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Politique

Taïeb Rhafès, une erreur de casting!

Par L'Economiste | Edition N°:1783 Le 04/06/2004 | Partager

. Jamais le département de la Pêche n’a autant multiplié les ratages. Portrait d’un ministre sans grande envergureQu’est-ce qui fait que Taïeb Rhafès est devenu le ministre raté du gouvernement Jettou? Son histoire figurera dans le livre des souvenirs des différents gouvernements qui se sont succédé. Mais seulement dans celui des petits souvenirs que les Marocains ont très vite envie d’oublier. Car Rhafès peine à apprendre le métier de ministre. Et la mauvaise idée aura été de lui confier un département hautement stratégique comme celui de la pêche.Mais finalement, est-ce de sa faute s’il est dépassé par les événements? A en juger par la médiocrité de son parcours politique, on serait tenté de répondre par l’affirmative. Rhafès est le genre de ministre qui surprend, mais par le bas. Dans les milieux politiques, ceux qui l’ont côtoyé en dressent un portrait au vitriol. D’abord dans les rangs de son parti, le RNI, personne n’a compris comment cet homme est sorti du lot pour entrer au gouvernement de Jettou. L’homme n’est connu ni des dirigeants ni des notables de la formation politique. Il n’appartient pas non plus au comité exécutif, instance supérieure de l’appareil du parti. Il assiste à ses réunions en tant que ministre au même titre que Rachid Alami, en charge du Commerce et de l’Industrie. Le portefeuille de ministre lui rapporte des dividendes. Il est depuis peu président du Conseil régional de l’Oriental, poste occupé jusque-là par Mustapha Mansouri. Un responsable du parti va même jusqu’à qualifier Rhafès “d’erreur de casting”. Il a été propulsé par sa proximité avec le président Ahmed Osman. L’association Angad, à vocation régionale, y était pour quelque chose. En politique, le régionalisme finit par payer, mais pas toujours dans le bon sens!D’autres membres du RNI affirment que c’est Jettou qui l’a repéré dans la liste proposée par le président du RNI. Une connaissance commune dans le monde des affaires originaire de l’Oriental et basée à Casablanca, aurait été décisive dans ce choix. Cette explication est peut-être avancée pour calmer la colère des cadres du RNI qui avaient commencé à critiquer le mauvais choix de leur président. En tout cas, plusieurs de ses camarades s’accordent à dire qu’il n’a rien d’un politicien capable d’apporter le changement et de piloter un projet de développement. “C’est un impulsif”, répètent-ils en choeur. Il n’est pas en mesure d’organiser le travail autour de lui. Les cadres qui le connaissent le fuient et refusent de travailler avec lui. Cela s’est vérifié dans la gestion du secteur dont il avait la charge. Incapable de mettre en place une stratégie cohérente, le Premier ministre avait repris le dossier en main pour le confier à une commission chapeautée par Abderrazak El Mossadeq. Ce coup de pouce a été décisif. Cependant, le manque de vision, la gestion au quotidien et la complexité du secteur ont eu raison du ministre qui a fait du surplace. A son arrivée au gouvernement, il promet de redonner à la pêche la place qu’elle mérite. Mais sur le terrain, les ratés se multiplient. Ses promesses sans lendemain, que les journalistes connaissent par cœur, finissent par lasser. Rhafès a un gros handicap, celui de manquer de modestie lorsqu’on part de rien au niveau politique, qu’on ne maîtrise pas les dossiers et qu’on a en face les gros loups de mer habitués jusque-là à de plus gros calibres au poste de ministre de la Pêche. Ses seuls arguments c’est de s’emporter et de partir en cabale contre les journalistes. Pour le ministre, c’est la presse qui est à l’origine de ses échecs. Et ce sont les attachés de presse qui sont les premières victimes de cet aveuglement. D’ailleurs, il en a usé près de quatre depuis sa prise de fonction. Il leur reproche de ne pas contenir les journalistes et les articles qui lui sont défavorables.Rhafès est non seulement dépassé par les évènements, mais aussi, -c’est confirmé