×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Politique Internationale

    Poisson d'avril: Les origines d'un canular universel

    Par L'Economiste | Edition N°:73 Le 01/04/1993 | Partager

    En quel ruisseau de plaisanterie est pêché ce poisson d'avril. En papier, il est accroché dans le dos par des plaisantins dans les récréations ou la rue. Exprimé sous forme de farce, de mensonge grossier, il est de tradition dans les journaux les plus sérieux. Le poisson d'avril nage en eaux troubles, et pourtant son origine n'est pas claire.

    En effet, la coutume serait liée à la fermeture de la pêche, généralisée depuis des siècles en France le 1er avril, en raison du frai (ponte des oeufs par les femelles). Pour taquiner les pécheurs en eau douce, privés de leur sport favori et de leur ressource, on aurait pris l'habitude de leur envoyer des harengs, le jour du 1er avril, puis de remplacer peu à peu cette coutume par celle des poissons factices et des plaisanteries mystificatrices. Mais il existe une autre version à l'origine, les poissons d'avril étaient de pseudo-cadeaux que l'on se faisait par plaisanterie, après la suppression du Nouvel An du 1er avril. Il faut savoir à ce titre que l'ère chrétienne ne fut fixée qu'en 532, par l'Eglise, sur proposition du moine Scythe Denys le Petit, à partir du 1er janvier qui suit la naissance du Christ. Le 1er janvier de l'an de Rome 754 devait ainsi devenir le 1er janvier de l'an de l'ère chrétienne.

    Nouvel an capricieux

    Cependant, l'année dite grégorienne ne fut instaurée qu'en 1582 dans quelques pays d'Europe, sur l'instigation du pape Grégoire XIII, puis progressivement, au cours des siècles, dans d'autres pays. L'ex-URSS ne s'y est ralliée qu'en 1923, fêtant depuis cette date l'anniversaire de la révolution d'octobre (1917) au mois de décembre. La Turquie l'a adoptée en 1926.

    Entre le VIIIème et le XVIème siècles, le début de l'année fut fixé en France de neuf façons différentes, hésitant entre le 1er mars (tradition romaine ancienne), le 1er janvier (tradition romaine depuis le VIIIème siècle avant l'ère chrétienne), le 25 décembre (date supposée de la naissance de Jésus, le 25 mars (An de l'Incarnation). Les facéties du 1er avril traduiraient ainsi, semble-t-il, l'agacement amusé de la population ballottée entre des "nouvel an" capricieux. Le 1er janvier fut définitivement établi comme premier jour de l'année grégorienne en France par l'Edit de Roussillon le 9 août 1584, sous Charles IX.

    La symbolique du poisson

    Il n'est pas sans intérêt de rappeler ici toute la richesse symbolique du poisson à travers la plupart des civilisations. Le poisson est symbole de l'eau, du monde souterrain, de la confusion de son élément, marquée justement par la non-différenciation de la tête et du corps. Il est aussi associé à la naissance et à la restauration cyclique - donc au retour des années, au printemps et à la ponte des oeufs. Il est lié au Salut et la Révélation, dans une dimension largement religieuse: dans l'hindouisme, l'Egypte ancienne, la Phénicie, la Mésopotamie, la Grèce (le dauphin associé à Apollon, Soleil et Lumière, comme Râ en Egypte, ayant donné son nom à la ville de Delphes), le christiannisme (le Christ est pêcheur, souvent symbolisé par le poisson dans l'iconographie traditionnelle, l'eau du baptême est régénératrice..). L'lslam comprendrait davantage le poisson comme symbole de fertilité, et la tradition populaire le relierait à la pluie et à la prospérité. Symbole nettement phallique pour les Indiens d'Amérique centrale, en Asie Mineure, symbole de la chance en Chine, il demeure en Egypte un être silencieux, déconcertant, brillant et caché, essentiellement ambigu, qui inspire une symbolique très riche.

    Le poisson d'avril peut donc confondre sa double origine de Nouvel An confus et de premier jour d'interdiction de la pêche. Au-delà de sa naissance géographique et historique, devenue aujourd'hui relativement secondaire, et du goût pour la plaisanterie, il promet et se moque à la fois, mystifie sur un fond d'espoir. Sa signification profonde se perpétue et

    s'étend par son sens symbolique. Bonne année donc, et bonne pêche!

    Thérèse BENJELLOUN

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc