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Politique

Urgences: Il faut passer à la caisse d’abord!

Par L'Economiste | Edition N°:1796 Le 23/06/2004 | Partager

. Avant tout soin, il faut payer… et aujourd’hui, payer plus. Des augmentations décriées par les petites bourses. Et aussi par le corps médical, qui les dénonce en entamant une grève Lundi après-midi, il doit être 15h, la scène se déroule dans ce que l’on pourrait appeler une salle d’attente aux urgences de l’hôpital Bouafa(1) à la préfecture El Fida Derb Soltane. Une femme d’un certain âge accompagne son fils, la trentaine, qui a le crâne fracassé. En pleurs, elle explique qu’en pleine crise de démence, son fils s’est cogné la tête contre la fenêtre. “Il ne savait pas ce qu’il faisait, on lui a fait boire du thé avec du karkoubi”, dit-elle, essayant de justifier sa conduite. Elle se présente à la porte des urgences, un vigile la refoule. Quel que soit l’état de santé du malade, il faut d’abord passer par le bureau d’enregistrement. Derrière son guichet en verre sale, le responsable de l’accueil somnole. On dirait qu’on le dérange en pleine sieste. Laconiquement, il demande la pièce d’identité du patient. Malheur à lui s’il ne l’a pas. Il risque de croupir dans la salle d’attente avant qu’on ne s’occupe de lui. Deuxième étape après l’enregistrement, le passage à la caisse. Il faut payer avant de se faire soigner. En attendant, le blessé continue de s’affaiblir. C’est aussi une étape cruciale parce que la plupart ignorent encore tout de la récente augmentation des tarifs (voir encadré). Et c’est là que les choses se compliquent. Un dialogue de sourds commence alors et on en oublie presque le malade malgré ses gémissements à fendre le cœur. La maman poule essaye de négocier. Elle essuie un niet catégorique de la part du caissier. Il est hors de question que le blessé soit examiné avant de payer. Il ne le sera pas de toute façon sur place puisque l’interne de garde n’est pas encore là. Les nombreux patients présents se joignent aux négociations. Normal, la pilule des augmentations n’est pas encore passée. “Mais nous n’avons pas le choix. Nous adresser au privé nous coûtera nettement plus cher”, expliquent-ils. “Pourvu qu’on soit mieux soigné”, ajoute un jeune homme, un brin de révolte dans la voix. Il essaye de convaincre les plus vieux d’exiger de meilleurs soins et une meilleure prise en charge. Peine perdue, difficile de faire admettre à ces indigents la notion de citoyenneté. Le civisme n’est pas leur fort, ils ont d’autres chats à fouetter. La peur des blouses blanches ou tout ce qui peut être assimilé au makhzen en général est encore très ancrée dans les mentalités. “Ils ont appelé “larafe” hier pour une dame qui a refusé de payer”, rétorque une femme d’un certain âge, en hochant la tête gravement. “Ce qu’ils ignorent encore, c’est que même le certificat d’indigence est remis en cause”, explique un médecin. Ces augmentations n’ont touché que les centres hospitaliers régionaux, pour les aligner sur les tarifs en vigueur aux CHU. “Sauf que les prestations ne sont pas les mêmes”, ajoute-t-il. Depuis l’introduction de cette hausse, les mêmes scènes se répètent dans tous les CHR. De Moulay Youssef, en passant par Bouafa ou encore BMSO (Ben Msik Sidi Othmane que les riverains appellent communément Kandahar), le malaise est grandissant. “Convaincre les gens de payer relève de l’utopie”, explique un infirmier. “Il ne manquerait plus qu’on nous fasse payer l’école aussi”, s’indigne le rebelle essayant de prendre son mal en patience. Il faut dire que l’attente peut s’avérer longue. Sous le préau aménagé en salle d’attente, deux bancs, de quelques mètres chacun, accueillent les patients et leur famille. On s’y entasse tant bien que mal. Ceux qui ont moins de chance sont assis à même le sol. Une sorte de solidarité s’installe et chacun y va de sa petite histoire, en attendant une hypothétique prise en charge. C’est incroyable ce que les langues se délient dans des circonstances pareilles. Une femme enceinte, un beau cocard à l’œil gauche, raconte comment son voyou de mari l’a tabassée, la poussant dans les escaliers. Outrées, quelques unes lui demandent comment elle peut supporter ce genre de calvaire, ne serait-ce que pour son bébé…Il y a ceux qui ne nécessitent pas une consultation d’urgence, c’est ce qu’on appelle les fausses urgences. “Ils ralentissent le travail”, explique un interne. “Avec l’augmentation des tarifs, ces fausses urgences vont diminuer drastiquement”, ajoute-t-il. En tout cas, pour ceux qui s’attendent à un comportement différent de la part du personnel hospitalier suite à l’introduction des augmentations, c’est la déception totale. Partout, c’est la même indifférence qui règne. Pour qu’on s’occupe de vous, deux solutions se présentent. Faire un scandale et là c’est à vos risques et périls. Ça peut marcher comme ça peut ne pas marcher. Ou alors graisser la patte à n’importe qui. Là, ça marche à tous les coups. Une troisième alternative peut s’avérer payante. Sauf qu’il faut appartenir au sexe faible. Une petite œillade par-ci par-là et le tour est joué. Bienvenu dans le Maroc d’en bas.


Le ras-le-bol des blouses blanches

Depuis l’augmentation des tarifs, le 24 mai dernier (www.leconmiste.com), c’est surtout aux urgences que cela se complique. “Les patients sont obligés de payer avant de se faire admettre. Ce qui est aberrant”, nous explique un interne. D’ailleurs, cette mesure est une des causes à l’origine de la grève prévue aujourd’hui par l’ensemble du corps médical toutes tendances syndicales confondues.“Un patient qui a besoin de se faire admettre aux urgences n’a peut-être pas eu la présence d’esprit de prévoir de quoi payer”, ajoute cet interne. “La décision du ministère peut se justifier: les soins reviennent cher, le matériel aussi… mais on ne doit pas occulter le fait que ces populations n’ont pas toujours les moyens de payer”. Et ce n’est certes pas une hypothétique application de l’assurance-maladie obligatoire qui changera quoi que ce soit”, explique un autre. “De toutes les façons, l’AMO personne n’y croit, pour 2005 en tout cas”, ajoute-t-il désabusé. En attendant, ce sont les pauvres qui paient les frais d’un système en panne. Pour certains soins, cette augmentation est de l’ordre de 300%. Une véritable hérésie. La décision du ministère de la Santé a provoqué la colère des populations. “Même les indigents doivent dorénavant payer”. En dehors du problème des augmentations tarifaires, le malaise des blouses blanches a plusieurs origines: un manque flagrant de personnel, surtout infirmier, mais aussi un manque de matériel et des conditions d’exercice des plus difficiles. En plus de ces revendications, les grévistes exigent la création de deux ou trois nouveaux grades au-dessus de l’hors-grade. Ils veulent aussi des indemnités de garde pour les médecins. En ce qui concerne les infirmiers, promise depuis 2000, cette revendication n’est pas encore satisfaite. Fédoua Tounassi

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