depuis des mois-, par le poids du secteur dont il a la charge. “Il ne fait pas du tout le poids”, commente, amusé, un opérateur de la pêche. . «Monsieur La Gaffe»Les ratages se succèdent. Alors que les marins pêcheurs dans les provinces du Sud s’étaient mis en grève depuis des semaines, le ministre n’est descendu sur le terrain qu’après s’être fait tirer les oreilles par la Primature. Il avait préféré se rendre en Islande, au Chili plutôt que de s’enquérir de la situation à Dakhla. C’est de cet épisode que date sa rupture avec le Premier ministre, selon plusieurs observateurs.Certains vont jusqu’à le qualifier de “Monsieur La Gaffe” du gouvernement. Le ministre fait, il est vrai, tout pour mériter son nom. Rhafès est constamment la risée des professionnels -voire de ses collègues?- par ses initiatives maladroites. Dès sa nomination, il répéta à qui voulait l’entendre que sa stratégie était de faire du Maroc une plate-forme de la construction des navires. Il lança dans la foulée un appel à manifestation d’intérêt qui est resté infructueux. Personne ne s’était présenté. Mais l’intéressé a cette “qualité” de ne tolérer aucune critique de son action. Pour pallier l’incapacité de son ministre, Jettou est maintes fois monté au créneau pour “éteindre l’incendie” dans la grève des syndicats marins ou sur le tollé soulevé par l’opacité avec laquelle ont été gérées les dérogations au gel des licences de pêche. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, ulcéré par les bêtises de son ministre, Jettou avait demandé discrètement à El Mossadeq de suivre de près ce qui se passe dans le secteur. En clair, de reprendre en main les dossiers sensibles du Ministère de tutelle. C’est une lapalissade, Rhafès est complètement grillé auprès du Premier ministre, pour ne pas dire plus. Et si demain un changement devait intervenir au gouvernement, il sera parmi les premiers qui plieront bagage. Du côté des professionnels, à l’exception de quelques rares opérateurs qui espèrent décrocher quelques avantages, la majorité parie sur son départ. Puisqu’il faut quand même qu’il existe et justifie au moins son salaire, le ministre des Pêches maritimes a choisi de paralyser sa propre administration. A l’exception d’une poignée de ses collaborateurs, il est pratiquement en guerre contre tout le monde. D’abord, il a tout fait pour marginaliser les deux plus importantes directions du ministère, celles des Industries des pêches et des Pêches maritimes et de l’Aquaculture, sous prétexte que leurs responsables ne lui plaisaient pas. Le ministre a retiré la signature aux deux directeurs, préférant travailler avec son cabinet composé du reste par des personnes qui ne connaissent pas grand-chose de la pêche. “Ces deux directions stratégiques du ministère ont été fauchées et se retrouvent aujourd’hui en veilleuse”, constate un opérateur. La vérité est que Rhafès voulait y placer ses protégés, mais s’est heurté au veto en haut lieu. Ses propositions de nomination n’avaient pas obtenu l’agrément de la Primature. Excédés, beaucoup au ministère, comme dans le secteur, attendent impatiemment la lettre de licenciement du ministre dans l’hypothèse d’un remaniement gouvernemental. La gestion de l’accord de pêche avec la Russie signé en marge de la visite de Sa Majesté à Moscou, est une vraie catastrophe. Politiquement, à moins que le ministre ne s’en rende pas compte, les richesses halieutiques du Royaume peuvent être et sont un outil de sa diplomatie. La commission mixte des pêches au sein de laquelle devaient être discutées les modalités de son application n’a jamais été réunie à ce jour. Là, il décroche le jackpot: les Russes manifestent de temps à autre leur irritation au Conseil de sécurité des Nations unies sur le dossier du Sahara. Ce n’est pas fini. Il réussira aussi le tour de force de se mettre à dos l’ensemble des opérateurs. Car des difficultés, il y en a dans le secteur. Les professionnels ont le moral au plus bas et rejettent en bloc les propositions du ministre ainsi que le plan d’aménagement dit également plate-forme. Ainsi, opérateurs, marins