux, fougueux et qui ne tiennent pas toujours en place. «S’ils font des bêtises, nous les privons d’une sortie, nous leur donnons des travaux d’intérêt général: comme éplucher les oignons. Comme ça le petit puni s’en souviendra et fait tout pour ne pas recommencer de bêtises».


M’jid: «J’applaudis, mais halte à la discrimination sociale»

Pour Mohamed M’jid, le président de la Fondation M’jid, dont ses jeunes passent l’été à la colonie d’Azemmour, «on ne peut que saluer l’initiative (ndlr: de l’opération «Vacances pour tous») car elle permet à des jeunes de différentes régions de découvrir enfin le Maroc, de se connaître entre eux, enfants». Elle permet à certains de «découvrir pour la première fois la mer, certains même le dentifrice et la brosse à dents», poursuit Mjid, pour qui «Vacances pour tous» est à encourager à améliorer au niveau de l’infrastructure, au niveau de l’alimentation, et au niveau de la sécurité et au niveau de la formation en commençant par mieux former les encadrants».Mjid estime qu’il «faut quand même que ces jeunes qui débarquent des quartiers populaires, de leurs montagnes, rencontrent d’autres jeunes Marocains comme eux, mais d’un autre statut bénéficiant d’autres moyens, d’autres privilèges». Autrement dit créer ce melting-pot qui crée l’égalité des chances et qui fait connecter une société entre ses différentes composantes… Lesquelles “doivent en tirer des leçons. Ceux qui n’ont rien voient ceux qui en ont beaucoup et ceux qui en ont beaucoup découvrent qu’il y en a beaucoup qui n’ont rien», poursuit le militant associatif. Selon lui, «le rôle des dirigeants est de doser et penser à combler ce fossé, à établir un équilibre au sein des adultes de demain».


Ce que font les enfants en une journée

Le programme de la colonie de vacances installée à l’école Lalla Aïcha Al Bahrya est le suivant: 07h00: réveil. Les encadrants veillent à la toilette des enfants en leur apprenant les gestes de propreté.07h30: réunion générale à la cour pour pousser la chansonnette (hymne national bien y compris); 08h15: petit-déjeuner. Jusqu’à 9h00 les petits vont faire leur lit, certains groupes nettoient les réfectoires, d’autres s’occupent des toilettes, ou encore nettoient la cour; 10h00: sortie à la plage ou à l’Oued Oum Errabie. Sur deux semaines, les petits y vont un jour sur deux en moyenne. Le jour où il n’y a pas plage, les enfants s’affairent dans des ateliers de peinture, de dessin, des travaux manuels (fabrication de décorations, de babouches…)13h00: déjeuner. Puis sieste et repos jusqu’à 16h0016h30: goûter composé d’un yogourt, un biscuit, ou un fromage et d’un verre de lait. L’après-midi est consacrée aux sorties dans la ville ou aux jeux de groupes: danse, préparation des fêtes du soir. Les enfants passent la soirée à jouer, chanter, écouter les blagues et les contes des encadrants jusqu’à peu près minuit. La colonie est composée de plusieurs sous-groupes sous la responsabilité des dix encadrants. Chaque groupe innove en proposant ses propres thématiques. Ils se donnent un thème qu’ils déclineront (ou tenteront de le faire) tout le long du séjour. La thématique générale de l’opération «Vacances pour tous 2006» est la citoyenneté. Chaque petit groupe constitué d’une quinzaine de petits s’empare du concept et en fait le fil directeur des activités des vacances. Ainsi, les petits groupes de l’école Lalla Aïcha Al Bahrya sont: assoulouk (le comportement), attassamouh (pardon), etc. Mouna KADIRI

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc