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    Courrier des Lecteurs

    Pourquoi la Bourse est en perte de vitesse

    Par L'Economiste | Edition N°:653 Le 06/12/1999 | Partager

    · Les institutionnels, rassasiés par les opérations stratégiques, se détournent du marché

    · Le manque de visibilité brouille les décisions des petits porteurs

    · Les sociétés cotées doivent faire fournir un effort considérable en matière de communication et de fidélisation des actionnaires


    C'est une année exceptionnelle à tous les niveaux qu'a vécue la Bourse des valeurs de Casablanca. Opérations stratégiques en masse, renversements de tendance imprévisibles, performances inhabituelles, déceptions, frustration des petits porteurs...
    A moins d'un mois de la fin de l'année 1999, et au moment où les prémisses d'une reprise commençaient à réapparaître, les cours se sont remis à chuter. "Le marché a subi un séisme au début de l'année, aujourd'hui c'est la deuxième secousse", ironise un analyste de BMCI Bourse. Généralement, la deuxième secousse est moins forte, mais ce n'est pas pour autant qu'elle ne fait pas de dégâts.
    Mais que s'est-il réellement passé? Après la baisse importante enregistrée en septembre, la place semblait amorcer une légère reprise en octobre. Une tendance qui s'est poursuivie jusqu'au milieu du mois de novembre, redonnant espoir aux observateurs. Les "sinistrés" se sont empressés de prendre leurs bénéfices, faisant de nouveau basculer les données. A noter cependant que les volumes, hors opérations stratégiques, sont restés insignifiants.
    Globalement, les institutionnels, apparemment rassasiés, ont préféré se retirer pour mieux savourer leurs plus-values. Les petits porteurs, eux, étaient dépassés par les événements. Complètement déroutés, ils préféraient vendre pour "limiter les dégâts". C'est ce qui a contribué à accélérer la vague baissière qui s'était installée. A cela sont venus s'ajouter d'autres facteurs exogènes, dont principalement la baisse du TEG, le report de l'ouverture des frontières avec l'Algérie et..., cerise sur le gâteau, l'affaire Financière Diwan ainsi que les sanctions du CDVM à l'encontre de quelques sociétés de bourse et gestionnaires de fonds.

    Devant un marché aussi imprévisible, les analystes de la place émettent quelques réserves et évitent de se prononcer en termes de prévisions à court terme. "Le fossé se creuse de plus en plus entre la réalité économique et le comportement de la bourse", fait remarquer Safabourse. Les analystes s'accordent à dire que les principaux indicateurs économiques et les avancées réalisées ces derniers mois au niveau politique sont autant d'éléments rassurants. Néanmoins, les cours des 55 sociétés cotées s'obstinent à baisser.
    Les interprétations vont même plus loin: "C'est à se demander qu'est-ce qui reflète exactement la réalité financière du pays, le marché financier ou les indicateurs de conjoncture?", s'interroge un financier.
    Un diagnostic plus approfondi met en exergue les principaux maux du marché. Au-delà des courbes de l'IGB ou des volumes d'échanges, il existe des handicaps de base qui ont conduit à la situation actuelle. Arrivent en tête le déficit en papier frais et de qualité ainsi que le manque de liquidité du marché. Par ailleurs, l'investisseur n'a pas encore acquis une culture financière lui permettant de supporter de fortes pressions. Connu pour être un grand spéculateur par nature, le Marocain a tendance à prendre des décisions hâtives et à mal interpréter les événements qui se présentent à lui
    Le management des sociétés cotées et son manque de réactivité vis-à-vis du comportement des cours est également montré du doigt.
    "Dans d'autres marchés, lorsque les cours commencent à s'effondrer, les responsables s'empressent de communiquer sur leur plan de développement et leurs réalisations, de manière à rassurer les actionnaires", souligne un analyste de BMCI Bourse. Les sociétés inscrites à la cote devraient en effet faire preuve de plus de transparence et d'ouverture d'esprit.

    Fidélisation des actionnaires


    Jusque-là, ce sont les zinzins qui faisaient la Bourse de Casablanca. L'exceptionnel et le stratégique dominaient. La preuve, il a suffi que les institutionnels se détournent du marché pour que les cours dégringolent et que les volumes soient mis à nu. Le moment est venu pour que le petit porteur prenne plus d'importance et qu'il soit encouragé à investir de plus en plus sur le marché des actions. Là encore, les sociétés cotées ont un rôle à jouer en termes de fidélisation des actionnaires. "Il faudrait par exemple penser à compenser les pertes en plus-values par des gains en dividendes", est-il proposé. D'autant plus que les résultats de l'exercice en cours s'annoncent prometteurs.
    Ce n'est qu'une fois ces problèmes "internes" résolus que la place casablancaise pourrait espérer attirer les investisseurs étrangers qui sont encore plus exigeants en termes de rendement et de gains. Il faut dire que malgré ses surprises, tantôt bonnes, tantôt mauvaises, l'année boursière qui se termine est intéressante dans la mesure où elle a donné à réfléchir à tous les intervenants du marché.


    Les prévisions pour la fin de l'année


    Pour la première fois depuis le déclenchement de la vague baissière, l'avis des analystes, du moins ceux qui arrivent à prendre position dans notre échantillon, penche vers le même sens. A moins d'un mois de la fin de l'année, les prévisions en termes de performance de l'IGB varient entre -5 et +2%.
    Les plus optimistes misent sur une petite reprise à la veille de la fin de l'année, favorisée par des opérations d'aller-retour dans le cadre des reconstitutions de portefeuille classiques en cette
    période.
    C'est le cas par exemple de Safabourse qui avec beaucoup de réserves pense que la performance de l'année sera comprise entre -2 et +2%.
    D'autres, plus pessimistes, n'identifient aucun facteur d'inversement de tendance à court terme. "Plusieurs supports de résistance, étant cassés, il est très difficile de refranchir les seuils à la hausse", explique un analyste. Et d'ajouter: "Il existe encore un potentiel à la baisse. Le seul moyen d'y couper court est d'injecter du papier frais, correctement évalué". Upline Securities juge que la performance devrait s'établir entre -5 et -3% d'ici la fin de l'année.
    Le -3% est encore une fois retrouvé dans les perspectives de ABN Amro Securities. Pour sa part, Sogebourse se situe aux alentours de -1%. BMCI Bourse, Wafabourse et Eurobourse s'accordent à dire qu'au meilleur des cas, l'année se soldera par une performance 0. Méfiance oblige, cette fois, CFG s'abstient d'émettre toute prévision, du moins pour l'heure.


    Ce qu'il faut faire


    Pris de panique, quelques petits porteurs se sont empressés de vendre à n'importe quel prix accélérant ainsi le rythme de la décrue des cours. Pourtant, les spécialistes du marché ne l'auront jamais assez rappelé: "Lorsque les cours sont à la baisse, ce n'est surtout pas le moment de vendre, mais celui d'acheter". Il ne faut pas perdre son sang froid, et essayer de détecter les bonnes affaires. Il est vrai que la plupart des investisseurs sont maintenant préparés psychologiquement à l'année prochaine et à ce qu'elle promet comme OPV, mais il reste tout de même plusieurs valeurs intéressantes qui présentent des potentialités non négligeables. Il s'agit essentiellement des cimenteries, des holdings ou encore de quelques bancaires.
    L'époque des spéculations étant révolue, les objectifs de placement doivent être placés dans une vision à moyen terme. La Bourse doit jouer son rôle de mobilisateur de l'épargne plutôt que d'être perçue comme un moyen facile et rapide de faire fortune.

    Hanaâ FOULANI & Yousra MAHFOUD

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