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International

Un FMI bien-aimé?
Par Dani RODRIK

Par L'Economiste | Edition N°:3016 Le 04/05/2009 | Partager

Dani Rodrik est un des économistes contemporains les plus opposés au libre-échange, sans pour autant être favorable à un rôle très important des Etats. Il conteste que ce soit un moyen d’accéder au développement. Professeur d’économie politique internationale à la John F. Kennedy School of Government de l’université d’Harvard, Rodrik est le premier lauréat du prix Albert O. Hirschman du Social Science Research Council. Son dernier livre vient d’être traduit en français, sous le titre «Nations et mondialisation» (La Découverte). Pour lui, le développement vient des changements structurels, ce que le marché est incapable d’accomplir. Rodrik observe que les pays les plus ouverts ne sont pas ceux qui se sont le plus développés et que parmi ces pays ouverts, il existe des échecs. On trouvera aussi ses théories dans la Review of Economics and Statistics. On peut discuter avec lui (en anglais) sur [email protected].La crise a changé bien des choses pour le Fonds monétaire international. Cette institution importante mais mal-aimée, emblématique de ces dispositifs créés après-guerre pour veiller sur l’économie mondiale, semblait, il n’y a encore que quelques mois, vouée à l’insignifiance.Le Fonds était depuis longtemps devenu le souffre-douleur de la gauche, comme de la droite. La première le trouvait trop sourcilleux sur les questions budgétaires et trop arc-bouté sur l’orthodoxie économique, la seconde lui reprochait sa figure de sauveur des nations endettées. Les pays en développement le consultaient à contrecœur, tandis que les pays les plus avancés l’ignoraient, n’ayant pas d’argent à lui demander. Ses réserves, rendues dérisoires par la profusion des capitaux privés d’aujourd’hui, en faisaient, semble-t-il, un anachronisme.Et, quand certains des plus grands débiteurs du FMI (le Brésil et l’Argentine) ont commencé, il y a quelques années, à solder leurs dettes, sans nouveaux emprunteurs à l’horizon, on pouvait se dire qu’il mettait le deuxième pied dans la tombe. Il avait perdu sa raison d’être et, en prime, sa source de revenus semblait se tarir. Dégraissant ses budgets, se mettant à réduire ses effectifs, il se voyait confier de nouvelles responsabilités, dont la surveillance des «manipulations monétaires», mais ses débats s’avéraient pour la plupart coupés de la réalité.La crise lui a donné un coup de fouet. Avec à sa tête un directeur général compétent, Dominique Strauss-Kahn, le Fonds a été l’une des rares agences internationales à ne pas s’essouffler derrière le mouvement, mais à le précéder, avec sa ligne de crédits d’urgence permettant de faire des versements éclair aux pays dont la politique était jugée «raisonnable». Le FMI s’est fait l’ardent défenseur d’une politique budgétaire globale de relance de 2% du PIB mondial, un parti pour le moins remarquable, compte tenu du conservatisme qui est traditionnellement le sien sur les questions budgétaires. Et, avec l’imminence du sommet du G-20 à Londres, il a procédé à la refonte intégrale de sa politique de prêt, assouplissant la conditionnalité classique et facilitant l’éligibilité de certains pays aux prêts.L’autre bonne nouvelle, c’est que les Européens renoncent à leur prérogative sur la nomination au poste de directeur général du FMI (ainsi que l’ont fait de leur côté les Américains pour la présidence de la Banque mondiale). Les futurs dirigeants seront désormais soumis à un «processus de sélection ouvert, transparent et fondé sur le mérite», ce qui sera la garantie d’un meilleur leadership (même si Strauss-Kahn s’en acquitte de façon exemplaire) et, aux yeux des nations émergentes, d’une légitimité accrue pour les deux institutions.Le FMI reprend donc sa place, au centre de l’univers économique. Sur quels choix fixera-t-il sa toute nouvelle puissance?On peut craindre qu’il ne fasse, une fois de plus, un usage abusif de la carte qu’il a entre les mains. C’est ce qui s’est produit dans la deuxième moitié des années 1990, quand le FMI s’est mis à prêcher la libéralisation du marché des capitaux, qu’il a, par temps de crise asiatique, administré d’astringents remèdes d’austérité budgétaire, et essayé, à lui seul, de refaçonner les économies asiatiques. L’institution a convenu depuis de ses erreurs dans toute cette région, mais reste à voir si elle en a pleinement tiré les leçons, et si le futur FMI sera plus doux, plus gentil, ou rigide et doctrinaire.Les pays en développement, c’est presque certain, pourront davantage s’exprimer sur la manière dont le FMI s’y prend, et on ne peut que s’en réjouir. Les pays pauvres devraient ainsi bénéficier d’une écoute plus favorable.Mais si l’on se borne à donner un plus grand pouvoir électoral aux pays en développement, sans que, parallèlement, la culture organisationnelle du FMI ne change, la différence sera négligeable. Le Fonds compte dans ses rangs un grand nombre de fins économistes, qui n’ont pas de vrai contact avec (ni d’appréciation sur) les pays sur lesquels ils travaillent et leurs réalités institutionnelles. Leur expertise professionnelle n’est due qu’à l’excellence de leurs diplômes, et non à leurs performances sur le terrain de la politique. Cela les dispose à être arrogants et à éprouver un sentiment de supériorité envers leurs homologues - des acteurs de la politique qui jonglent entre multiples priorités et objectifs complexes.Contrecarrer cet état des choses exige de la direction du FMI qu’elle ait la volonté d’agir en amont, au niveau des recrutements, affectations et promotions de son personnel. Engager en nombre des personnes en deuxième partie de carrière, pourvus d’une véritable expérience dans les pays en développement, serait un choix qui aurait pour effet de répandre chez les membres du FMI une plus forte conscience de la valeur qu’ajoute la connaissance du terrain, face à la seule expertise théorique. Délocaliser une partie du personnel, y compris celui des secteurs fonctionnels, vers des «bureaux régionaux» sur le terrain, en serait un autre. Ce remaniement serait sans doute voué à rencontrer une formidable résistance de la part de collaborateurs qui se sont habitués aux avantages dont jouit l’establishment washingtonien. Mais un contexte ne s’apprécie qu’en y vivant. La Banque mondiale a entrepris une décentralisation analogue il y a quelques temps, qui a eu pour résultat d’améliorer ses services auprès de ses clients (sans que cela présente de difficultés pour recruter des gens de haut niveau).C’est un tournant décisif pour le FMI. La communauté internationale attend beaucoup du jugement et des performances du Fonds. Celui-ci, pour mériter pleinement cette confiance, sera tenu de procéder à ces réformes internes.


Nouveaux moyens, nouvelles responsabilités

A l’issue de la réunion de Londres, le FMI a vu ses moyens devenir beaucoup plus importants et de nouvelles responsabilités lui incomber. Le G-20 s’est engagé à tripler sa capacité de prêt (de 250 à 750 milliards de dollars), à émettre de nouveaux Droits de tirage spéciaux (instruments de réserve créés à partir d’un panier de grandes monnaies) d’une valeur de 250 milliards de dollars, et à autoriser le Fonds à emprunter si nécessaire sur les marchés de capitaux (ce qui est inédit). Le FMI a également été mandaté, avec le Forum de stabilité financière, une autre grande agence fraîchement rebaptisée Conseil de stabilité financière et dont le mandat a été élargi, pour alerter des risques macroéconomiques et financiers et faire des préconisations en matière de politique à mener.Copyright: Project Syndicate, 2009. www.project-syndicate.orgTraduit de l’anglais par Michelle Flamand

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