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    Tazmamart… Côté femmePar Rabéa BENNOUNAVingt-troisième épisode: Le premier signe des morts-vivants

    Par L'Economiste | Edition N°:1167 Le 19/12/2001 | Partager

    . Résumé des épisodes précédentsLe fils du capitaine Belkbir a grandi. Pendant que son père croupit à Tazmamart, il a suivi toutes ses études jusqu'à la faculté de Fès. La “paranoïa étatique” a fait qu'il n'a jamais pu obtenir ses papiers pour suivre des études à l'étranger, bien qu'il ait réussi des concours et que sa mère comme sa grand-mère appartiennent à une grande famille de Fès. A Fès, le climat estudiantin s'est tellement dégradé en cette fin des année 80 qu'il faut partir pour Casablanca.Des rumeurs de toutes sortes amplifièrent le sentiment de peur chez l'étudiant de la faculté de Fès. La famille Bennouna jugea plus sage de transférer le fils à Casablanca où la confrontation entre quaâydiyines et crancriynes prenait une tournure moins sanglante, mais tout aussi tendue.Entre la peste et le choléra…Il partit s'installer chez la grand-mère maternelle déjà établie à Casablanca où il s'inscrivit à l'Université Hassan II.En effet, après la cession de la ferme familiale de Sefrou vers la fin des années 60, la veuve du f'qih Bennouna quitta Fès de temps en temps pour la capitale économique du pays où elle et son défunt mari ont tant donné.. Le temps de la déprimeDe nouvelles fréquentations donc, de nouveaux murs, de nouveaux espaces assouplirent sa charge psychologique. La question paternelle fut mise momentanément en hibernation.Il obtint finalement sa licence au bout de deux ans à l'âge de 21 ans.Madame Bennouna, ex-épouse Belkbir, sa mère et son fils avaient l'occasion de se ressourcer chaque fin de semaine à Fès. Cinq jours d'une lugubre solitude renouvelable chaque dimanche soir.La présence maternelle et filiale permettait au moins d'amortir l'épreuve solitaire. Malgré ce réconfort, les idées noires la gagnèrent. Elle sentit que le temps était contre elle.Elle commença à sentir le poids des ans, la lourdeur de la responsabilité, la vacuité d'un quotidien abrutissant, torturant et sans pitié et naturellement la fin d'un horizon nommé espoir.N'eût été une personne, elle aurait sombré dans le désespoir.Un seul et unique être. Présent depuis le premier jour.Dont le soutien ne lui fut jamais démenti bien au-delà des deux décennies d'épreuves.De ces êtres que le bouleversement de conjoncture n'affecte en rien les principes d'amitié, de soutien et d'assistance désintéressée.Sans elle, la surface de son quotidien allait se prendre une triple couche de noir. Grâce lui soit rendue.Juin 1991. Fès sous le soleil estival cédait à son habituel sort de fournaise.Une chaleur à avachir l'intelligence, une chaleur à pousser Moulay Driss hors de son mausolée et d'y retourner après sa fructueuse intercession avec le Tout-Puissant pour l'implorer à plus de miséricorde climatique pour le joyau spirituel du Maroc.L'ex-épouse du capitaine Belkbir pâtissait d'un ramollissement général.Elle était à l'orée des vacances et cette proximité accentuait l'anxiété en elle. Toujours ce sentiment frustrant dans ces moments qui sont faits pour être partagés en famille.Elle trouva refuge cependant dans le presque frais patio en attendant les heures plus clémentes. Seule comme à son habitude, elle était sur le point de rejoindre les siens à Casablanca.Une sonnerie suivie d'une succession de coups à la porte. C'était une collègue, professeur d'anglais. Porteuse d'une nouvelle, elle ne pouvait plus attendre pour de la divulguer.Elle écoutait une chaîne radio américaine, Voice of America, quand une information relayée plusieurs fois dans la journée annonça que des prisonniers marocains enfermés dans un bagne au sud du pays allaient être incessamment relâchés.Puis… plus rien. Fin de citation.. Un écho, un seulUn moment, l'ex-épouse Belkbir mit ça sur le compte du coup de soleil, sans plus. Il lui a fallu répéter plusieurs fois l'annonce pour la faire démentir aussitôt.“- Qu'est-ce que tu racontes ma fille, qu'est-ce que les médias connaissent de ça? Et américains en plus! Tu as certainement dû mal entendre!- Ecoute mon amie, je suis professeur d'anglais. Je sais encore écouter une information, surtout si elle est diffusée plusieurs fois.- Qu'est-ce que tu appelles incessamment?- Moi je n'ai fait que répéter.- Ont-ils cité des sources?- Des sources humanitaires, des ONG, je crois. - Tu sais ma chère amie, je n'ai même plus la force d'y croire. On m'a tellement annihilée durant toutes ces décennies que rassembler ce qui me reste de forces pour en faire un projet d'espoir me paraît une tâche proprement inhumaine.”L'attente. Seule. Fès, l'été.Elle prit le parti de n'aviser que sa mère El Hajja.Elle essaya de trouver dans la presse et les médias étrangers quelque écho sur l'imminente libération, peine perdue, elle n'en récolta qu'un retour résonnant creux.Un moment, l'idée d'entreprendre une mission reconnaissance et vérification à Tazmamart lui traversa l'esprit, histoire de voir ce qu'il en était.Après tout, ce ne serait que la troisième fois qu'elle serait allée affronter les gardiens déguenillés mais en arme!Chaque jour qui s'écoulait lui faisait penser à cette goutte d'eau qui fracassait à chaque chute la tête du prisonnier assis juste au-dessous du robinet fermé à 99%!Soixante jours après l'annonce de son amie, elle se prépara à une nouvelle rentrée scolaire.En fait, c'est à une tout autre rentrée qu'elle devait faire face.Un homme entre deux âges, gris sombre, se présenta vers la mi-septembre 1991 à la maison. Panoplie parfaite de l'officiel de l'ombre.Costume sombre, lunettes de soleil vissées sur le nez, moustache fournie donnant libre cours à la prolifération de poils bâtards…A la traditionnelle question: “chkoune?”, il lui servit deux secs: “ouvrez! ouvrez!”Nullement déconcertée, elle ouvrit la porte d'un air révélant davantage la lassitude que l'intrigue.Il l'aborda correctement, mais sans se présenter, par une salve de questions se voulant précises:“- Etes-vous Rabéa Bennouna? Etes-vous toujours unie par les liens du mariage à Belkbir Abdeltif? Gardez-vous un quelconque contact avec votre ex-mari? Habitez-vous ici? A qui appartient cette maison?”Et quelques deux ou trois autres interrogations puisées dans les références du magasin des questions policières intelligentes. Une fois sa curiosité assouvie, il partit sans demander son reste.Là, peut-être qu'elle palpait quelque chose…. Jeudi 20 décembre 2001: «Tu ne pourras pas le reconnaître»

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