pêcheurs, armateurs, industriels tant de la pêche artisanale que hauturière en passant par les unités de congélation, tous condamnent à l’unanimité la politique du département de tutelle. Pour une fois, il y a consensus dans la filière!A l’origine, des enjeux d’ordre politique, des intérêts multiples, du lobbying tous azimuts et des accointances opaques. Ce qui se traduit par des décisions unilatérales au profit d’une poignée de relations avec qui le ministre partage des convergences politiques et économiques. Sans parler de l’absence de concertation avec les professionnels et l’incapacité à faire adhérer la profession aux propositions ministérielles. “Au lieu d’opter pour des solutions concrètes et efficaces, le ministre privilégie le tout répressif”, souligne un opérateur. Et d’ajouter que Rhafès compte beaucoup sur l’effet dissuasif par le durcissement du contrôle, des sanctions et des amendes qui peuvent aller jusqu’à 1 million de DH, en plus de peines d’emprisonnement. Alors que paradoxalement, il lui arrive de contrevenir à la loi, en accordant des licences à des personnes que l’on dit politiquement proche du ministre (cf.www.leconomiste.com).. Sabotage Si l’on en juge d’après des témoignages de responsables de l’Association des industries et produits de la mer de Dakhla, les provinces du Sud seraient négligées par la stratégie ministérielle. Ce qui est économiquement et politiquement grave, compte tenu des enjeux de l’affaire du Sahara. Des députés de Dakhla avaient à maintes reprises tiré la sonnette d’alarme sur ce point précis et ce qu’il pourrait impliquer à la population des provinces du Sud et pêcheurs de la région. Selon eux, la pêche du poulpe constitue la principale activité commerciale de la région. “La priorité devrait être donnée aux Sahraouis chômeurs à travers des cahiers des charges et une offre publique”, est-il avancé. Et d’ajouter qu’en l’absence de mesures concrètes du ministère, les professionnels vont devoir migrer vers le nord. Preuve en est qu’après 9 mois d’arrêt biologique, Dakhla va travailler 15 jours et s’arrêter, souligne un opérateur de la ville. Selon des professionnels spécialisés dans le poulpe, la politique actuelle manque de visibilité. “Contrairement à Chbâatou qui privilégiait la concertation avec les professionnels, Rhafès est en train de saboter tous les acquis réalisés et efforts entrepris par ses prédécesseurs”, ajoute un professionnel. A son arrivée au ministère, il trouve pourtant le terrain balisé par son prédécesseur: paix sociale de 3 ans, amélioration des conditions socioprofessionnelles, valorisation de la ressource... D’abord, il commence par dissoudre la commission tripartite (Administration, armateurs et unités de congélation). Sous couvert du libéralisme, le ministre décide, pour des raisons obscures, d’abandonner la notion du prix minimal. Avec tout ce que cela suppose comme manque à gagner et pertes conséquentes pour ceux qui ont acheté le poulpe au prix fort. Du coup, c’est toute la filière congélation, dont la plupart des unités se retrouvent en faillite, qui est pénalisée en raison de la crise financière. Or, face à une ressource aussi rare et sensible que le poulpe, ”il fallait au moins préparer les professionnels (unités de congélation), afin qu’ils puissent écouler leurs stocks achetés au prix fort”, souligne un professionnel. Conséquence: les frigos vendent à perte. Le manque à gagner était estimé à plus de 300 millions de DH en 2003. A l’origine de cette décision, un conflit frontal entre la pêche hauturière et les unités de congélation. “Le discours sur l’économie libérale n’est qu’une façade. Au fond, c’est un moyen de servir les intérêts d’un clan, celui de la pêche hauturière”, répète-t-on. Et les intérêts de la nation dans tout cela? s’interrogent ces opérateurs. Toutes les promesses d’aide financière pour la reconversion des unités de congélation sont restées lettre morte. Actuellement, c’est le statu quo et la situation devient de plus en plus complexe. “La politique de Rhafès fait preuve de beaucoup d’improvisation”, souligne