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    Economie

    Premier capitaliste du pays, l'Etat actionnaire ignore les règles du gouvernement d'entreprise

    Par L'Economiste | Edition N°:914 Le 12/12/2000 | Partager

    . L'Etat détient la totalité du capital ou une participation majoritaire dans plus de 353 entreprises. Critiqués pour leur fonctionnement, les Conseils d'administration des entreprises publiques seraient désertés par des hauts fonctionnaires depuis la suppression des jetons de présence. Le dossier complexe des retraites des entreprises publiques est renvoyé aux calendes grecques«Dans un pays comme le nôtre, l'Etat ne peut se passer de son rôle de moteur de l'activité économique«. C'est ainsi que le ministre de l'Economie et des Finances, M. Fathallah Oualalou, exhibait fièrement l'effort financier consacré à l'investissement par les entreprises et établissements publics (74 milliards de DH au total) lors de la présentation du projet de Loi de Finances 2001 au Parlement. De ce point de vue, le secteur public est incontournable.Présent dans le capital de 721 entités dont 253 détenues à 100%, l'Etat et ses démembrements constituent de loin le premier capitaliste du pays (voir rapport sur le secteur des établissements et entreprises publics, annexe au projet de Loi de Finances 2001). En ne prenant en compte que le critère de participation majoritaire, le périmètre du portefeuille de l'Etat est composé de 349 unités dont 253 détenues à 100%, directement ou indirectement, et 96 à plus de 50%. . Conséquence historiqueMais dans cet impressionnant portefeuille, les valeurs sûres ne sont pas légion. Entre les hôtels invendus de l'ONMT, les difficultés de la Comanav, les interminables restructurations (Charbonnages du Maroc, Compagnie textile de Fès, etc.) et les vedettes du portefeuille public, il va sans dire qu'il n'y a pas photo. C'est la conséquence historique de l'omniprésence de l'Etat dans l'économie qui se voulait à la fois transporteur, confectionneur ou fabricant de véhicules. Malgré le désengagement entamé dans les années 90, l'Etat actionnaire doit composer aujourd'hui avec de nombreux bras cassés dont il a du mal à se séparer, faute de repreneur. A quelques exceptions près, les meilleures affaires ont déjà été cédées, en attendant demain peut-être les ports et les aéroports. Dans certains cas, le seul intérêt d'éventuels acquéreurs réside dans la réserve foncière. Et encore!Dans le contexte actuel, le joyau de la couronne est sans aucun doute Maroc Telecom, de laquelle le Trésor escompte toucher l'an prochain 1,15 milliard de dividendes, soit la moitié de ce que lui rapporteront ses participations. . Parlement chinoisMalgré tous les leviers dont il dispose, on ne peut affirmer que l'Etat actionnaire ait fait preuve de rigueur dans le pilotage de ses entreprises. Le premier grief vise surtout le fonctionnement des Conseils d'administration. Aux allures parfois de parlement chinois, ces derniers n'ont pas empêché nombre d'entreprises de se retrouver au bord de la catastrophe. Les administrateurs se contentent souvent de signer le registre de présence et de fixer la date du prochain rendez-vous. Et à la clé, des jetons de présence qui avoisinaient 20, voire 25.000 Dirhams. Il paraît que les hauts fonctionnaires ne seraient plus aussi assidus à ces conseils depuis que le Premier ministre leur a interdit de toucher les jetons de présence. La Sodea, la Sogeta, le CIH pour ne citer qu'eux, en sont des exemples éloquents. La première s'était lancée dans des investissements hasardeux (à l'étranger entre autres), au point d'y avoir subi des pertes chiffrées en centaines de millions de DH. Quant au CIH, ni les autorités monétaires, ni les autres administrateurs (CDG) ne s'étaient émus du pourrissement de créances de la banque dans l'hôtellerie et l'immobilier. Tous se contentaient de toucher leur dividende alors que d'importantes créances compromises étaient maintenues à l'actif. C'est tout le gouvernement d'entreprise dans le secteur public qui est à inventer.Quant à l'évaluation, là aussi l'Etat actionnaire pèche par manque d'efficacité. Cette fonction est assurée par des organismes aux préoccupations souvent éloignées, soulignait le Pr Mohamed Berrada(1). En principe, c'est au Conseil d'administration d'assumer cette fonction, mais cet organe est souvent sleeping et ne participe quasiment pas aux orientations majeures de l'entreprise. Par ailleurs, le mode de désignation du management ne responsabilise pas le gouvernement d'entreprise. Nommés sur proposition du ministre, les directeurs généraux échappent au contrôle du Conseil. Par ailleurs, le fait que les administrateurs ne soient pas nommés à titre personnel, mais en qualité de représentants d'une autorité administrative ne peut qu'aggraver la situation. Défaillant dans son rôle d'orientation stratégique, l'Etat actionnaire étouffe en revanche ses entreprises par un carcan réglementaire, qui limite leur marge de manoeuvre et les prive d'un important levier de croissance. Impossible pour une entreprise publique de saisir une opportunité en prenant des participations dans une société sans l'indispensable décret du Premier ministre, de même pour celles qui exercent dans des secteurs concurrentiels. . Confusion entre la caisse et le bénéficeProfitant de sa position d'actionnaire unique, l'Etat a dans un passé récent confondu la caisse des entreprises et leur bénéfice. Ce fut le cas en 1998 quand il avait ponctionné dans la trésorerie de grandes entreprises publiques pour boucler son budget. L'argument officiel était que l'on se trouvait devant une situation exceptionnelle. Mais la pratique n'est pas sans danger car ces ponctions ont pour effet d'amoindrir la capacité d'autofinancement de ces entreprises, sachant qu'elles ne peuvent compter que sur leurs propres moyens pour leur investissement, du fait que l'Etat n'accorde plus sa garantie sur leurs emprunts. Avant le PAS des années 80, c'était l'inverse. Les entreprises publiques abusaient de la garantie du Trésor pour emprunter et d'autres parfois reversaient à l'Etat l'argent levé sur le marché.Autant il se précipite pour toucher ses dividendes et autres redevances, autant l'Etat fait parfois montre d'une étonnante désinvolture sur d'importants problèmes cruciaux de ses entreprises. L'exemple type actuel est celui des retraites. Malgré la complexité de la question, elle a été bottée en touche. Celles parmi les entreprises qui avaient réfléchi et anticipé sur un schéma de sortie ont été priées d'attendre que l'on trouve une solution globale au problème. Par ailleurs, la tolérance de pratiques consistant à faire supporter aux Offices des compléments de salaire de l'entourage (conseillers) des ministres, voire des missions de quelques hauts fonctionnaires est pour le moins étonnante. Le tout, sans que l'honorable Cour des comptes ou l'Inspection Générale des Finances n'y trouvent rien à redire. (1) Le Pr Berrada intervenait dans un séminaire sur le gouvernement d'entreprise organisé par AOB Consulting au printemps dernier à Casablanca. Pour les détails, voir nos archives dans leconomiste.com.


