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On peut libérer l’Afrique de la pauvreté
Par Jeffrey D. SACHS

Par L'Economiste | Edition N°:2093 Le 24/08/2005 | Partager

Jeffrey D. Sachs enseigne l’économie et dirige le Earth Institute (Institut de la Terre) de l’Université de Columbia (Ph. Project Syndicate)LE sommet du G8 qui se déroulera en Ecosse au début juillet rassemblera les leaders politiques des pays les plus riches afin d’examiner la situation désespérée des pays les plus pauvres. Jusqu’à présent, le président George W. Bush a résisté à l’appel du Premier ministre Tony Blair afin de doubler l’aide apportée à l’Afrique d’ici à 2010.. Bush se trompeIl s’agit là d’une erreur tragique, qui vient d’une incompréhension des défis que doit relever l’Afrique et des responsabilités de l’Amérique. La politique américaine se fonde principalement sur l’idée que l’Afrique peut se relever de sa pauvreté extrême à travers ses propres efforts, que l’aide est généralement mal utilisée du fait de la corruption et que les Etats-Unis sont déjà de généreux donateurs. Tout cela est erroné, à tout point de vue: l’Afrique est prise au piège de la pauvreté, de nombreux pays sont bien situés pour utiliser l’aide de manière efficace et la contribution américaine est petite en comparaison des besoins de l’Afrique, des promesses de l’Amérique et de ses richesses.Bush peut croire que l’Amérique fait beaucoup pour aider l’Afrique à surmonter ces problèmes, il n’en reste pas moins que l’aide des Etats-Unis reste minime. La Commission sur l’Afrique de Blair ainsi que le projet du Millenium des Nations unies ont démontré que l’Afrique a besoin d’environ 50 milliards de dollars annuels d’aide jusqu’en 2010. La part équitable de l’Amérique dans ce total s’élève à environ 15 milliards annuels. Pourtant, l’aide gouvernementale des Etats-Unis pour l’Afrique se monte à 3 milliards annuels seulement, et une grande partie de cette somme couvre les salaires des consultants américains plutôt que les besoins d’investissements de l’Afrique.. Plus de gouvernance, moins de corruption qu’en AsieCette somme, ridiculement petite, correspond à trois centimes de dollar américain par tranche de 100 dollars de PIB, soit l’équivalent de moins de deux jours de dépenses militaires américaines.Non seulement l’aide américaine ne représente qu’une fraction de ce qu’elle devrait être, mais les arguments américains sont également faux quand il s’agit d’expliquer le manque d’aide. Bush et d’autres sous-entendent que l’Afrique gaspille ses aides dans la corruption. Cependant, les pays africains pauvres et à petite croissance tels que le Ghana, le Sénégal, le Mali, le Bénin et le Malawi sont classés parmi les pays les moins corrompus que les pays asiatiques à forte croissance tels que le Vietnam, le Bangladesh et l’Indonésie. En effet, la propre initiative américaine, le Millenium Challenge Account, a déjà reconnu ces pays africains pour leur forte gouvernance. La bonne gouvernance est évidemment un élément essentiel en Afrique et ailleurs, mais la corruption ne doit pas être utilisée comme une excuse pour ne pas aider l’Afrique.Dans le domaine de la famine, il faut aider l’Afrique à réaliser sa propre Révolution verte. Les pays riches devraient aider les fermiers africains à utiliser des variétés de graines améliorées, plus de fertilisants et une meilleure gestion de l’eau, telle que l’utilisation de l’irrigation à petite échelle. Les techniques sont connues mais les fermiers africains sont trop pauvres pour démarrer cette activité. En aidant toujours plus les fermiers africains à produire plus de nourriture (au lieu d’expédier des aides alimentaires depuis les Etats-Unis), il serait possible de doubler, voire tripler le rendement des récoltes.Pour ce qui est des maladies, le paludisme pourrait être contrôlé dès 2008 à l’aide de méthodes ayant fait leurs preuves et peu coûteuses. Mais une fois de plus, l’Afrique ne peut se les offrir. Notre premier objectif devrait être de distribuer des moustiquaires traitées durablement à l’insecticide à toutes les populations pauvres d’Afrique dans les 4 ans qui viennent. Certaines estimations montrent que l’Afrique a besoin d’environ 300 millions de moustiquaires, pour un coût de 10 USD par moustiquaire (port compris), soit une somme de 3 milliards USD. Ce coût pourrait être étalé sur plusieurs années. De plus, l’Afrique a besoin d’une aide médicale pour les médicaments contre le paludisme, l’équipement de diagnostic et la formation des travailleurs médicaux dans les communautés.Pour ce qui est de son isolement économique, l’Afrique a besoin d’infrastructures fondamentales, de routes et de ports, et il y a là également la possibilité d’une “progression par dépassement” du point de vue technologique. La connectivité Internet et cellulaire pourrait permettre d’entrer en contact dans toute l’Afrique à moindre coût, pour mettre fin à l’isolation économique de centaines de millions de personnes. Certaines estimations raisonnables affichent des coûts avoisinants le milliard de dollars pour déployer un réseau de fibre optique à travers toute l’Afrique qui permettrait d’apporter la connectivité Internet et le téléphone sur tout le continent, dans toutes les villes et tous les villages.L’Afrique est prête à se libérer de la pauvreté si les Etats-Unis et les autres pays riches l’y aident. L’Europe semble prête à faire plus tandis que les Etats-Unis semblent rester l’obstacle principal. Le sommet du G8 offre l’occasion pour les Etats-Unis, qui dépenseront 500 milliards USD dans le militaire cette année, d’offrir une contribution durable, et certainement rentable, à la sécurité mondiale en sauvant des millions de vies en Afrique et en aidant ses populations à sortir de la misère.


