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Culture

Un Moyen-Orient bien tranquille
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2796 Le 11/06/2008 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’Armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er Régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet, dont «La guerre au XXe siècle» (Hachette 2003), «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», (Editions Complexe, 2004)Au Moyen-Orient, un jour, le ton est à la guerre, un autre -ce peut être le lendemain- est à la paix. Vendredi 6 juin, de retour de Washington, le Premier ministre israélien, Ehoud Olmert, laissait entendre qu’une vaste opération contre Gaza allait être lancée pour tenter de stopper les tirs de roquettes en direction du territoire israélien. La veille, le ministre de la Défense, Ehoud Barak, déclarait l’opération «Gaza» plus imminente que jamais. Le même jour, le vice-Premier ministre, Shaul Mofaz, ancien chef d’état-major, ministre des Transports et possible successeur d’Olmert, affirmait que si Téhéran poursuivait son programme d’armes nucléaires: «nous serons contraints d’attaquer l’Iran». Ces déclarations belliqueuses intervenues au moment où M. Olmert se trouvait à la Maison-Blanche ont inquiété les chancelleries. La visite à Washington du chef du gouvernement israélien aurait eu pour objet d’obtenir le feu vert, le soutien, voire la participation de George W. Bush. Face à l’inefficacité des sanctions contre l’Iran, Israël entendrait profiter des derniers mois qui restent à l’actuel président des Etats-Unis pour entrer en action. Toutefois, ces rumeurs de guerre ne sauraient se concrétiser sans un contexte favorable. Ce n’est le cas, ni en Israël, ni aux Etats-Unis. Le désir des néo-conservateurs américains a beau être, sans nul doute, de «terminer le travail» en anéantissant les installations nucléaires iraniennes, il est très improbable que le mandat de George W. Bush, déjà marqué par le fiasco irakien, s’achève par un bombardement de l’Iran.Bien des faits militent au contraire en faveur d’un non-emploi de la force. Les difficultés de mise en œuvre de semblables projets sont considérables; les vrais motifs manquent; l’impuissance politique des responsables est patente. La région pourrait même être à la veille de bouleversements aussi spectaculaires qu’imprévus.Si Israël veut attaquer Gaza ou bombarder l’Iran, avec ou sans les Etats-Unis, la dernière chose à faire serait de l’annoncer à l’avance. Une fois avertis, le Hamas et les Iraniens auraient tout loisir, l’un de se préparer au choc, les autres de mettre à l’abri leurs équipements les plus sensibles. Un Etat démocratique n’emploie la force que si sa sécurité est gravement menacée. Est-ce le cas? Certes, il est désagréable de voir ses populations sous le tir de roquettes sans pouvoir le faire cesser. Cependant, ces fusées ont une efficacité militaire très limitée; les pertes et dégâts occasionnés sont marginaux. Difficile d’imaginer un assaut contre Gaza tant il serait coûteux en pertes humaines, désastreux en termes d’image, et probablement impossible à réussir sauf à anéantir l’adversaire et sa population, ce qui est évidemment hors de question. Un bombardement de l’Iran serait aussi problématique. Les installations nucléaires du pays sont ou bien enterrées, ou bien disposées au cœur des villes, au milieu de leurs habitants. De plus, la culpabilité de l’Iran n’est pas démontrée. Les Etats-Unis et Israël peuvent obstinément dénoncer les ambitions nucléaires militaires de Téhéran, rien n’est avéré. Vladimir Poutine a des doutes. Interrogé à Paris la semaine dernière sur le point de savoir si l’Iran entendait se doter de l’arme atomique, le nouveau Premier ministre russe a déclaré n’y pas croire puisque rien ne l’indique. Pour M. Poutine, la Russie, opposée à un Iran nucléarisé, s’emploierait à l’éviter. Des hostilités contre l’Iran entraîneraient une très forte hausse des prix du brut, déjà à des sommets, et de graves déséquilibres au sein de l’économie mondiale. S’y risquer serait folie. MM. Bush et Olmert ne sont pas fous. Ils sont en revanche politiquement affaiblis. Le premier termine un mandat catastrophique, le second peut être inculpé d’un jour à l’autre pour corruption. Le moyen de faire la guerre dans ces conditions! A ces doutes et ces spéculations s’ajoutent plusieurs faits nouveaux, surprenants mais bienvenus. Il y a le rapprochement entre le Hamas et l’OLP, la visite du Premier ministre irakien en Iran et l’accueil chaleureux qui lui a été réservé, l’émergence à Téhéran d’une opposition politique déterminée au président Mahmoud Ahmadinejad, l’autorisation accordée à l’Agence de Vienne de venir inspecter en Syrie un site détruit par Israël en septembre 2007, suspecté d’avoir hébergé un réacteur nucléaire clandestin. Cette même Syrie, on le sait, est engagée dans des négociations de paix avec Israël. Celles-ci seraient suffisamment avancées pour qu’une première rédaction des termes de l’accord ait été entreprise. Le président Bachar al-Assad semble avoir engagé son pays dans une politique de rapprochement avec les pays arabes modérés ainsi qu’avec l’Occident. Son chef des services secrets, qui est aussi son beau-frère, connu pour son opposition à cette manière de voir, vient d’être renvoyé. On évoque ces jours-ci l’ouverture d’une ambassade de Syrie au Liban. Si elle était confirmée, la nouvelle serait d’importance, puisqu’elle signifierait la reconnaissance par Damas des frontières du Pays du cèdre, lesquelles ont amputé le territoire syrien lors de la création du Grand Liban en 1920 par la France, puissance mandataire. Et c’est justement en direction de Paris que Damas a peut-être accompli son geste le plus significatif. L’agence syrienne de presse a en effet publié dimanche un communiqué de la présidence se félicitant de la présence à Beyrouth du président Nicolas Sarkozy et de ses propos. A notre connaissance, c’est la première fois depuis des décennies que l’Etat syrien approuve ainsi une initiative de la France au Liban. Depuis cinquante ans, d’un président à l’autre, Paris n’a cessé de prôner l’indépendance, l’intégrité et la souveraineté du Liban. La présence samedi au palais de Baabda des chefs des partis français, majorité et opposition mêlées, était l’expression, à la fois symbolique et concrète, d’une politique que la Syrie avait jusqu’à présent toujours combattue.Comme l’avait écrit un jour Antoine de Saint-Exupéry, alors qu’à l’occasion d’un reportage sur la guerre d’Espagne il avait été appréhendé par des miliciens républicains et qu’il avait suffi d’un sourire de l’un d’eux pour transformer une atmosphère plutôt tendue: «Rien n’avait changé, tout était changé». Au Liban, nombreux sont les citoyens à avoir noté le sourire de la Syrie. Ce n’est encore rien mais c’est déjà beaucoup!


