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    Culture

    Des imams françaisPar Guy Sorman

    Par L'Economiste | Edition N°:1167 Le 19/12/2001 | Partager

    Français musulmans, qu'est-ce que cela signifie, comment est-ce vécu? Les intéressés s'expriment peu, les témoignages sont rares, les livres et les films sur le sujet ne procurent qu'une maigre documentation; les anthropologues nous en disent plus sur les Indiens guaranis que sur nos concitoyens venus d'ailleurs et qui partagent ce qu'il est désormais convenu d'appeler la deuxième religion française par le nombre. Lors des récents attentats terroristes et de la rétorsion à laquelle la France participe, peu de musulmans français ont exprimé leur sentiment. Quelques-uns, jeunes en général, ont manifesté une jubilation adolescente; d'autres, des bureaucrates de mosquée, ont condamné la violence avec plus de componction que de conviction; le grand nombre a fait silence. Nous en sommes donc trop souvent réduits au regard extérieur, à parler à la place de ceux qui ne parlent pas. Il nous semble bien que ceux-ci tentent de s'insérer dans la société française, paisiblement pour la plupart, avec quelque goût de la provocation chez d'autres. Le très grand nombre, à l'évidence, ne doute pas que son destin soit lié définitivement à celui de la France. Quelle place l'islam occupe dans leur vie, dans leur vision du monde et dans celle de leur pays de résidence? La question devrait en principe dans un pays laïc où la religion est une affaire privée ne pas nous concerner. Mais l'islam est différent; il l'est dans la mesure où au contraire du christianisme et du judaïsme, il n'a pas contribué à la formation historique de la nation française, sauf en opposition à celle-ci et parce que le principe de laïcité est par essence étranger à l'islam classique. La question ne peut donc pas ne pas être posée.Mais les réponses ne viennent que de l'extérieur. Là, ce n'est pas le mutisme qui menace mais une surabondance des analyses qui nous en apprend souvent plus sur les préférences des commentateurs que sur la réalité religieuse ou sociale des musulmans français. Ce qu'à notre tour nous allons écrire participe donc peut-être aussi de nos préférences. Il me semble en effet que la situation de musulman français doit être difficile à assumer, particulièrement en ce moment. Dans le regard des Français, les musulmans ne sont pas encore tout à fait ressentis comme totalement “comme nous”. Mais sont-ils pour autant musulmans? Les musulmans qui ne vivent pas chez nous en doutent et il suffit à un Français musulman de retourner en Algérie ou au Maroc pour constater combien il est peu musulman dans le regard de ses lointains cousins. La plupart des musulmans de France et plus encore des musulmanes se sont en fait rapidement laïcisés; ils sont beaucoup plus menacés d'acculturation religieuse que par l'intégrisme. Le grand nombre ne parle pas arabe, ne lit pas le Coran et ne garde de l'islam que des souvenirs, des traditions festives plus qu'une véritable pratique religieuse. L'islam s'est dissout dans la société française, suivant en cela un sort très comparable à celui des juifs français qui s'avèrent généralement incapables de lire l'hébreu et dont le judaïsme est plus culturel que spirituel. Sans verser dans le paradoxe, il me paraît que la difficulté des musulmans français tient moins à leur ancrage dans l'islam qu'à leur désislamisation, dans la mesure où cet islam n'est remplacé par rien. Les jeunes musulmans, coupés pour la plupart de leur religion ancestrale, y substituent en effet des comportements qui doivent plus aux Blacks américains qu'à la culture arabe ou kabyle. On ne saurait leur faire grief d'être musulman tant ils le sont peu. S'ils l'étaient plus, ils seraient mieux structurés, plus proches de leurs parents, moins déracinés, plus respectés aussi. Un musulman authentique suscitera toujours en terre d'islam comme en dehors plus d'estime qu'un ex-musulman mieux versé dans le rap que dans le Coran. Cette acculturation des jeunes musulmans n'est pas exempte de nostalgie pour la connaissance perdue. Là encore, le parallèle est troublant avec les juifs de France qui se pressent dans les synagogues le jour de Yom Kippour sans rien comprendre aux rites et prières. Pour le musulman, la période du Ramadan est celle où les souvenirs remontent, où l'on se presse dans les rares mosquées et dans des lieux de prières improvisés. Nul besoin en principe de recourir à un quelconque imam pour dire les prières. En islam, chacun entre à sa guise en relation directe avec Dieu, sans intermédiaire, sans clergé. La réalité sociale est bien différente puisque dans tous les pays musulmans, un clergé de fait, imams auto-institués ou formés, ou bureaucrates désignés par le pouvoir politique, encadrent les fidèles, les guident sur des chemins plus ou moins éclairés et s'arrogent l'interprétation du Coran. Dans cette dérive par rapport aux origines de l'islam, les mollahs se sont souvent constitués en une aristocratie religieuse et les intégristes ont souvent confisqué le sens de l'islam. L'emprise de ces docteurs de la loi, sans autre légitimité théologique que celle qu'ils proclament, sera la plus forte là où les musulmans sont les plus acculturés. Si bien que la meilleure manière de contenir la mollacratie et l'intégrisme serait en fait d'élever le niveau de connaissance des fidèles afin qu'ils retrouvent par eux-mêmes le sens du Coran et en fassent le meilleur usage. Mais en France, le fidèle acculturé, nostalgique et orpehelin du Coran, n'a d'autre recours que d'en appeler aux imams.

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