    Frictions avec les dirigeants

    A son arrivée aux affaires en mars 1998, le gouvernement Youssoufi avait fait de la moralisation de la gestion publique une de ses priorités. Vis-à-vis de l'opinion publique, il fallait montrer que l'alternance apportait une nouvelle démarche de gestion de la chose publique, mais le message n'avait pas été bien assimilé par tous. Certains ministres poussant le zèle trop loin seraient allés jusqu'à dénier toute autonomie aux entreprises placées sous leur tutelle, les assimilant à des annexes de l'Administration centrale. Il s'ensuivit alors des frictions avec des dirigeants de ces entreprises. Il semble que depuis, les choses soient rentrées dans l'ordre.Sans la pression des bailleurs de fonds internationaux, les relations entre l'Etat et les entreprises publiques n'auraient pas évolué. Il fut un temps (avant que n'intervienne le Programme d'ajustement structurel des années 80) où l'Etat ne réglait pas les factures des entreprises publiques, considérant que ces dernières constituaient son prolongement naturel. Que ce soit pour l'eau, l'électricité ou le téléphone, c'était la même logique. Jusqu'à aujourd'hui d'ailleurs, les administrations publiques traînent encore leurs arriérés de téléphone. Elles doivent au total 692 millions de Dirhams à Maroc Telecom, qui seront payés selon un échéancier étalé sur deux ans.. Indicateurs-clés du portefeuille public (1999)Investissement: 17,9 milliards de DH, soit 5,2% du PIBChiffre d'affaires: 83,7 milliards de DHBénéfices: 6 milliards de DHValeur ajoutée: 45,6 milliards de DH, soit 13,3% du PIBEffectifs employés: 192.568 salariés. Abashi SHAMAMBA

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