La République libanaise

- 1920-1943. A l’issue de la Grande guerre, le Liban, possession ottomane, et la Syrie sont confiés à la France, avec mandat de conduire ces deux pays à l’indépendance.- 1er septembre 1920. Proclamation du Grand Liban, lequel inclut outre le Mont Liban, le nord et le sud du pays prélevés sur la Syrie ainsi que la plaine de la Bekaa.- 1922. Le Liban est doté d’un Conseil représentatif, puis en 1925 d’une constitution. - Juin-juillet 1941. De durs combats opposent Britanniques et Français libres aux troupes de Vichy qui doivent rembarquer. - 1943. L’indépendance est proclamée. Un Pacte national institue un système politique confessionnel répartissant les pouvoirs entre maronites, sunnites, chiites, druzes, catholiques et orthodoxes.- 1946. Les troupes françaises évacuent le pays.- 1958. Des Marines américains débarquent à Beyrouth, sur demande du président Chamoun pour mettre un terme aux combats entre partisans et opposants à l’adhésion du Liban à la République arabe unie.- 1968. Des commandos israéliens détruisent 13 avions sur le tarmac de l’aéroport de Beyrouth.- 1970. Septembre noir. Les milices palestiniennes se replient au Liban avec le feu vert de la Syrie. Le Liban devient le seul pays arabe où l’OLP peut agir librement.- 13 avril 1975. Des phalangistes (chrétiens) mitraillent un autobus et tuent 27 passagers, palestiniens pour la plupart. C’est le début de la guerre civile.- 1er juin 1976. L’armée syrienne entre au Liban, appelée par le président de la République libanaise. Elle va y rester trente ans.

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