un responsable associatif. Le ministre semble manquer de visibilité.Ainsi, après avoir laissé tomber la notion de traçabilité, instaurée par Chbaâtou, deux ans plus tard, Rhafès revient sur sa décision et adopte ce même système. Grave omission: la plate-forme désignée sous le joli nom de “stratégie de gestion” ne fait aucunement allusion aux principaux concernés: les marins. Ces derniers qui ont le droit au moins à 8 mois de travail par an se trouvent pris en otage. Les marins multiplient les sit-in. L’émeute est évitée de justesse. Rhafès monte au créneau sans convaincre. Au lieu de calmer la situation, il ajoute de l’huile sur le feu, déclarant que “si les marins sont des centaines, la ressource appartient à 35 millions de Marocains” (sic!). Selon des industriels, “Rhafès doit avoir le courage d’assumer les limites que montre sa politique. A propos de stratégie de la pêcherie poulpière, de nombreux opérateurs n’y voient de la stratégie que le nom. Dans la mesure où les objectifs, l’échéancier (timing) et les moyens à mettre en œuvre font défaut. Pour ce qui est de la reconversion des industriels vers les pélagiques, cette mesure ne semble pas non plus faire l’unanimité. Comment abandonner une filière à forte valeur ajoutée et à très grande valeur commerciale pour les pélagiques et ce, sans fonds de mise à niveau et sans la souplesse des banques qui ferment la porte!” s’exclame un opérateur. Le manque à gagner est important et les unités qui souffrent de cette situation ne sont pas préparées pour la reconversion. Rhafès ne s’arrête pas là. Il va jusqu’à violer un dahir, celui du 23 novembre 1973, selon lequel, le droit de pêche exige l’acquisition d’une licence valable durant une année. Ici, le ministre fera preuve d’une extrême générosité en autorisant les bateaux de la flotte hauturière céphalopodière à pêcher sans payer de droits, du moins jusqu’à la première marée de l’actuelle campagne. “C’est la nouvelle politique libérale de Rhafès: autoriser à pêcher sans licence!” fait remarquer, non sans ironie, un opérateur. Du côté de la pêche hauturière, les nouvelles ne sont pas bonnes non plus. Le dossier est particulièrement explosif sur le plan social. Plus de 10.000 marins et leurs familles sont ainsi restés sans emploi et donc sans ressources pendant plus de 8 mois sans que le ministre n’ait remué le petit doigt. En attendant un remaniement ministériel, les professionnels du secteur fondent beaucoup d’espoirs sur un arbitrage royal.


Le bateau de la discorde

L'affaire fait grand bruit à Agadir. Alors que les bateaux de la pêche hauturière sont consignés aux ports, repos biologique oblige, un seul a été autorisé à lever l’ancre. Il s’agit du bateau Khalifa, appartenant à la société Alia Pêche SARL, propriété de Ali Oukacha, le fils du président de la deuxième chambre du Parlement. L’ascendance de l’armateur et ses liens partisans -tous deux RNIstes- avec le ministre Taïeb Rhafès alimentent une polémique dans le secteur. En fait, le Charif Idrissi, bateau appartenant à l’INRH, s’est adjoint, comme cela est d’usage, les services d’une autre embarcation pour sortir en mer faire une analyse des stocks de poisson. Cependant, et contrairement à l’usage, la requête n’aurait pas fait l’objet d’un appel à manifestation d’intérêt. Aussitôt, des voix se sont élevées pour dénoncer la situation. Réponse du ministre: “Si le Khalifa pêche un seul poulpe, je retire sa licence”. Et l’armateur de rétorquer: “Comment voulez-vous que j’amortisse le voyage?” En fait, les missions de l’INRH sont une manne que les armateurs se sont toujours disputé. “Une sortie de deux semaines après 6 mois de repos biologique équivaut à une année de travail”, affirme l’un d’eux sous couvert de l’anonymat.-Plusieurs de ses camarades s’accordent à dire qu’il n’a rien d’un politicien capable d’apporter le changement et de piloter un projet de développement. “C’est un impulsif”, répètent-ils en choeur. Il n’est pas en mesure d’organiser le travail autour de lui-L’Economiste

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