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    Politique Internationale

    De Majnun Layla à Marguerite Duras : Livres: La passion, comme si vous la vivez

    Par L'Economiste | Edition N°:73 Le 01/04/1993 | Partager

    La passion ne s'explique pas, elle se vit, Pourtant Souâd Laamarti analyse un phénomène vieux comme l'homme et ses mythes. Dans son livre, elle mêle Majnun Layla et les auteurs romantiques français contemporains. La passion n'est pas morte. Elle résiste au monde industriel, comme une réponse à l'affectivité oubliée.

    "Fatale passion" - signification de la perversion affective de Souâd Laamarti éditions Guessous 1992

    Que le titre et les habitudes de pensée n'induisent pas en erreur: il ne s'agit pas d'un roman ni d'une autobiographie.

    Fatale passion (édition Guessous 1992), le premier ouvrage de Souâd Lamarti, est une étude sur la signification de la passion à partir du mythe fondateur issu de la légende de Majnun Layla, et de textes de la littérature française: les lettres de la religieuse portugaise (Guillerague), Adolphe (Benjamin Constant), Mme Bovary (Gustave Flaubert), le Ravissement de Lo1 V. Stein (Marguerite Duras).

    Car "c'est au sein du genre romanesque que se joue la question de la passion en tant que structure significative d'une protestation". Contre quoi?

    Née au Maroc, où elle a passé son enfance, Souâd Lamarti a fait ses études en Belgique et prépare actuellement une thèse de doctorat sur la rhétorique passionnelle.

    Nouveau romantisme

    On pourrait s'étonner de cet intérêt pour la passion, thème décrié dans un monde qui se veut rationnel. Pourtant il répond à un mouvement contemporain, perçant sous les forces matérielles et contre elles. Un nouveau romantisme? Il se glisserait alors, explique Souâd Lamarti, comme une réponse de l'irrationnel, de l'affectif, oublié, méconnu, contenant les valeurs sûres et profondes d'une société matérialiste ne croyant plus en rien, en voie de se défaire. Parce qu'elle ne craint ni la souffrance ni la mort, la passion - recherche de l'impossible constitue la puissance qui nous guide, nous libère de nous-mêmes et des limites de notre monde, en quête du bonheur.

    Elle est poésie, création, art, vie, contre les techniques, la rationalité, les idoles fabriquées, les frontières qui nous enserrent dans un quotidien frileux.

    Liée au destin affectif de l'être humain, la passion ne peut être condamnée, ni condamnable. Elle mène à la folie de Majnun, à la mort de Layla, d'Ellénore, d'Emma Bovary (tellement plus grande dans son imaginaire d'un romanesque mièvre que les hommes qui l'ont fait rêver), à la fuite de l'amant dont Marguerite Duras ne cesse de réécrire le commencement, au renoncement de la religieuse portugaise.

    En dehors de toute analyse, la passion ne s'explique pas, elle se vit. Elle est, dit Stéphane Etienne, dans la préface au livre de Souâd Lamarti, "une interrogation en soi, un mystère, une force qui bouleverse tout sur son passage, échappe à toute analyse et n'appelle aucune réponse préalable parce que cette réponse sera forcément réductrice".

    Enigme du désir

    Or, Souâd Lamarti a relevé le défi de chercher à cerner le sens de l'indiscernable, à analyser la crise de sens où la femme, pôle du désir, exprime, écrit, meurt dans sa vie même, en protestant contre l'absurde, l'impossibilité de la passion qu'elle revendique. Car "le féminin apparaît d'une manière paradoxale dans la passion",... à la fois "énigme du désir comme objet (écriture) et désir comme sujet (la femme)". C'est ce "vertige" que
    recueille Marguerite Duras, en écrivant et en reprenant indéfiniment l'histoire de l'amant, la passion dans son "état foetal".

    Fatale passion ne conclut pas. Ce livre affirme qu'il y a encore du sens dans le monde, une force de vie, une protestation de l'art dénonçant, comme l'amour, "par son échec la société qui lui interdit d'exister". Si Souâd Lamarti reprend les termes de Théodor Adorno, si elle se réfère explicitement au philosophe Nietzsch pour venir à la genèse de la passion, c'est parce que "la passion ne fonde pas la vérité, elle est la condition de vérité"...

    Son livre, court, truffé de références, constitue la première tentative au Maroc d'une femme pour parler de la passion en termes positifs, non passionnels, mais poétiques, pour exprimer son sens et en faire une vision du monde, illustrée par un tableau de Magritte (un couple aux visages voilés). Il sera suivi d'un roman sur lequel elle travaille actuellement.

    Thérèse BENJELLOUN

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