Sorros, Project Syndicate et L’Economiste

L'Economiste vient de s’associer à une opération de diffusion des idées, organisée par Project Syndicate. PS est une création du financier Georges Sorros, qui met ses moyens au service du développement des idées et de la liberté. Donc grâce à cette association, les lecteurs de L’Economiste pourront avoir accès aussi régulièrement que possible à des textes, des prises de position ou des analyses, qui ne sont pas aisément accessibles. De Sorros, chacun connaît la puissance financière, laquelle sent parfois le soufre. On connaît moins sont implication personnelle dans des actions de développement, spécialement auprès des pays qui ont eu à sortir du système communiste. Sa philosophie est que les citoyens accélèreront eux-mêmes la transition vers la démocratie et la croissance économique.


Des maux spécifiques, qu’on peut vaincre!

L’Afrique souffre simultanément de trois problèmes qui l’enferment dans la pauvreté. Tout d’abord, l’Afrique ne produit pas assez de nourriture. Contrairement à l’Asie, les productions vivrières de l’Afrique n’ont pas connu de Révolution verte. En 1965, l’Inde produisait en moyenne 854 kilogrammes de grain par hectare cultivé, tandis que l’Afrique subsaharienne atteignait à peu près les mêmes chiffres: 773 kilogrammes par hectare. Mais, dès 2000, l’Inde produisait 2.293 kilogrammes par hectare, alors que l’Afrique ne produisait que 1.118 kilos.Ensuite, l’Afrique souffre de maladies que ne connaît aucune autre région du monde. La pandémie du sida de l’Afrique est bien connue, la pandémie de paludisme, qui sera responsable de trois millions de décès et d’un milliard de malades cette année, ne l’est pas. L’Inde a contrôlé le paludisme après les années 60, tandis que l’Afrique n’y est pas parvenue, du fait en partie que les moustiques responsables du paludisme en Afrique sont particulièrement bien adaptés à la transmission de la maladie.Enfin, l’Afrique est isolée sur le plan économique, du fait du manque d’infrastructures, des grandes distances géographiques et des pays intérieurs sans accès à la mer. Ces barrières géographiques isolent une grande partie de l’Afrique, particulièrement des régions rurales, hors des grandes voies du commerce international. Sans les bénéfices du commerce, une grande partie de l’Afrique rurale se débat à un niveau de simple subsistance.Copyright : Project Syndicate 2005Traduit de l’anglais par Catherine MERLEN

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