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Culture

Origines berbères des Guanches des îles Canaries
Par Mouna Hachim

Par L'Economiste | Edition N°:3323 Le 20/07/2010 | Partager

L’esprit en partance, en perpétuelle transhumance, nous poursuivons notre périple estival, à destination d’une autre étape insulaire mêlant évocations historiques et prégnance de grands mythes.Nous sommes arrivés cette fois sur les rives des îles Canaries, connues depuis l’Antiquité sous le nom d’îles Fortunées, placées d’après la Géographie de Ptolémée aux limites occidentales du monde connu. Archipel atlantique, constitué de six îlots et de sept îles principales dont la plus orientale, Lanzarote est située à près de 100 km de la côte marocaine, ses premiers habitants sont les Guanches, rameau des Berbères, selon des données ethnologiques, anthropologiques et linguistiques.C’est en ces lieux que la mythologie gréco-romaine place les Champs Elysées, terre de félicité, jamais troublée par le froid ou par la tempête où les bienheureux goûteraient le repos éternel après leur mort. Une féérie décrite par le poète lyrique grec Pindare dans ses Olympiques. C’est également en cet espace que l’imagination des anciens place le jardin des Hespérides, filles d’Atlas et de la nymphe Hesperis. Un jardin transporté par «la fable vagabonde» «en cent lieux divers» comme le souligne le naturaliste romain, Pline l’Ancien.Mais c’est certainement le mythe relatif à l’Atlantide rapporté dans les dialogues de Platon qui permit l’élaboration des récits les plus fantaisistes faisant des Canaries et des Açores, les vestiges de l’hypothétique continent englouti, tout comme de ses populations autochtones, des descendants des géants Atlantes.A souligner à ce propos que l’appellation «Atlantes« sert à désigner une peuplade, bien réelle cette fois, d’origine lybique (berbère) localisée par Hérodote dans les montagnes de l'Atlas et dont le nom aurait, d’après l’helléniste français Pierre Vidal-Naquet, inspiré à Platon le nom de l’Atlantide.Quoi qu’il en soit, ces natifs des Canaries ont titillé sur le plan ethnographique la curiosité des premiers explorateurs européens du fait de leur teint clair, de leurs yeux bleus et de leur haute stature d’autant qu’ils ignoraient la navigation, ce qui est pour le moins surprenant pour des îliens. Si elles ne sont découvertes par les Européens qu’au XIIIe siècle, les Canaries étaient déjà connues dès le VIIe siècle av. J.-C. par les Phéniciens et les Carthaginois qui y chargeaient des matières premières nécessaires à la production de la précieuse pourpre, en protégeant ce monopole.Vers l’an 500 av. J.-C., c’est la date de l’expédition accomplie par l’amiral carthaginois Hannon qui y aurait installé une colonie de peuplement de plus de 30.000 lybiens issus des terres.Au Ier siècle, c’est le tour de l’expédition menée par le roi de Maurétanie, Juba II à partir des îles Purpuraires près de l’actuelle Essaouira. Le récit en est exposé plus tard par Pline qui explique notamment l’appellation d’une des îles, dite Canaria, par la présence de chiens d’une grandeur énorme qui y abondent.Signalons à ce niveau étymologique que le militaire français du XIXe siècle, Louis Faidherbe, attribue le nom de l'archipel au terme berbère «Ganar« qui désignait anciennement le littoral situé au voisinage des îles.Après les expéditions des navigateurs maures aux «Jouzour El-Khalidate« (Les îles éternelles) dont les récits sont consignés par le géographe El-Idrissi, les Canaries virent débarquer à partir du XIIIe siècle plusieurs navires européens. Vers 1275, c’est la date d’installation d’un établissement génois sur l’île de Lanzarote qui porte le nom du navigateur Lancelotto Malocello. Les récits retiennent également l’arrivée en 1341 de trois caravelles armées par le roi du Portugal Alphonse IV, avec un commandant florentin et un pilote génois. Cinq mois plus tard, ces navires seraient revenus à Lisbonne chargés de butin, d’esclaves guanches et de premières descriptions des aborigènes de Tenerife qui permirent à l’écrivain italien Boccace de rédiger un portrait rapportant entre autres leur beauté, leur force physique et leur intelligence...Concernant leur nom, le terme Guanche proviendrait de la déformation castillane de la dénomination que les indigènes de Tenerife faisaient d’eux-mêmes dans leur propre langue: «Guanchinet« (l'homme de Chinet) en référence à Tenerife, appelée par les autochtones «Tichinitah« d’un dérivé du mot «tchinit« désignant le dattier en parler berbère sanhajien.En 1402, c’est le tour des navigateurs français d’atteindre l’archipel sous la direction du gentilhomme normand Jean de Béthencourt qui parvint à s'établir à Lanzarote pour le compte de la couronne de Castille, puis à Fuerteventura et à El-Hierro. Reconnu roi des Canaries par Henri III de Castille, il eut toutefois du mal à vaincre la résistance des guerriers Guanches. Ces derniers affrontèrent ensuite les velléités de domination des couronnes du Portugal et de Castille jusqu’à l’attribution des Canaries à l'Espagne en 1479 suite au traité d’Alcaçovas, tandis que la conquête des dernières îles ne se fit qu'en 1483 pour la grande Canarie, 1491 pour La Palma et 1496 pour Ténérife au terme d’héroïques résistances.Décimé par les guerres de conquête et par les épidémies, emmené en esclavage ou assimilé par les colons dont il embrassa la foi catholique, le peuple guanche finit par s’acculturer selon un long processus fait d’immigrations et de métissages aboutissant à la disparition de sa langue et de sa culture autochtone dont il subsiste toutefois quelques vestiges. Parmi ces survivances: plus d’un millier de mots répertoriés initialement par le consul Berthelot et dont le caractère berbère est démontré par les philologues. Outre les caractéristiques linguistiques, des études anthropologiques établissent un parallèle entre le Cro-Magnon d’Afrique du Nord et celui des Canaries en plus d’autres groupes ethniques provenant par vagues successives durant le néolithique d’Afrique du Nord mais aussi de Moyen-Orient. De même, des études ethnographiques appuyées par des trouvailles archéologiques confirment les ressemblances entre les Canariens et les Berbères avant l’Islam sur le plan artistique (gravures rupestres, céramique incisée, inscriptions lybiques…) ou des croyances (sacrifices rituels et offrandes aux divinités naturalistes, fêtes consacrées à la fécondation, rites funéraires…).Sur ce dernier point, l’ethnologue italien Attilio Gaudio précise que les rites d’inhumation des Canariens et toutes leurs formes de sépulture appartiennent à la période néolithique des peuples nord-africains et sahariens comme c’est le cas pour les tumulus et les tombes cylindriques.De plus, les Guanches avaient pour particularité d’embaumer les corps selon des techniques rappelant aussi bien l’Egypte que le Mexique ou le Pérou. Mais les conquistadors alléchés par l’or des Incas n’ont pas manqué de détruire dans la fureur de la déception, les caves sépulcrales, et avec, de nombreuses momies; tandis que les «rescapées» eurent pour dernière demeure, les musées européens d’histoire naturelle…

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